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Guerre d’Ukraine et pénurie de chauffeurs : Après la discrimination aux visas, les routiers marocains reprennent du service en Europe


Rédigé par Abdallah MOUTAWAKIL le Jeudi 31 Mars 2022

La crise en Ukraine a provoqué une pénurie de chauffeurs ukrainiens dans les pays membres de l’UE. Cette situation perturbe les chaînes de transport et appelle à une relève plus compétitive. Et pour cela, les chauffeurs marocains de poids lourds sont bien positionnés.



Le malheur des uns fait le bonheur des autres, a-t-on l’habitude de dire. Pour les chauffeurs marocains actifs dans le Transport international routier (TIR), la crise ukrainienne risque d’être plutôt porteuse de bonnes nouvelles. Et pour cause : les pays membres de l’Union Européenne font face à une véritable pénurie de chauffeurs depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine. Les chauffeurs ukrainiens, qui étaient les principaux employés des entreprises de transport dans l’espace UE, ont en grande partie décidé de regagner leur pays pour prendre les armes.

Conséquence : nombreux sont les bus et camions européens qui n’arrivent plus à bouger en raison de l’absence de conducteurs. Une situation qui est suivie de près auprès des transporteurs marocains, déjà très bien informés des évolutions du marché européen, auquel ils sont habitués. « C’est une aubaine pour les professionnels marocains du TIR », déclare El Mostafa Fakhir, premier vice-président du Comité des spécialistes africains en activités maritimes portuaires et logistiques (COSAMPOL).

Compétitivité

Les chauffeurs marocains pourraient prendre le relais pour plusieurs raisons : « Ils sont plus compétitifs par rapport aux chauffeurs des autres pays membres de l’UE, et même ceux d’Europe de l’Est », poursuit notre interlocuteur. Face à l’urgente équation de solutionner les problèmes accrus de livraison des marchandises, les pays européens n’ont d’autre choix que de faire appel au plus vite aux palliatifs les plus efficaces. Les professionnels marocains du TIR ont également l’avantage de bien maîtriser l’espace européen, avec lequel se réalise l’écrasante majorité des échanges commerciaux avec le Maroc.

Confrontés à de nombreuses difficultés ces derniers temps, notamment en raison des restrictions sur les visas et sur les modalités de transport dans les pays de transit comme l’Espagne, les transporteurs internationaux marocains pourraient ainsi voir leurs problèmes résolus d’un seul coup. Cela, à condition toutefois qu’une véritable sollicitation leur soit adressée, mais aussi et surtout que plusieurs obstacles soient levés.

Conditions

Du côté du Club des Opérateurs Economiques Agréés du Maroc (Club OEA), on en appelle avant tout à « uniformiser les exigences européennes en matière de transport ». Autrement dit, qu’une seule réglementation soit appliquée et non pas une multitude de conditions qui varient d’un pays européen à un autre. « C’est un non-sens, sachant que l’UE applique des règles communautaires dans la plupart de ses affaires », commente un transporteur.

Autre attente, assurer la libre circulation des chauffeurs, en instaurant un livret-TIR, similaire au livret-marin, qui permet aux marins de voyager partout dans le monde sans exigence de visas. Enfin, pour les transporteurs internationaux routiers marocains, il doit y avoir impérativement une corrélation entre le nombre d’autorisations annuelles et celui des visas. « Si nos partenaires européens nous donnent un quota de 100.000 autorisations par an, ils doivent également donner autant de visas. Car il n’est pas concevable que les camions aient des autorisations alors que leurs conducteurs n’ont pas de visas », nous confie un professionnel du secteur du transport sous le couvert de l’anonymat.

Accord global sur le TIR

In fine, pour le président du Club OEA, El Mootamid Abbad Andaloussi, il devient urgent de se lancer dans « la négociation d’un accord unique et global sur le TIR avec l’UE et qui assure la libre circulation des chauffeurs pour l’accès au territoire européen ». Cela serait de nature à faciliter non seulement les flux habituels entre le Maroc et ses partenaires européens, mais favoriserait une solution à court-terme à la pénurie de chauffeurs de poids lourds dans les pays de l’UE. Toutefois, ce ne sont pas tous les pays membres de l’UE qui risquent de voir les conducteurs marocains assurer la « relève » des Ukrainiens. Ces dernières semaines, les transporteurs espagnols avaient organisé une série de grèves, en brandissant plusieurs exigences, dont celle de la limitation de l’accès aux chauffeurs marocains.



Abdallah MOUTAWAKIL

Repères

Conflit : près de 80.000 Ukrainiens rentrés au pays
Selon les autorités ukrainiennes, près de 80.000 Ukrainiens expatriés sont rentrés au pays pour s’engager dans les forces de défense territoriale depuis le début de l’offensive russe. Parmi eux, de nombreux chauffeurs de poids lourds. En effet, dans les pays membres de l’Union Européenne, les Ukrainiens constituent une proportion importante des conducteurs du secteur du transport des marchandises, maillon indispensable de la chaîne d’approvisionnement.
Transport : hausse du TIR avec l’Europe
Malgré les difficultés et autres tracasseries administratives, le transport international routier continue sa progression, et cela, malgré le Covid également. A ce propos, le fonctionnement optimisé dans certaines plateformes marocaines favorise les flux, en plus de la hausse des interactions commerciales. Grâce à Tanger Med par exemple, le transport international routier a connu une croissance exponentielle. On est ainsi passé aujourd’hui à 350.000. Les transporteurs marocains en contrôlent désormais 26%, contre 3% il y a 20 ans.

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Transport


Se conformer aux normes européennes ?

En plus de faire face aux nombreux obstacles dans chaque pays, les professionnels marocains du TIR doivent aussi réussir le pari de la conformité aux normes européens. Il s’agit en effet d’aligner certaines normes réglementaires marocaines à celles européennes. « Nous militons pour une convergence avec les normes européennes », fait-on savoir auprès du Club des Opérateurs Economiques Agréés du Maroc (Club OEA). Ce qui passe par l’instauration de mesures relatives au gasoil professionnel ou l’indexation des prix sur le gasoil. « Cela obligera tout le monde à se livrer une concurrence saine et de nous rendre plus compétitifs », plaide le Club OEA. La révision des conditions d’accès à la profession, l’amélioration de la compétitivité des entreprises du TIR est justement une autre bataille que les professionnels sont en train de mener.
 

TIR


Bis repetita du Brexit ?
 
L’appel à des chauffeurs marocains pour prendre la relève des conducteurs ukrainiens dans les pays de l’Europe de l’Est rappelle bien une situation qui s’est imposée aux Britanniques avec le Brexit. Le Royaume-Uni s’était dernièrement retrouvé sans chauffeurs de poids lourds pour assurer la livraison du carburant. Ce qui avait poussé les autorités britanniques à faire appel à l’armée pour limiter les dégâts.

Ce même Brexit qui avait provoqué un départ des agricultrices des pays de l’Europe de l’Est les a conduits à se tourner vers les saisonnières marocaines, à l’image de ce que fait l’Espagne chaque année. Pour le TIR, un scénario quasi similaire s’était produit lors du Brexit. Les autorités britanniques avaient à l’époque mis en place de nombreuses facilités pour l’accès des professionnels marocains du transport international routier.

Parmi ces mesures, la prolongation de la durée de validité des visas ou encore la possibilité d’entrée sur le sol britannique avec l’espace Schengen. Ces mesures ont été appliquées même durant la période de la pandémie, dans l’optique d’éviter des pénuries et des ruptures d’approvisionnement sur le marché britannique.
 

3 questions à El Mostafa Fakhir, premier vice-président du Comité des spécialistes africains en activités maritimes portuaires et logistiques (COSAMPOL


« Les chauffeurs marocains connaissent bien les pays européens »
 
Chez les professionnels marocains du transport, on ne manque pas d’atouts. Toutefois, pour éviter un exode des chauffeurs nationaux, certaines exigences s’imposent. Interview.

- Peut-on à ce stade parler réellement de pénurie de chauffeurs en Europe ?

- Les entreprises de transport routier dans l’espace UE ne tournent pratiquement qu’avec des chauffeurs issus des pays de l’Europe de l’Est non membres de l’UE, notamment d’Ukraine et de Biélorussie. Avec la guerre, beaucoup d’Ukrainiens sont rentrés créant effectivement une pénurie qui impacte de façon significative le transport en Europe. Même à la fin de la guerre, cette pénurie va perdurer car les Ukrainiens seront obligés de rester chez eux reconstruire leur pays.


- En quoi les chauffeurs marocains peuvent-ils alors être une solution de repli ?

- Les chauffeurs marocains exerçant dans le transport international routier connaissent bien les pays européens. Ils sont en outre plus compétitifs pour les entreprises européennes de transport. Ils sont plus compétitifs par rapport aux chauffeurs européens, voire des autres pays de l’Europe de l’Est. C’est donc un grand avantage pour eux face à ce problème de livraison de marchandises dans l’espace UE.


- En quoi les chauffeurs marocains peuvent-ils alors être une solution de repli ?

- Les chauffeurs marocains exerçant dans le transport international routier connaissent bien les pays européens. Ils sont en outre plus compétitifs pour les entreprises européennes de transport. Ils sont plus compétitifs par rapport aux chauffeurs européens, voire des autres pays de l’Europe de l’Est. C’est donc un grand avantage pour eux face à ce problème de livraison de marchandises dans l’espace UE.



Recueillis par A. M.