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Figuier de barbarie: Le cactus gagne-t-il sa guerre contre la cochenille ? [INTÉGRAL]


Rédigé par Oussama ABAOUSS Vendredi 5 Mai 2023

Après une phase de dépérissement à cause des attaques de la cochenille, des peuplements de cactus semblent se régénérer. La lutte contre le ravageur est-elle gagnée ? Eclairage.



Depuis 2017, un ravageur sournois détruit progressivement les superficies de cactus dans plusieurs régions du Royaume connues pour leurs diverses variétés de figuier de barbarie. Les plantations et superficies de cette espèce originaire d’Amérique latine se sont ainsi gravement détériorées, à l’image d’infestations qui sont enregistrées dans plusieurs pays méditerranéens. Fruit délicieux très apprécié par les Marocains, dont la récolte et la vente permettaient à des centaines de familles de générer des revenus précieux, la Figue de barbarie (Hendia en darija) s’est raréfiée et ses prix ont atteints des records. Depuis quelques jours, plusieurs photos circulent sur les réseaux sociaux montrant des cactus en rémission, notamment dans la région d’Ait Baâmrane. « Après plusieurs années de maladies, les cactus sont en train de gagner leur guerre contre le ravageur », peut-on lire dans un commentaire joint à l’image d’une raquette de cactus qui s’est développée à partir d’un figuier de barbarie ravagé par la cochenille.
 
Victoire ou simple trêve ?
De même, il suffit de parcourir la périphérie de la ceinture verte de la capitale pour remarquer que les cactus qui n’avaient pas manqué de dépérir durant ces dernières années, connaissent également le développement de nouvelles raquettes très saines d’aspect. Pour savoir si la cochenille est véritablement en train de régresser, nous avons posé la question au Dr Mohamed Sbaghi, coordonnateur national du programme de multiplication du cactus résistant à la cochenille et directeur de recherche à l’Institut National de Recherche Agronomique (INRA). « Lorsque des racines de cactus se maintiennent dans le sol et une fois que l’humidité augmente ou que des précipitations pluvieuses sont enregistrées, surtout au moment de débourrement qui correspond aux mois de mars, avril et mai, il est normal que le cactus va sortir de jeunes raquettes à partir des bourgeons dormants dans le tronc », affirme notre interlocuteur, en soulignant cependant que la cochenille est loin d’avoir perdu la guerre et qu’elle se maintient « avec le même potentiel de destruction et d’agressivité ».
 
Le mirage des cactus guéris
 
« Ces raquettes ou ces fruits que l’on voit se développer à partir de restes de cactus ne sont pas durables. Pire, ce sont des supports potentiels de vie pour la cochenille qui vont lui permettre de revenir à la charge, de prospérer et de durer dans le temps », s’exclame Dr Sbaghi. « Tant que le cactus sensible à la cochenille se maintient ou circule au niveau national, et tant qu’on n’a pas encore trouvé un traitement biologique contre la cochenille pour pouvoir replanter les écotypes sensibles : le problème de la cochenille va perdurer », poursuit le coordonnateur national du programme de multiplication du cactus résistant à la cochenille. En plus d’être un facteur aggravant, le « rétablissement » du cactus face à la menace du ravageur n’est donc qu’un simple mirage. Pour éviter que ce phénomène retarde l’éradication de la cochenille du cactus, le seul moyen efficace semble pourtant très radical : « Il faut multiplier les efforts pour détruire complètement les variétés de cactus qui sont sensibles à la cochenille », martèle Dr Sbaghi.
 
Quid des variétés patrimoniales ?
 
Autrement dit, toutes les superficies où persistent encore les anciennes variétés (pourtant très appréciées par les Marocains) doivent être arrachées. Cela ne veut pas dire pour autant que ces variétés patrimoniales seront irrémédiablement perdues puisque l’INRA et ses partenaires gardent des graines qui pourront être replantées lorsque le spectre de la cochenille sera définitivement exorcisé. « En plus des graines, nous avons développé des superficies dédiées dans lesquelles le germoplasme des anciennes variétés est planté sous de grandes structures métalliques dotées de filets insect-proof qui ne permettent pas l’entrée ou la sortie du ravageur. Ce genre de plateformes devrait idéalement être répliqué dans plusieurs régions du Royaume afin de pouvoir préserver du matériel végétal naturel », souligne le chercheur, en précisant que ces projets demandent des ressources humaines et financières importantes pour les maintenir et les surveiller. En attendant, la menace de la cochenille du cactus est loin d’être écartée.
 
Oussama ABAOUSS

3 questions au Dr Mohamed Sbaghi

« En termes de commercialisation des fruits, nous aurons un été semblable à celui de l’année dernière »
 
Coordonnateur national du programme de multiplication du cactus résistant à la cochenille et directeur de recherche à l’INRA, Dr Mohamed Sbaghi répond à nos questions.


- Pour accélérer la lutte contre la cochenille, vous prônez l’arrachage systématique des variétés sensibles au ravageur. Est-ce réalisable ?
- Il est vrai que des superficies importantes de cactus sensible à la cochenille perdurent au niveau national. Cela dit, dans les zones où ces variétés sont habituellement très présentes, l’attaque du ravageur n’a laissé quasiment pas de restes. L’arrachage et la destruction systématique des écotypes de cactus sensibles à la cochenille s’imposent afin de limiter le retour du ravageur. Ça peut être difficile dans des terrains accidentés. Mais aux efforts des autorités devraient s’ajouter ceux des agriculteurs parce que c’est dans leur propre intérêt d’éviter que la présence de la cochenille ne se prolonge.

- Où en êtes-vous par rapport aux expériences de croisements entre les variétés traditionnelles et celles qui sont résistantes à la cochenille ?
- Nous avons en effet entrepris de faire des croisements entre ces variétés (Aissa, Moussa, Delahia, Hddiouia, etc.) et celles qui sont résistantes. Cela permettra à terme de multiplier le nombre et la résilience des variétés dont nous disposons. Les résultats préliminaires sont encourageants, mais pour pouvoir les confirmer sur le terrain, il faut du temps. Nous avions commencé il y a deux années et il nous a fallu une année pour obtenir des graines. À cela, s’ajoutent quelques mois d’adaptation pour enfin pouvoir commencer à les cultiver. À Zemamra par exemple, nous sommes actuellement en train de planter des plantules issues des graines de ces variétés croisées. Il y a également un programme de croisement dans la région d’Agadir qui est plus avancé, mais on ne peut pas encore parler de résultats ou de production puisqu’on doit encore attendre le fruit pour confirmer le transfert effectif des gènes de résistance.

- Pensez-vous que les fruits des variétés résistantes développées et mises à disposition des agriculteurs pourront être commercialisés cet été ?
- Je pense qu’en termes de commercialisation des fruits, nous aurons un été semblable à celui de l’année dernière puisque les variétés résistantes ne pourront réellement donner des fruits commercialisables qu’à partir de l’année prochaine. Nous avons prévu que 13 à 15% de ces variétés seront diffusées d’agriculteurs à agriculteurs, mais pour augmenter les chances d’une production rapide, et contrairement à ce qui a été malheureusement constaté, les raquettes de ces variétés résistantes ne doivent pas être vendues à des prix trop excessifs.

Chronologie: Lutte contre la cochenille et course contre la montre

Le premier foyer de la cochenille du cactus au Maroc a été signalé en 2014. Deux années après, l’avancement exponentiel des superficies du figuier de barbarie dégradé par le ravageur a donné lieu au lancement officiel du programme d’urgence de lutte contre ce fléau. À l’époque, l’infestation était encore limitée à quelques zones au niveau de Sidi Bennour et dans la région de Zemamra. En 2017, la vitesse de propagation du fléau s’est accentuée au niveau national avec l’apparition de nouveaux foyers d’infestation, dans la région de Rhamna notamment. Pendant ce temps, une équipe mixte de chercheurs marocains capitalisait sur le travail de collecte d’écotypes de figues de barbarie (mené par l’INRA depuis les années 80) pour tenter d’identifier des variétés résistantes, à même de sauver une filière nationale de valorisation en chute libre. Le fruit de ce travail s’est présenté sous la forme de 8 variétés du figuier de barbarie résistant à la cochenille. S’en est suivie, depuis, une étape de diffusion de ces variétés auprès des agriculteurs et producteurs.
 

L’info...Graphie


Stratégie: Vers une augmentation progressive des superficies de cactus ?

Au vu de son potentiel de valorisation et de sa résistance exceptionnelle face aux aléas climatiques, la culture du figuier de barbarie a bénéficié d’une place privilégiée lors de la déclinaison du Plan Maroc Vert (PMV). Les prévisions des superficies plantées prévues à l’horizon 2020 ont ainsi été atteintes dès 2014 avec un développement simultané de plusieurs unités de conditionnement et de transformation des produits de cette filière. Un élan qui a grandement été perturbé depuis à cause des ravages de la cochenille. Depuis son lancement, la nouvelle stratégie nationale agricole « Generation Green » ambitionne pour sa part de restaurer et d’agrandir les superficies détruites par la cochenille grâce aux nouvelles variétés résistantes qui ont été sélectionnées parmi 400 écotypes de cette espèce florale. L’objectif pour 2030 est d’atteindre une superficie de culture de 130.000 hectares. Cette remise en selle de la filière du figuier de barbarie se fera notamment grâce à l’accompagnement de l’INRA qui compte poursuivre la multiplication des variétés résistantes afin de produire près de 1.630.000 plantules et quelque 481.800 cladodes entières des différentes plateformes pour un total de 2.112.000 plants. Les efforts conjugués des diverses parties prenantes ont ainsi permis de réhabiliter plus de 7800 hectares en 2022, et comptent permettre l’atteinte de 15.000 hectares en 2023, puis 20.000 hectares en 2024. Dès l’année 2025, 23.000 hectares s’ajouteront chaque année à la superficie globale occupée par cette culture.



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