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Fahd Benkirane, DG de L’UM6P France: "Paris n’est que la première étape de notre expansion à l’international"


Rédigé par Soufiane CHAHID Lundi 12 Février 2024

Pour ses premiers pas à l’international, l'Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) a posé ses bagages à Paris, où elle a inauguré, le 25 janvier dernier, une antenne. Interview avec le directeur général de UM6P France, sur les enjeux et les ambitions de cette implantation.



  • Pourquoi l’UM6P a-t-elle choisi Paris pour sa première antenne à l’étranger ?
 
La France est un choix naturel, au vu de la longue histoire commune entre les deux pays. Tout d’abord, il existe une convergence dans la culture de l’enseignement et des systèmes éducatifs. Une convergence vers l’excellence académique, en particulier dans le domaine des sciences, des mathématiques et de la physique. Cela se manifeste, d’ailleurs, dans la forte présence d’étudiants marocains au sein des grandes écoles et universités françaises.
 
L’autre élément est que Paris est un carrefour de la recherche académique, au vu des institutions et écoles de renommée internationale présentes. Dès la genèse du projet UM6P, ces institutions et écoles se sont inscrites dans une relation de partenariat. Nous avons pu compter sur des partenaires de premier rang, comme l’Ecole Polytechnique, l’Ecole des Mines, mais également HEC et Sciences Po.
 
Le dernier point est la forte présence de la diaspora africaine, et en particulier marocaine, en France. Dans ce sens, l’UM6P France est engagée à se connecter à ses compétences-là, qu’elles soient intéressées par la recherche, des formations exécutives, ou bien des initiatives d’entrepreneuriat.
 
  • D’autres antennes internationales sont-elles programmées ?
 
L’UM6P a une roadmap très ambitieuse d’internationalisation, car les domaines de recherche, d’innovation ou d'entrepreneuriat sont des domaines de réseaux et de partenariats. Si on vise l’excellence, il faut viser aussi l’expansion des partenariats avec les meilleures institutions internationales.
"Si on vise l’excellence, il faut viser aussi l’expansion des partenariats avec les meilleures institutions internationales." 
La première étape est l’Europe, et il y a également des projets en Amérique du Nord. Et puisque nous avons un prisme africain affirmé, il y a des projets sur le continent. Le premier, bien avancé, est un projet d’école en Côte d’Ivoire qui mêle digital et agriculture, pour apporter des solutions nouvelles et modernes à l’agriculture en Afrique.
 
  • Comment s’est fait le développement du projet UM6P France ?
 
C’est un effort collectif, avec les équipes de l’UM6P qui ont contribué à ce travail, notamment sur les aspects d’autorisations et logistiques autour de notre implantation parisienne. Nous avons également eu la chance de nous appuyer sur un noyau de collaborateurs, qui faisaient déjà partie des équipes d’OCP Paris, et qui ont souhaité participer à cette aventure. Pour renforcer l’équipe, nous avons recruté sur la région parisienne.
 
Aujourd’hui, UM6P France est une petite équipe multidisciplinaire qui apporte des expériences complémentaires et des expertises pointues. Nous avons des profils de chercheurs, d’entrepreneurs, de formateurs, mais également des équipes impliquées dans la communication, dans les relations publiques, épaulées par une équipe administrative et financière. Nous travaillons de manière très étroite avec l’UM6P au Maroc, parce que l’idée est d'être agile et d’optimiser la configuration entre l’université-mère et filiale.
 
  • Les programmes de formation ont-ils été créés spécifiquement pour UM6P France ?
 
Les programmes de formations exécutives sont en cours de préparation, et pour quelques-uns déjà déclinés par UM6P France. Nous allons être à mi-chemin entre le catalogue de formation exécutive proposé par UM6P sur les trois campus : Ben Guérir avec une focalisation science et technologie, Rabat avec un prisme sciences sociales et business school, et Laâyoune sur les aspects de l’agriculture bio-saline et dans les milieux arides.
 
Nous allons décliner ce qui est pertinent pour le marché français et européen. Nous avons de belles propositions, répondant à une demande qui, d’après notre analyse, n’était pas adressée par les écoles et business school françaises et européennes. Je pense notamment aux formations sur l’intelligence collective.
 
Il y a aussi des formations autour des énergies renouvelables, l’agriculture régénérative, l’agriculture comme levier pour décarboner l’environnement, en séquestrant le carbone dans le sol. Des expertises développées par les chercheurs de UM6P peuvent répondre à une demande en Europe.
 
"Nous avons de belles propositions, répondant à une demande qui n’était pas adressée par les écoles et business school françaises et européennes"
 
Sur ces sujets-là, je pense qu’on est en train d’avoir une convergence des défis et des enjeux entre les pays du Nord et ceux du Sud. Nous constatons, à la même amplitude mais à des vitesses différentes, les problématiques de gestion de l’eau, des défis de la sécheresse, de l’adaptation des systèmes de production agricoles, d’adaptation au changement climatique, de changement du mix énergétique, et de la production de l’hydrogène.
 
Nous sommes face à des enjeux mutuels, et nous avons, dans notre catalogue de formation, des propositions de valeurs et d’expertise qui peuvent être adaptées à ces enjeux.
 
  • Qu’en est-il du programme d'accompagnement des start-ups proposé par UM6P France ?
 
Nous avons déjà lancé notre premier programme d’accompagnement et d'accélération de start-ups. Dans ce sens, nous avons invité des dizaines de start-ups à se manifester, lesquelles interviennent sur les verticales du Greentech (technologies autour de l’environnement, des énergies et de l’eau), du Medtech (technologies au service de la santé et du médical), et le Cleantech (métiers de l’environnement).
 
Nous avons eu une forte participation pour les séances de pitchs, et qui vont donner lieu à une sélection. Les projets sélectionnés vont bénéficier d’un accompagnement sur plusieurs mois, recouvrant plusieurs étapes. Il y aura de la formation, du coaching, de la mise en relation avec des milieux d’investissement des véhicules de venturing qui seraient intéressés par des prises de participation dans ces start-ups, et surtout de la mise en connexion avec nos dispositifs et nos ressources de UM6P au Maroc, qui sont très variés et très riches. En effet, nous disposons d’une vingtaine de programmes d’accompagnement de start-ups sur différents stades, en fonction de leur maturité.
 
"Les startuppeurs pourront aussi bénéficier de nos Living labs, qui sont des laboratoires vivants servant de plateforme d’expérimentation"
 
Ils pourront aussi bénéficier de nos Living labs, qui sont des laboratoires vivants servant de plateforme d’expérimentation pour les chercheurs et les entrepreneurs qui veulent, sur un sujet d’agriculture, avoir accès à un environnement expérimental pour tester une plateforme digitale, un nouveau capteur ou une nouvelle méthode pour travailler le sol ; ou alors, une mine expérimentale pour tester une nouvelle méthode d’exploitation minière. A ce propos, nous avons plus d’une dizaine de Living labs qui font la richesse de chacun des départements de recherche de l’UM6P.
 
Enfin, ces start-ups peuvent bénéficier de nos partenaires industriels, en premier lieu le groupe OCP. Il y a aussi l’écosystème OCP au sens large, donc au-delà du champ des phosphates et des engrais, inclus l’hydrogène et l’ammoniac verts, le dessalement d’eau de mer et autres procédés novateurs.
 
  • Ciblez-vous particulièrement des start-ups portées par des Africains ?
 
Notre cible est très large. Le prisme est vraiment les domaines d’activité, et bien sûr une priorité à ceux qui travaillent sur des applications concrètes pour le marché africain, et qui veulent idéalement porter leur innovation et leur start-up sur le sol africain. Nous sommes ravis d’accompagner ces jeunes, et on leur balise le terrain pour trouver cet itinéraire tracé vers le continent africain.
 
Nous accompagnons également des entrepreneurs et des jeunes startuppers issus de l’écosystème marocain, et qui souhaitent s’exporter en Europe. Les jeunes étudiants, chercheurs ou startuppeurs marocains au sein de notre dispositif à Benguérir, un moment donné, quand ils atteignent une certaine taille, qui veulent aller à l’international pour se lier à des investisseurs et des structures d’investissement à l’étranger. Nous sommes là pour les conseiller et baliser le chemin dans le sens inverse, afin de réussir leur implantation en France et Europe.
 
  • Sur les dizaines de start-ups qui ont participé à la présélection, combien seront retenues ?
 
Je pense qu’on va retenir quatre ou cinq start-ups pour ce premier lot. Nous serons dans un exercice récurrent que nous allons refaire dans cinq ou six mois. Nous aurons un deuxième programme pour alimenter ce réservoir d’accompagnement de startups, sur des thématiques qui vont peut-être s’enrichir.
 
"Il y a des thématiques qu’on voudrait ajouter, comme les deeptech"
 
En effet, il y a des thématiques qu’on voudrait ajouter, comme les deeptech, avec des projets à TRL (Technologyreadinesslevel) plus faibles, et qui nécessitent un vrai travail de laboratoire et une forte connexion avec l’écosystème de recherche. Là, nous avons une carte à jouer, parce que nous avons un réseau très développé et une expertise très pointue à apporter là-dessus.
 
  • Vous avez signé plusieurs partenariats. A quoi vont-ils servir ?
 
Dans la richesse des partenariats, tissés au fil du temps par l’UM6P, il y a différents aspects. Avec les écoles comme Polytechnique, Science Po, HEC, il s’agit des offres de formation. Des formations ont été construites conjointement avec ces partenaires. Quelques-unes ciblaient initialement les collaborateurs du groupe OCP, et puis partant de là, elles ont été enrichies pour cibler un public plus large, pour faire partie de l’offre de formation exécutif de l’UM6P. Nous sommes sur ce créneau, et nous allons capitaliser sur ces partenariats pour décliner des formations exécutives.
 
En ce qui concerne le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), c’est une collaboration sur le volet recherches. Il s’agit d’un programme conjoint pour une mobilité post-doctorale, qui s’inscrit dans le prolongement d’un accord signé, il y a quelques mois, entre le CNRS et l’UM6P. L’idée est de sélectionner des post-doctorants parmi les meilleurs éléments de la première cohorte des doctorants de UM6P, qui vont être intégrés dans les laboratoires du CNRS d’une durée de 2 à 3 ans. Le financement sera conjoint entre le CNRS et UM6P, et on va démarrer avec une dizaine de positions, nombre qui sera augmenté par la suite.

L'aventure UM6P

Depuis son lancement en 2017, l’UM6P s’est fixé comme objectif d’atteindre l’excellence académique et de se positionner sur des domaines pointus dans la recherche et l’innovation. L’institution accorde une priorité à l’Afrique en formant des cadres et en menant des activités de recherche dans des domaines répondant aux enjeux du continent, notamment l’agriculture, la transition énergétique et la gestion de l’eau. L’UM6P s’est également spécialisée dans les nouvelles technologies telles que l’IA, en mettant à disposition des laboratoires et des capacités informatiques pour les étudiants et les start-ups.
 



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