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Actu Maroc

Explosion de la pandémie en automne: L'IHME dévoile les dessous de ses terrifiantes prédictions


Rédigé par Anass MACHLOUKH le Lundi 14 Septembre 2020

Après les projections alarmantes de l’étude de l’IHME qui prévoit plus de 24000 morts dus au coronavirus au Maroc à la fin de 2020, Ali Mokdad, l’un des auteurs de l’étude nous en explique les détails.



Explosion de la pandémie en automne: L'IHME dévoile les dessous de ses terrifiantes prédictions
Ali H. Mokdad, professeur de sciences de la mesure de la santé à l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) et directeur de la stratégie pour la santé de la population à l’Université de Washington, nous a expliqué les détails des projections alarmantes de l’Institut sur l’évolution de la pandémie de la Covid-19 dans le monde et en particulier au Maroc.

- L’etude de l’IHME sur l’évolution de la pandémie de la Covid-19 a suscité la controverse dans le monde entier et notamment au Maroc, dans quelle mesure vos prévisions sont-t-elles réalistes et sur quels critères et données avez-vous basé vos calculs pour élaborer vos projections ?

- En effet, comme vous pouvez le constater, nous avons élaboré notre rapport en fonction de cinq paramètres, à savoir le nombre de décès, les décès quotidiens, le nombre des tests, les capacités hospitalières ainsi que les mesures sanitaires adoptés (port du masque, distanciation, etc). 

Concernant les données, notre étude se base sur plusieurs données relatives à chaque pays dans le monde en prenant en compte le nombre de dépistages effectués dont ceux ayant un résultat positif, les cas d’hospitalisations. On s’est basé également sur des études sur le respect des mesures sanitaires qui nous ont procuré des indicateurs sur la proportion des personnes qui portent le masque, la mobilité des personnes et la densité démographique dans chaque pays, qui est un indicateur clé vu que cela permet de détecter la fréquence de circulation du virus. On s’est basé également sur le degré de pollution des pays à travers les images du Satellite.

Ceci nous donne une vision exhaustive sur les perspectives de développement de la pandémie aussi bien au niveau mondial qu’au niveau de chaque pays. Sur la base de ces données, on a pu faire des projections sur le reste des mois de cette année.

- Vous prévoyez plus de 4 millions de morts au niveau mondial à la fin de 2021, comment avez-vous calculé ce chiffre ?

- Nous avons considéré que tout pays qui enregistre quotidiennement huit cas de décès par million d’habitant, passe automatiquement au confinement, on a estimé qu’il y aurait plus de 4 millions de cas de décès d’ici la fin de l’année courante au niveau mondial. Or, ceci dépend strictement du respect des mesures sanitaires et le recours aux mesures restrictives de déplacement, ce chiffre peut diminuer à 2 millions si 95% de la population mondiale respectent strictement le port du masque. En cas de non-imposition du confinement même partiel dans les pays qui connaissent 8 décès sur un million d‘habitants, on a prévu 4 millions de morts début janvier 2021.

En somme, nos estimations reposent sur le respect des gestes barrières et la fréquence de l’imposition du confinement à un certain niveau de décès.

- En scrutant le rapport, la courbe des projections des cas de décès et contaminations parait largement conditionnée par le comportement des populations et l’existence ou non d’un relâchement généralisé. Jusqu’à quelle mesure ?

- Ce que nous appelons L’assouplissement des mandats signifie l’allègement de l’ensemble des mesures restrictives qui limitent la propagation du Coronavirus, il est question de la distanciation sociale, l’interdiction de rassemblements, la fermeture des écoles et les établissements non essentiels qui ne sont pas vitaux (salles de sport, salles de cérémonies, etc.). Le taux de respect de ces mesures peut infléchir la courbe des contaminations et celle des décès. Et vice versa.

- Selon vos propres projections, pensez-vous que la pandémie durera une année supplémentaire dans les conditions actuelles ?

- Personnellement, j’estime que la pandémie risque de perdurer davantage que prévu d’autant plus que la saison d’automne approche sachant que le froid donne un coup de main à la circulation du Coronavirus. Outre ce paramètre, l’absence de vaccin va également contribuer à prolonger la durée de vie de la pandémie.

- L’étude s’est intéressée au Maroc, vous vous êtes basés sur quels types de données pour élaborer vos projections ?

- En ce qui concerne le Maroc, nous nous sommes servis des chiffres officiels déclarés par le gouvernement marocain à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), ces chiffres sont également disponibles dans l’université « John Hopkins », on a également des contacts réguliers avec le ministère marocain de la Santé. Or, pour ce qui est des indicateurs des mesures sanitaires tels que le taux du port du masque ou la distanciation sociale, on cherche nos données sur Google et Facebook puisqu’ils nous donnent une idée approximative sur la mobilité des individus et l’adoption des gestes barrières sachant que Google lance des enquêtes hebdomadaires sur 5 millions de personnes.

- Vous avez estimé le nombre de morts à 24.612 au Maroc à la fin de 2020, est-ce crédible alors qu’on ne compte pas plus de 1491 décès jusqu’à présent ?

- Nos projections prennent en considération un changement de comportement du virus pendant l’automne, comme c’est le cas de la pneumonie ou de la grippe saisonnière. Avec la baisse de température, les contaminations vont visiblement augmenter dès les mois de novembre et décembre à moins que le confinement soit rétabli de nouveau avec le durcissement des restrictions de mouvement.

- Quelle est la meilleure stratégie pour contenir la pandémie, confinement ou dépistage massif ?

- Au-delà du débat permanent sur l’efficacité du confinement, la seule variable qui peut faire la différence est la responsabilité individuelle, seul le respect strict des gestes barrières et le port du masque peuvent réduire la propagation du virus. Le confinement est clairement une option indésirable pour l’ensemble des pays. Mais il n’en demeure pas moins nécessaire en cas d’aggravation de la situation pour éviter l’épuisement des capacités hospitalières, même en cas de dépistage massif.

Recueillis par
Anass MACHLOUKH

Projections : L’IHME annonce un scénario effarant pour la fin de l’année

L’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) avait élaboré un rapport très pessimiste sur l’évolution de la pandémie de la Covid-19 au Maroc à la fin de cette année.

L’Institut a annoncé une explosion des décès dans les trois mois qui viennent et qui devraient se situer à une moyenne journalière d’environ 1000 morts à fin décembre en cas de non confinement avec un total de 24.612 morts, avant d’entamer une décrue à compter de janvier. Pour ce qui est du nombre de contaminations dans le cadre d’un scénario de non-respect des mesures de protection sanitaire, les prédictions donnent également le vertige avec plus de 300.000 contaminations, début décembre.

Pour faire face à ce déluge de contaminations, l’étude indique que le Maroc devrait disposer de 37.843 lits, dont 8000 lits de réanimation équipés de 6700 respirateurs contre seulement 10.721 lits d’hospitalisation, dont seulement 660 lits de réanimation disponibles actuellement au Royaume, selon l’IHME. Des chiffres qui contrastent avec ceux avancés par les autorités sanitaires marocaines qui parlent, elles, de 20.000 lits dont 1200 de réanimation, mais qui donnent, malgré tout, un aperçu flagrant sur l’indigence de notre pays en termes d’équipements et d’infrastructures médicales.

Pour ce qui est de la distanciation sociale, l’étude indique enfin que la mobilité des individus a fortement baissé pendant les mois du confinement avec -73 %, avant de reprendre progressivement en juin dernier après sa levée. Ce qui laisse, selon les chercheurs de l’IHME, la porte ouverte à un très probable et fort souhaitable, dans ces conditions, confinement généralisé de la population marocaine.
 

Les prévisions du HCP : L’impact du déconfinement sur la situation épidémiologique

Dans une étude intitulée « Pandémie Covid-19 dans le contexte national : Situation et scénarios », le Haut-Commissariat au Plan (HCP) avait auguré les différents scénarios de la levée du confinement sur l’évolution de la pandémie au Maroc.

En cas d’évolution naturelle de la pandémie sans aucune mesure de restriction, l’étude prévoit une contamination d’environ 80% de la population avec un nombre très élevé de cas infectés induisant une forte pression sur le système sanitaire et un taux de létalité élevé. Or, le scénario tendanciel qui correspond à la simulation de la poursuite du confinement avait estimé qu’il y aurait 7800 contaminations vers le début de juillet et 3200 cas actifs et une tendance dégressive vers un chiffre faible à fin juillet dernier. En outre, le HCP a prévu trois cas de déconfinement, un scénario généralisé, un scénario large et un scénario restreint, le confinement à grande échelle aurait conduit à l’infection de 8% de la population en 100 jours avec une saturation du système sanitaire en 62 jours seulement.

Par contre, le déconfinement large se limite à la population active et celle de moins de 15 ans estimées à 16,7 millions. Dans cette hypothèse, le HCP prévoit 31.663 cas confirmés positifs en 100 jours avec un pic de 3200 cas infectés actifs. Quant au scénario restreint, il est circonscrit à la population active non atteinte de maladies chroniques dont le nombre est estimé à 7,9 millions. Ainsi, le déconfinement aurait entraîné 18.720 cas positifs en 100 jours avec un pic de 3200 cas infectés actifs, estime le HCP.