Menu
L'Opinion
Lire GRATUITEMENT notre journal en PDF
L'Opinion
Facebook
Twitter
YouTube Channel
Instagram
LinkedIn

Actu Maroc

Etudes en distanciel ou en présentiel : un choix cornélien pour les parents


Rédigé par Hajar LEBABI le Jeudi 12 Novembre 2020

La fermeture des écoles et l’augmentation continue des cas de contamination accentue les inquiétudes des parents d’élèves. Le débat sur le retour au distanciel est relancé.



Etudes en distanciel ou en présentiel : un choix cornélien pour les parents
Distanciel, présentiel, hybride, la scolarité des enfants en temps de Covid donne des migraines aux parents qui se trouvent devant un choix difficile entre la sécurité sanitaire et la qualité de l’enseignement. Il faut dire que le rôle parental est souvent fait de prises de décision à la place des enfants. Cela commence par des questions sur l’allaitement maternel, le sommeil, passant par des sujets plus complexes comme la discipline et l’école. Il est parfois difficile d’adopter des options judicieuses. Nous voulons bien faire les choses pour nos enfants, ou du moins être réconfortés par l’idée que d’autres personnes se trompent. Les gens restent divisés : allaitement ou biberon, gamers ou maison sans écran,les avis divergent. La pandémie du Coronavirus ne rend pas les choses simples : estil raisonnable d’envoyer ses enfants à l’école en cette période ? Bien que certains parents aient pris cette décision, ce choix demeure très contraignant, sachant que les écoles elles-mêmes ont du mal à trancher et à s’y tenir. Au cours des dernières semaines, de nombreuses écoles ont fermé leurs portes.Vraisemblablement, le Royaume s’achemine vers une explosion des cas de contamination. Le retour au confinement est toujours probable, et l’une des principales problématiques qui se posent actuellement est celle du mode d’enseignement.

Les sources d’inquiétude se multiplient
Le débat sur le maintien de l’enseignement distanciel est relancé, et certains parents commencent déjà à opter pour ce choix. Ceci dit, une telle décision n’est pas aisée car elle est confrontée à deux paramètres cruciaux. Les nouvelles informations qui arrivent ne cessent d’ébranler la confiance des parents, surtout que la science n’a pas encore tranché sur la nature et les caractéristiques du virus. Le fait que les enfants soient aussi des proies faciles pour le virus est toujours de mise. D’autant plus que les gros titres de presse proclament que les enfants de moins de cinq ans connaissent une «charge virale» élevée dans le nez. De nombreuses écoles étaient contraintes de fermer dans le pays, après la détection de clusters de contamination. 

«J’ai choisi de retirer mon enfant de l’école car je trouve qu’il est insensé de maintenir l’enseignement en présentiel en cette période», nous annonce un père de famille qui a fait le choix de maintenir son enfant en distanciel. «Les écoles ne sont pas prêtes et le risque de contracter le virus n’est pas exclu. En plus, ce mode d’enseignement mi-distanciel mi-présentiel risque de perturber la scolarité des enfants, surtout qu’un éventuel retour au confinement n’est pas exclu», souligne-t-il.

Les enfants : un vecteur de contamination à ne pas négliger
Le ministre de l’Éducation nationale, Saaïd Amzazi, a déclaré que depuis le début de l’année scolaire, près de 1400 élèves ont été testés positifs au Coronavirus. Malgré les nombreuses précautions et les sensibilisations au respect des gestes préventifs, la Covid-19 n’a pas épargné les écoles marocaines. En dehors des 1400 cas de contamination enregistrés au niveau des élèves, plus de 1500 cas positifs ont été détectés parmi les enseignants et le personnel d’encadrement. Il s’agit de 807 professeurs, de 245 cadres pédagogiques et de 158 cadres administratifs. Face à cette réalité, le ministère a procédé à la fermeture de 210 établissements, suite à la déclaration de plusieurs foyers de contamination.

Le département de l’Éducation a d’ailleurs déclaré que des visites de contrôle effectuées dans 300 écoles privées et 4500 établissements publics ont permis de comprendre que ce taux de contamination est dû au non-respect du protocole sanitaire.

L’autre source d’inquiétude est le retour des enfants à la maison qui peut poser problème. Certains jeunes peuvent transmettre le virus à leurs parents ou grands-parents, surtout que ce retour se fait à des horaires où la circulation est importante. La propagation du virus reste très rapide. Ce facteur demeure important et représente une source d’inquiétude chez tous les parents. «J’ai peur pour la santé de mes enfants comme pour la mienne ou pour celle de mes parents. Envoyer ses enfants à l’école augmente le risque. Malheureusement, la non-amélioration de l’enseignement à distance a fait que plusieurs familles, qui n’ont pas les moyens, ont opté pour le présentiel», fait observer notre interlocuteur. En effet, le choix du présentiel, en cette période, reste un choix dû au manque de moyens ou de temps. Si 80% des parents d’élèves ont opté pour le présentiel, c’est principalement parce que les mécanismes qui garantissent l’enseignement à distance en bonne et due forme ne sont pas assurés. 

Hajar LEBABI

3 questions à Najib El Mokhtari

Najib El Mokhtari
Najib El Mokhtari
« Il faut d’abord changer l’approche pédagogique, former les professeurs et ensuite aligner les contenus et outils numériques sur cette vision »

Ingénieur consultant en technologies de l’information, Najib El Mokhtari est aussi l’un des plus importants acteurs de la vulgarisation scientifique sur sa chaîne Youtube. Il nous livre ses réflexions sur l’e-learning. 

- Quel est l’intérêt ou l’importance d’accorder une place au e-learning dans le système éducatif marocain ?
- L’e-learning devrait être perçu comme une brique dans un édifice plus large. Ce n’est pas une baguette magique qui résoudra les défaillances du système éducatif, mais c’est un levier extrêmement important. L’e-learning permet d’utiliser le talent de quelques “super-professeurs” pour diffuser un enseignement de qualité à large échelle. L’élève ou l’étudiant peut accéder à ces contenus au moment qui lui convient. Il peut revisionner et passer des parties à son propre rythme. L’e-learning ne peut cependant pas remplacer une séance interactive où le professeur écoute et redresse les lacunes de chacun. Un modèle hybride appelé “blended learning” combine le meilleur de ces deux modes.

- En raison de la pandémie, l’e-learning a pu se frayer une place dans le système marocain. En revanche, il connaît également quelques contraintes. Quelles sont-elles ? 
- La pandémie a été un catalyseur positif. Beaucoup de professeurs ont appris à utiliser des outils TIC pour la première fois. Cependant, le modèle de la classe en ligne imposé par le confinement nécessite beaucoup de conditions pour fonctionner. Cela a relativement marché pour des enfants de familles aisées. Mais si vous vivez dans un petit appartement bruyant où un seul smartphone est partagé par toute la famille et si la connexion internet ne permet pas de visualiser ce que le professeur veut vous montrer, alors l’e-learning est en train de vous empêcher d’apprendre. Selon un rapport du HCP sur la pandémie, 7 ménages sur 10 n’ont pas été satisfaits de l’apprentissage à distance pendant le confinement. 

- Comment peut-on contribuer au renforcement de ce type d’enseignement au Maroc ?
- Les questions de connectivité et de disponibilité de terminaux constituent pour moi la partie relativement facile du problème. Le plus difficile est de pouvoir intégrer ces technologies dans le cadre d’une refonte globale du système éducatif. Notre système est actuellement construit autour de l’apprentissage par cœur plutôt que la cultivation d’un esprit autonome et critique. Il faut d’abord changer l’approche pédagogique, former les professeurs et ensuite aligner les contenus et outils numériques sur cette vision. Télécharger un fichier PDF d’une leçon d’Histoire afin de la réciter à l’examen par Skype sans pouvoir en tirer des leçons ne nous fera pas avancer.

Recueillis par H. L.

Encadré

Covid chez les enfants : Le nombre de contaminations peut augmenter
La pneumonie est toujours présente chez les patients atteints de Covid-19 sévère. Les rapports disponibles à ce jour montrent que la Covid-19 semble être rare chez les enfants. Des données récentes rapportées par les centres chinois de contrôle et de prévention des maladies ont indiqué que parmi les 44.672 cas confirmés de Covid-19 au 11 février 2020, 416 (0,9%) étaient âgés de 0 à 10 ans et 549 (1,2%) de 10 à 19 ans. Explorer les raisons sousjacentes peut aider à comprendre la pathogenèse de la Covid-19.

Une des raisons possibles est que les enfants ont moins d’activités de plein air et effectuent moins de voyages internationaux, ce qui les rend moins susceptibles de contracter le virus. Le nombre de patients pédiatriques peut augmenter à l’avenir et un nombre plus faible de jeunes au début d’une pandémie ne signifie pas nécessairement que les enfants sont moins sensibles à l’infection. En fait, les nourrissons peuvent bien être infectés par le SRASCoV-2.

Les raisons de la résistance relative des enfants à certaines maladies infectieuses restent obscures. Il a été suggéré que des changements de maturation dans le « système de transport axonal » peuvent expliquer la résistance relative des souris immatures à la paralysie induite par le poliovirus. D’autres raisons suggérées incluent les enfants ayant une réponse immunitaire innée plus active, des voies respiratoires plus saines parce qu’ils n’ont pas été exposés à beaucoup de fumée de cigarette et de pollution de l’air à l’âge adulte, et moins de troubles connexes. Une réponse immunitaire plus vigoureuse chez les adultes peut également expliquer une réponse immunitaire néfaste associée au syndrome de détresse respiratoire aiguë.

Repères

Casablanca : retour précaire au présentiel ? 
Le lundi 7 septembre, jour de rentrée, alors que la grande majorité de nos écoliers allaient en classe, les autorités avaient décidé de fermer toutes les écoles de Casablanca et de verrouiller la capitale économique avec contrôle des déplacements et couvrefeu nocturne face à la propagation de la pandémie de Covid-19. Ces restrictions, annoncées par voie de communiqué dimanche 6 septembre peu avant minuit, ont été appliquées pendant plusieurs semaines, avant que la métropole ne renoue avec le présentiel. Jusqu’à quand ? D’autant plus qu’entre temps, plusieurs établissements et pas des moindres ont été frappés de confinement de part et d’autre du Royaume dont le Lycée Descartes à Rabat.
Les inégalités sociales encore plus visibles 
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime que «les écoles ne devraient être fermées qu’en dernier recours» dans les zones de très forte transmission du virus. En effet, les personnes de moins de 20 ans représentent moins de 10 % des cas et moins de 0,2 % des décès liés à la pandémie de la Covid-19. Selon Human Rights Watch, la fermeture des écoles favorise le décrochage des élèves issus des milieux défavorisés. L’Organisation dénonce enfin dans une étude que l’enseignement à distance a exacerbé les «inégalités préexistantes».