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Etude : le PCNS décortique les chocs de la pandémie


Rédigé par s.j le Mercredi 6 Janvier 2021

Dans son « Rapport annuel sur l’économie de l’Afrique », Policy Center for the New South (PCNS) a braqué les projecteurs sur le choc multidimensionnel causé par la pandémie.



Etude : le PCNS décortique les chocs de la pandémie
La Covid-19 a bouleversé les prévisions économiques, chamboulé les politiques économiques, remis en cause les plans et programmes laborieusement élaborés dans les sphères de décision des États africains et des Organisations continentales. Le virus va bientôt achever une année de circulation planétaire, déroutant par son imprévisibilité les systèmes de veille et de traque les plus élaborés, étendant ses méfaits sur tous les continents dans un environnement géoéconomique et géopolitique déjà mal en point. La pandémie s’est installée dans tous les interstices de notre vie quotidienne. L’événement ne pouvait donc échapper aux sentis et regard de nos analystes. C’est dans ce contexte inédit que le «Policy Center for the New South» a livré, dans un rapport de quelque 350 pages, ses points de vue sur l’impact de la pandémie sur le continent, en listant également quelques voies de sortie de cette crise.

Situation épidémiologique, rien n’est sûr !
Bien que l’épidémie de Coronavirus en Afrique n’ait pas connu de flambée comparable à celle survenue sur les autres continents, le PCNS indique dans son étude que l’ampleur réelle de la pandémie reste incertaine, les cas n’étant pas systématiquement signalés, les taux de dépistage sont faibles et la précision du recueil des données varie considérablement. Il rappelle, par ailleurs, que depuis la première occurrence, le nombre de cas déclarés de la Covid-19 en Afrique est toujours en progression. « La pandémie s’est étendue à l’ensemble du continent. Limité, dans un premier temps, aux capitales, le virus touche désormais plusieurs territoires dans tous les pays. Les pays africains présentant le plus grand nombre de contaminations sont l’Afrique du Sud, le Maroc, l’Égypte et l’Éthiopie », ajoute la même source.

Cela dit, les taux de létalité estimés de la Covid-19 varient considérablement, en raison aussi bien de grandes différences dans les méthodes de dépistage et de tests, de déclaration que des retards dans la collecte de données, de l’impact de la vulnérabilité des populations, comme la tuberculose ou la malnutrition, sur la mortalité due au virus. Ainsi, le rapport souligne que « les taux de létalité relativement faibles de l’Afrique » sont dus à certaines défaillances. 

Un financement du développement contrarié
Sur le plan économique, Policy Center a souligné que la crise est un choc majeur pour les finances publiques. Les déficits budgétaires atteindront des niveaux jamais connus par le passé. « La contraction de l’activité économique a réduit les recettes fiscales et non fiscales intérieures de l’Afrique », précise-t-on de même source. Et d’ajouter que la baisse pourrait s’avérer plus que proportionnelle à la contraction du PIB, surtout pour les pays qui présentent des ratios similaires à ceux des pays à revenu élevé, notamment pour le Maroc et l’Afrique du Sud. En outre, les recettes fiscales ont diminué selon le rapport, avec les réductions d’impôts engagées par la suspension de leur recouvrement durant la pandémie pour encourager la reprise économique.

Par ailleurs, l’étude rappelle que la contraction du commerce mondial a affecté l’appareil productif de plusieurs secteurs de la région. Un état des lieux qui a fortement impacté le Maroc, dont l’économie est tributaire des échanges avec les pays d’Europe.

Selon PCNS, les industries africaines importent plus de 50 % de leurs machines industrielles et de leurs équipements de fabrication et de transport de l’extérieur du continent. De ce fait, les perturbations liées à la Covid-19 dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, en particulier en provenance de Chine et d’Europe, ont entraîné une diminution de la disponibilité des biens finaux et intermédiaires importés en Afrique. « A Moyen terme, les secteurs à plus faible valeur ajoutée, tels que l’agroalimentaire et le textile, pourraient pâtir le plus des pénuries d’approvisionnement et d’une éventuelle relocalisation des activités de production plus près des marchés finaux », précise-t-on de même source. La crise actuelle entraînera donc une réorganisation des chaînes de valeur mondiales, synonyme de défis pour l’Afrique, mais aussi d’opportunités, pour les pays ayant une large expérience dans les secteurs précités, notamment le Maroc. 

Quid de l’emploi ?
Pour ce qui est de l’emploi, le rapport se base sur les estimations du Bureau International du Travail (BIT), qui indiquent des pertes en heures travaillées d’environ 2,4%, au premier trimestre, soit 9 millions d’emplois à temps plein (48 heures/ semaine), alors que les fermetures des lieux de travail n’ont pris effet qu’à partir de la deuxième moitié du mois de mars. Pour le deuxième trimestre, et avec la progression des fermetures, les pertes en heures travaillées ont été estimées à environ 12,1%, soit l’équivalent de 45 millions d’emplois à temps plein (48 heures/semaine), ajoute-t-on de même source. 

Cet impact sur l’emploi n’a pas à être uniforme selon les régions du contient.

Il est estimé à être plus important en Afrique de l’Est et en Afrique de l’Ouest, au compte du premier trimestre, avec des pertes d’environ 3 millions d’emplois à temps plein, pour chacune des deux régions, soit une réduction relative des heures travaillées d’environ 2,4% pour l’Afrique de l’Est, et 2,5% pour l’Afrique de l’Ouest. Les pertes en Afrique du Nord ont été évaluées à environ 2 millions d’emplois à temps plein, soit une régression de 2,5% d’heures travaillées. Quant au deuxième trimestre, les estimations indiquent une hausse conséquente des pertes en heures travaillées et en équivalent en emplois à temps plein. Relativement aux 2 millions d’emplois perdus au premier trimestre, l’Afrique du Nord devrait s’attendre à 9 millions de pertes d’emplois à temps plein au deuxième trimestre, soit une réduction de 15,5% d’heures travaillées.

Pour rappel, les chiffres qui ressortent de la dernière enquête du Haut-Commissariat au Plan (HCP) démontrent de manière limpide l’état déplorable de ce dernier qui a été marqué au troisième semestre par une chute alarmante du taux d’emploi parmi toutes les catégories, plus particulièrement parmi celles des jeunes et des femmes. L’écart entre hommes et femmes a atteint 47,2 points, avec des taux d’emploi respectifs de 61,9% et de 14,7% au troisième trimestre 2020. Quant au taux d’emploi par âge, il a diminué de 3 points pour les 15-24 ans (de 18,1% à 15,1%), de 4 points pour les 25-34 ans (de 50,2% à 46,2%).

En globalité, le Maroc aurait accusé une perte de plus de 580.000 postes d’emploi. In fine, le rapport exige de relever une série de défis : reconstruire nos capacités économiques, préserver nos emplois et nos cohésions sociales, promouvoir les chaînes de valeur régionales, accélérer la mise en œuvre de la ZLECAf, défendre nos biens communs régionaux, lutter contre l’impact de la pandémie sur notre souveraineté alimentaire et notre mobilité, saisir les opportunités de la crise pour rééquilibrer nos relations de coopération et de partenariat. La trajectoire future de l’économie africaine dépendra pour longtemps des réponses qui seront apportées à ces défis.

S. J.

Repères

Renforcer la dimension stratégique de la sécurité sanitaire
L’Afrique devrait définir une réponse à la crise actuelle et anticiper les futures crises sanitaires, en mettant en place des politiques sanitaires qui promeuvent des plans de prévention et de riposte face aux futures épidémies et développent ses capacités dans la production des biens médicaux.
Assurer la souveraineté alimentaire
Les Etats africains sont tenus, aujourd’hui plus qu’hier, de garantir la souveraineté alimentaire par des investissements adéquats en vue de réduire la malnutrition, renforcer la durabilité de la production agricole, accroître les revenus agricoles.
Accélérer les transitions écologique et énergétique
Pour atteindre les objectifs de développement durable, l’Afrique devrait s’engager dans des voies de développement à faible intensité de carbone si l’on veut que le continent maintienne le cap sur l’objectif de température issu de l’Accord de Paris. Elle devrait privilégier la promotion des investissements dans la transition écologique (transport, logement, industrie, agriculture...), réduire la pression sur le capital naturel, et développer l’économie circulaire pour mettre en place un secteur des matières premières responsable et des chaînes de valeur industrielles propres et dotées de normes environnementales et climatiques élevées.
Soutenir la transformation numérique et l’innovation
La conjoncture impose de renforcer la mobilisation des moyens nécessaires pour atteindre, à un horizon acceptable, les objectifs tracés dans les priorités établies : le haut débit à un prix abordable, les compétences à l’ère numérique, l’entrepreneuriat numérique, ainsi que les services en ligne et l’économie fondée sur les données.
Valoriser le capital humain africain 
L’éducation à tous les niveaux, avec un focus sur la qualité et la création d’emploi, comme vecteur d’insertion des jeunes, devrait être au centre des modèles de développement africains. Des solutions innovatrices s’imposent et qui, au-delà des politiques de formation orientées sur l’employabilité des jeunes, devraient promouvoir les approches centrées sur l’entrepreneuriat des jeunes.

  


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