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[Entretien avec Henri-Louis Vedie, Senior Fellow au PCNS] Des perspectives prometteuses pour l’économie marocaine


Rédigé par Mamady SIDIBE le Jeudi 24 Juin 2021

Le Maroc devrait connaître un rebond important en 2021 avec un taux de croissance positif. C’est ce qui ressort dans cet entretien avec M. Henri-Louis Vedie, Expert et Spécialiste du Maroc. Senior Fellow au Policy Center for the New South (PCNS), il développe aussi amplement les Bitcoins, cette monnaie virtuelle qui s’installe de plus en plus sur le marché africain.



- Comment voyez-vous la reprise économique post Covid-19 au Maroc ?

- On vient de connaître la croissance marocaine sur 2020 publiée par le HCP qui l’estime à -4 %. A titre de comparaison la France est à -8 %. Comme la France, le Maroc devrait connaître un rebond important en 2021 avec de nouveau un taux de croissance positif.

Le deuxième élément est que le Maroc, qui bénéficie de l’accord privilégié avec l’Union européenne, devrait tirer bénéfice du rebond important attendu au sein de l’UE.

Troisièmement, la grande difficulté pour l’économie marocaine va être celle de retrouver rapidement son tourisme qui était parmi les plus performants de la planète. Peut-être faudra-t-il privilégié, pour un temps, un tourisme de proximité notamment avec les pays européens à l’instar des autres pays maghrébins.

Quatrièmement, je pense que le Maroc va continuer à récolter les fruits des efforts qui ont été investis dès 2003 dans le cadre des énergies renouvelables. C’est un point qu’il faut souligner. Pour ma part, je reste optimiste pour le Maroc en espérant qu’il n’y aura pas de retour de Covid-19 d’ici la fin de l’année 2021. Cette réserve est valable pour tous les pays.


- Un autre sujet que je voudrais aborder avec vous, il concerne les Bitcoins, lesquels font leur apparition sur le marché continental. Pensez-vous qu’il y a un enjeu ?

- Il n’y a pas d’enjeux pour les Bitcoins, on l’utilise ou on ne l’utilise pas, il est légal ou il ne l’est pas. Il faut rappeler que c’est une monnaie virtuelle hautement spéculative. Le Nigeria est devenu le deuxième pays au monde, après les Etats-Unis, à utiliser les Bitcoins.

Quelle conclusion faut-il en tirer ? Le Nigeria est un cas à part. C’est le pays le plus peuplé d’Afrique avec un PIB également élevé. Mais c’est aussi un pays qui connaît beaucoup d’inflation conduisant sa monnaie à se dévaluer régulièrement. Ce serait une erreur de se baser sur les Bitcoins pour se développer. On ne peut pas se développer à partir de la spéculation. Ce raisonnement vaut pour les pays africains.
Oui le Bitcoin se développe au Nigeria, au Kenya, en Tanzanie. Mais les sommes engagées ne représentent rien par rapport à celles récoltées lors de l’introduction en Bourse du Bitcoin. Là où il y a danger, c’est quand vous prenez des économies où il n’y a pas de trésorerie, des particuliers qui n’ont pas de revenus mais qui considèrent que les Bitcoins sont des éléments majeurs de leur stratégie. C’est comme si vous prenez un billet de loterie et vous voulez gérer votre patrimoine avec ça.


Qu’en est-il du cas du Maroc par rapport aux Bitcoins ?

Pour ce qui est du Maroc, je rappellerai deux choses : d’abord le Bitcoin y est interdit formellement depuis 2017 par l’Office des changes même si l’on voit ces derniers temps les jeunes s’intéresser à cette monnaie virtuelle. Rappelons que le Bitcoin peut être utilisé dans le troc sur le marché.

Cela est d’ailleurs valable pour la plupart des pays africains. Je dirai qu’au Maroc, une partie de la jeunesse et peu bancarisée utilise la plateforme du local Bitcoin. Là encore, je vais minorer l’impact car il s’agit de quelques centaines de milliers d’euros. En outre, on observe au Maroc un phénomène que l’on voit toujours : c’est l’effet pervers de l’interdiction. Car par curiosité, les gens sont tentés d’essayer donc d’aller sur ce marché.


- Dans quel cadre peuvent-ils être des facteurs d’accélération de la dynamique économique dans un pays ?

- Ils ne peuvent pas être des facteurs d’accélérateur de la dynamique économique. Ils peuvent l’être parce qu’ils portent en eux les éléments de l’inflation contrairement à ce que l’on raconte. Ce sont des mouvements de dents de scie. D’ailleurs, ce n’est pas du hasard s’ils tournent en Afrique où le taux de bancarisation est très faible par rapport à la moyenne sur d’autres continents.

En effet, une partie de la jeunesse africaine n’est pas habituée à la banque. Elle s’en méfie. Elle se méfie aussi du pourvoir central et elle considère, à tort peut-être, que les Bitcoins sont de moindre mal parce qu’ils échappent à la tutelle de l’Etat. Cela leur permet de rêver. Et je m’inscris totalement en faux contre l’idée qu’ils sont l’élément majeur de développement.
Propos recueillis par Mamady SIDIBE

Bon à savoir

M. Henri-Louis Vedie, spécialiste du Maroc, est Docteur d’Etat ès-Sciences Economiques, diplômé d’Etudes Supérieures de Droit, est aujourd’hui Professeur-Emérite du groupe HEC (Paris), Département Finances/Economie.

Senior Fellow au PCNS, il est auteur de dizaines d’articles, publiés en France et à l’étranger, et d’une vingtaine d’ouvrages, consacrés tantôt à la micro et à la macro-économie, tantôt aux sujets d’actualité ou au Maroc, dont il est devenu spécialiste reconnu.

Il est également consultant auprès de sociétés et d’organismes internationaux dont le Conseil de l’Europe. Henri-Louis Vedie est aussi une personnalité politique de la Manche, enseignant de profession.

Quant à Policy Center for the New South, c’est un think tank marocain dont la mission est de contribuer à l’amélioration des politiques publiques, aussi bien économiques que sociales et internationales, qui concernent le Maroc et l’Afrique, parties intégrantes du Sud global.Il travaille à développer un concept de « Nouveau Sud » ouvert, responsable et volontariste.

  


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