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Actu Maroc

Entretien avec Ali Essadek : «Life Wing» est le premier drone sauveteur pensé et créé au Maroc

Ali Essadek, inventeur d’un drone sauveteur


Rédigé par Safaa KSAANI le Dimanche 21 Février 2021

Ayant perdu son emploi, à cause de la pandémie, Ali Essadek a meublé son temps en fabriquant un drone sauveteur. Une première du genre dans le Royaume.



Ali Essadek
Ali Essadek
- Des drones, il y en a à la pelle. Quelle est la particularité du vôtre ?

- Certes, ce type de produits existe déjà sur le marché sous différentes formes, pour différentes missions et différents budgets. Ma machine est un UVA-LRS. « UAV » (pour « Unmanned Aerial Vehicle », soit véhicule aérien sans humain à bord) et « LRS » (pour « Long Range Systeme », soit Systèmes longue portée). C’est une innovation 100% marocaine, que j’ai décidé de baptiser “Life wing” (ailes de la vie, ndlr). La nouveauté apportée est de produire un drone qui assiste les sauveteurs en mer, sans qu’ils y soient. En effet, cet avion peut transporter des bateaux gonflables qui, une fois touchés par l’eau, se gonflent.

- D’où est née cette idée ?

- Dans les zones côtières, il y a beaucoup de noyades. Rien que le mois dernier, des pêcheurs se sont noyés à Tarfaya. Le sauvetage a tardé pour y arriver. Dans cette zone, il y a des courants marins très puissants quand il y a des tempêtes. Le fait de déployer des hélicoptères, qui ne peuvent pas être opérationnels dans de telles conditions météorologiques, exige un lourd investissement. Cependant, ma machine est plus agile, et ne nécessite pas des investissements faramineux. La voilure de mon avion est constituée de deux ailes, qui peut survoler une distance de 100 km, ce qui dépasse la capacité des drones multirotor. De plus, ma machine contient un seul moteur avec une consommation beaucoup moins importante. Même avec une extinction de moteur, on peut planer pendant très longtemps. C’est ce qu’on appelle la finesse en termes d’aérodynamique. 

- Quelles sont les matières utilisées dans votre drone sauveteur et quelles sont ses fonctionnalités ?

- Plusieurs matières sont utilisées dans cette machine, fabriquée dans un petit atelier chez moi. Il y a du bois Balsa qui est originaire de l’Amérique du Sud. C’est un bois extrêmement léger. Sa légèreté dépasse même le styropor, connu par le polystyrène. 

Concernant la couverture du squelette de l’avion, j’ai utilisé le film thermoretracteur pour recouvrir le fuselage et le squelette de l’avion. Ce film est adhésif d’un côté et est colorié. J’ai choisi comme couleurs le blanc et le gris. Ce film est couvert puis chauffé avec une température qui dépasse les 110°C. Avec cette température, il prend la forme de la surface sur laquelle on l’étale. Pour ce qui est de l’électronique et du téléguidage, j’ai mis des cerveaux-moteurs dans la machine. Ils sont connectés à une interface potentiomètre qui relie chaque cerveau à une fonction. Dans cet avion, j’ai utilisé cinq cerveaux moteurs dans lesquels il y a des récepteurs qui reçoivent le signal de contrôle au sol. Ils peuvent recevoir le signal dans toutes les configurations de vol et dans toutes les conditions. Donc, on n’a pas le risque de perdre le signal de contrôle de l’avion. On a un système radar pour recevoir les données du vol. A travers un écran LCD ou autre grand écran, on a un retour direct de toutes les données, en temps réel. On peut stocker les données collectées sur un disque dur ou sur une caméra déjà à bord. 

- Quelles sont les limites de votre machine, fabriquée avec vos moyens de bord ?

- L’altitude maximale est de 5.000 mètres, avec une vitesse relative. Si on calcule la vitesse à zéro, l’avion peut se déplacer en vitesse de croisière maximale à 87 km/h. Mais à vol d’oiseau, ce sont des vitesses importantes. Il sera plus rapide qu’une voiture, qui doit faire des virages... La vitesse du drone varie en fonction de la vitesse du vent.

Recueillis par Safaa KSAANI 

Portrait

Il ne doit sa réussite qu’à lui-même 

Ali Essadek se voit comme un capitaine de navire. Celui qui fixe le cap et montre la direction à suivre. Ce passionné de physique avait fabriqué son premier « avion » à l’âge de sept ans. “D’ailleurs, tous les voisins du quartier me surnomment “Ali Tiyara””, nous raconte-t-il.

Ce Rbati, né en 1970, a choisi de poursuivre ses études universitaires en Suisse, à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, spécialisée dans le domaine de la science et de la technologie. Pour des raisons personnelles, il est rentré au Maroc.

Quelques années après son installation définitive au Royaume, Ali Essadek a monté sa propre société “Faucon bleu”. Dès lors, il a commencé à fabriquer lui-même des cartographies avec des avions, en pilotage à vue. “C’est moi qui ai fait la cartographie du Golf Bouznika Bay”, nous racontet-il avec nostalgie.

Ensuite, il s’est retrouvé dans le domaine du cinéma. Là aussi, sa passion ne le quitte pas. En 2005, il a réussi à fabriquer un hélicoptère avec un système de contrôle, de 2 mètres d’envergure et 1,45 mètre de longueur, pesant 4 kilogrammes avec charges utiles. “Il peut avoir une autonomie de vol jusqu’à 02h30. Grâce aux nouvelles technologies des batteries, cette durée peut augmenter à 3h30 de vol”, nous confie-t-il.

S. K. 

Repères

« Life Wing » : Un produit à multiples usages
Le drone sauveteur “Life Wing” est une solution technologique, destiné à un usage militaire ou civil, notamment dans les zones éloignées et isolées, où l’accessibilité routière et ferroviaire est impossible. “Grâce à cette innovation, on peut larguer des produits de soins, médicaux ou paramédicaux, rapidement. On peut également prévenir et lutter contre les incendies de forêt, notamment dans les zones sèches, où le feu est susceptible de se déclencher”, nous détaille Ali Essadek. L’usage qui le préoccupe le plus est de pouvoir transporter des packs de sang dans les zones éloignées. Un rêve qu’il souhaite voire se concrétiser, grâce à l’implication de sponsors et du ministère de l’Industrie.
Tarfaya : Des pêcheurs noyés
Une embarcation de pêche artisanale, avec 14 pêcheurs à bord, a été détruite, aux premières heures du jeudi 31 décembre dernier, sous l’effet de vagues géantes à sa sortie du port de Tarfaya. “Life Wing sert à éviter de tels drames. Grâce à cette machine, l’intervention des sauveteurs aurait pu être plus rapide, et les premiers secours auraient été donnés”, regrette Ali Essadek. Aussitôt informés, les services compétents sont, bien entendu, intervenus, permettant de secourir trois personnes immédiatement transférées aux urgences du Centre de santé de Tarfaya, alors que les corps de 4 autres individus ont été repêchés.