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Conso & Bien-Être

Enseignement à distance : Pour le meilleur ou pour le pire ?


Rédigé par Meryem EL BARHRASSI le Dimanche 20 Septembre 2020

L’arrêt de l’enseignent en présentiel est l’une des conséquences les plus directes du Covid-19. Dès lors, l’enseignement à distance s’impose comme alternative à « une rupture totale » des cours en présentiel. Une rupture susceptible d’avoir des effets néfastes d’ordre psychologique, éducatif et social.



Enseignement à distance : Pour le meilleur ou pour le pire ?
Depuis la fermeture des écoles, le quotidien des enfants a bien changé : plus de copains, ni de sorties au parc et l’école se fait à la maison via l’enseignement à distance. Quant aux parents, s’ils sont présents à leurs côtés en permanence, ils sont parfois stressés non seulement par le Coronavirus, mais aussi par le télétravail, la peur du chômage qui guette ou encore la baisse des revenus. Or, cette modification radicale de leur mode de vie « peut avoir des effets néfastes à court et à long termes, tant sur la santé mentale que physique  », souligne Dr Ghizlane Benamar, pédopsychiatre. Des effets d’autant plus conséquents lorsque l’enfant vit dans une plus grande précarité.

Besoin de socialisation

Avec la fermeture des écoles, Dr Benamar affirme que les enfants pourraient s’avérer être colériques, irritables et angoissés. Les enfants n’ont pas une notion du temps similaire à celle des adultes, sont des êtres très sociables à partir de l’âge de 3 ans et ont donc besoin d’être entourés d’autres enfants. Par conséquent, si la situation perdure, ils pourraient développer des troubles d’alimentation et de sommeil, des angoisses et des troubles dépressifs.

« Des symptômes de stress post-traumatique (confusion, colère, stress, dépression, baisse d’humeur, irritabilité et insomnies) peuvent se développer. Les enfants sont faits pour jouer avec les autres, pas pour rester à la maison avec leurs parents », affirme la pédopsychiatre.

Dr Benamar est aussi du même avis pour les adolescents.

« Du fait de l’isolement et de l’environnement morbide actuel, on est dans une situation potentiellement traumatique, qui pourra entraîner des séquelles : problèmes de sommeil, inquiétudes, angoisse… ».

Des enjeux spécifiques

Il ne faut pas se focaliser seulement sur la continuité pédagogique, mais prendre en compte aussi la continuité éducative.

« La continuité pédagogique vise à permettre à chaque élève de poursuivre ses apprentissages sans rupture pénalisante entre la fin d’une année scolaire et la suivante », précise M. Abderrahmane Lahlou, expert en éducation.

Pour l’expert, la continuité éducative cherche la cohérence dans l’intervention éducative, l’articulation entre projets et programmes, le travail en équipes pluridisciplinaires ou du moins les complémentarités entre acteurs, notamment, dans le cas qui nous occupe, la relation avec les parents, dans les conditions « d’école à la maison » qui sont pesantes.

De quelle façon faut-il revoir ses contenus ?

L’école à distance nécessite de former les enseignants, les élèves, mais également les parents des plus jeunes. En raison de l’urgence de la crise du coronavirus, cela n’a pas été possible.

« Le premier danger est de vouloir donner trop aux étudiants, L’enseignant doit identifier les concepts clés et limiter le travail. Evaluer la masse de travail est complexe », souligne, M. Lahlou.

Pour réussir à mesurer la surcharge ou les manques, les professeurs doivent mieux collaborer entre eux. Malheureusement, plusieurs d’entre eux signalent une compétition malsaine qui s’est installée entre les formateurs qui ont su s’adapter et ceux qui n’ont pas voulu lâcher une miette de leurs cours.

« L’erreur principale est de vouloir imiter ce qu’on fait en classe. Il faut adapter ses activités au modèle digital.

La question à se poser est : qu’est-ce que je veux faire avec mes étudiants ? La compétence de l’enseignant se situe dans sa capacité à se structurer plutôt que dans l’utilisation de la technologie », explique l’expert en éducation.

Comment réduire les inégalités ?
L’enseignement à distance n’est pas réputé pour gommer les inégalités sociales. Il y a cependant des moyens de les réduire.

« La règle incontournable est de donner des consignes claires, pas à pas, même pour ce qui paraît évident, et de les accompagner de feed-back réguliers. C’est à l’enseignant
d’activer le lien », appuie M. Lahlou.

La numérisation de l’enseignement peut toutefois aussi aider à réduire certains écarts. « La première cause d’inégalité n’est pas la technologie. Plusieurs études ont montré que les milieux défavorisés possédaient souvent les meilleurs ordinateurs. L’inégalité vient surtout de l’importance que l’école revêt au sein des familles. Si pour les parents celle-ci n’a pas de valeur, l’écart se creusera certainement », conclut l’expert.

Meryem EL BARHRASSI

Encadré

Enseignement supérieur : Les étudiants universitaires face au système d’apprentissage à distance

Bousculés par la pandémie, les acteurs de l’enseignement supérieur ont en effet dû réagir rapidement pour réussir le pari de l’enseignement à distance et assurer la continuité pédagogique durant la phase du confinement. Ils ont ainsi parcouru sous la contrainte plus de chemin en quelques mois qu’ils n’ont pu le faire en plusieurs années.

« L’enseignement à distance devient une évidence et une exigence. Ce système d’apprentissage avec plus ou moins des lacunes à combler, peut être adopté à une large échelle et avoir une valeur ajoutée durant tout le processus éducatif », précise Pr Jamal Mehssani, psychiatre et professeur universitaire.

« Plusieurs étudiants ont rapporté qu’ils ont du mal à dormir, ils mangent de manière désordonnée et déséquilibrée et ont beaucoup de difficultés à se réveiller à temps pour leurs cours du matin, avec notamment des difficultés de concentration », explique le professeur. Le pire dans cette situation est que personne n’a de contrôle sur l’avenir. « On sent qu’on plonge dans le doute et le danger sachant que la plupart d’entre nous étudiaient avant même l’épidémie sans avoir la certitude qu’ils obtiendraient facilement un travail honorable et voient se profiler un avenir sombre devant eux », affirme Wissal, étudiante en 3ème année à la Faculté de droit de Rabat.

3 questions à Jihane Laraichi, coach scolaire

Jihane Laraichi
Jihane Laraichi
« Lors des échanges en ligne, les distances s’affaiblissent spontanément »
 
Malgré un retour partiel à l’école, l’école à la maison continue pour la plupart des élèves. Comment réussir à tisser des liens entre élèves et enseignants, ou à les faire perdurer, en dépit de la distance ? Jihane Laraichi, coach scolaire nous dit tout.

- Comment bien apprendre sans la présence réelle de ses professeurs ni de ses camarades ?
Pour pouvoir le faire, il est important d’être en motivation intrinsèque, c-à-d, vouloir apprendre pour apprendre, être convaincu que ces cours vont nous être utiles, et en connaître l’utilité. Les parents doivent sensibiliser leurs enfants de l’importance des matières. Il est très important d’instaurer un espace de dialogue. Les enfants peuvent avoir besoin du silence, qu’on leur fasse confiance, et de ne pas exiger qu’ils travaillent à côté des parents.

- Pourquoi est-ce si difficile pour les parents de faire la classe à la maison ?
Chacun des parents joue un rôle défini dans la famille. Ils ne peuvent pas être à la fois parent et enseignant, en plus c’est tout un effort de pédagogie que les parents n’ont pas forcément. Les parents ne sont pas du tout entraînés, ils ne se sentent pas tous compétents pour enseigner.

- N’y a-t-il pas aussi des effets positifs ?
En effet, il y a beaucoup d’effets positifs de l’enseignement à distance. Les enfants deviennent autonomes, leur écoute est plus active, et ils apprennent à s’intéresser aux différentes matières. Lors des échanges dans les classes en ligne, les barrières, les frontières, les distances s’affaiblissent spontanément. L’usage des forums, des mails, mais également des appels téléphoniques, a fait que dans certains cas, la relation pédagogique a gagné en intimité.

Recueillis par M. E. B.

Repères

Quid des évaluations ?
Les institutions doivent pouvoir offrir des évaluations fiables et valides en garantissant une égalité de traitement. « Dans des évaluations à distance, les questions centrées sur la mémorisation pure ne seront plus possibles. Elles ne sont du reste pas le reflet de la vraie vie », estime M. Lahlou, expert en éducation. Les tests oraux en ligne pendant dix à quinze minutes sont une option. D’autres outils existent, notamment pour les stages pratiques : l’élève/étudiant se filme ou rend un document audio.
Un retour à l’école aussi complexe
Le retour en collectivité des enfants doit se faire dans le respect des mesures barrières dont l’application doit être adaptée aux différentes tranches d’âges. Reste qu’il faudra aussi gérer l’angoisse potentiellement générée par le retour à l’école. C’est pourquoi, à ce titre, les parents doivent se montrer, dans la mesure du possible, rassurants. Et ne pas oublier que « nous avons des capacités de résilience innées en nous qui nous feront oublier, bien plus rapidement que ce que nous croyons, la détresse qui a pu être ressentie pendant cette crise sanitaire », rappelle Dr Benamar.
 

  


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