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Actu Maroc

Enquête PENA : les chiffres alarmants sur le niveau des étudiants


Rédigé par Hiba Chaker le Mardi 30 Novembre 2021

Un niveau alarmant de l’enseignement public accompagné d'un gap profond avec le privé. Tel est le résultat de l’enquête relative au programme national d’évaluation des acquis des élèves, réalisée par le Conseil Supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique et publié ce mardi. Détails.



En pleines discussions sur la nécessité urgente d’une réforme urgente et effective des programmes et des méthodes d’enseignement, l’enquête PENA dresse un état de lieux sur le niveau des étudiants en dégradation continue dans les différents cycles et niveaux scolaires.
 
L’étude a porté sur les apprentissages de 36.808 élèves, dans les milieux rural et urbain, dans le public et le privé et dans les écoles communales.

Les résultats du PNEA 2019 offrent une évaluation des acquis et des compétences des élèves, en se référant au programme prescrit, à la fin de la 6ème année primaire et à la fin de la 3ème année du secondaire collégial, afin d’examiner la performance des élèves et ses déterminants. Ces résultats reflètent une faiblesse notoire au niveau des acquis chez une bonne partie des élèves à l’enseignement fondamental, à des degrés variés, en langues, en mathématiques et en sciences. Ceci est de nature à engendrer des déperditions à travers l’abandon et le redoublement, impactant ainsi négativement la survie scolaire des jeunes, et anéantissant tous les efforts investis par les pouvoirs publics dans les réformes successives de l’éducation.
 
Des programmes trop chargés

Cette évaluation montre également que ce qui affaiblit le système éducatif est qu’un tiers, et parfois plus, des élèves n’arrive pas à suivre les programmes prescrits des matières dans le primaire et au collège. Ceci représente le nœud gordien du système éducatif, qui ne peut être tranché que par une réforme profonde de l’enseignement fondamental, comme le recommande la Vision Stratégique de la réforme 2015-2030 et le stipule la loi Cadre 51-17.
 
Des problèmes multi-niveaux

Les problèmes liés à l’accessibilité, l’infrastructure de base, la disponibilité de ressources humaines et matérielles incitent à améliorer l’offre scolaire dans les établissements publics fréquentés majoritairement par des élèves défavorisés sur le plan socio-économique. Une des conclusions que l’on peut tirer des résultats de l’étude est que l’enseignement fondamental public est un carrefour de contraintes : celles qui relèvent de l’établissement avec tout ce qu’il compte comme infrastructure, ressources, qualité des enseignants et leurs pratiques pédagogiques ainsi que leurs habilités dans l’enseignement…, et celles qui relèvent de l’élève et de ses caractéristiques familiales, sociales, culturelles et territoriales… Ces contraintes n’affectent pas tous les élèves de la même manière. En effet, le faible niveau socio-économique et culturel de la famille continue à affecter les acquis scolaires des élèves, surtout ceux de la 3ème année du secondaire collégial, car l’école peine toujours à contrecarrer ce handicap et à instaurer l’équité qui ne signifie pas la non différenciation, mais une égalité des chances. Cette dernière implique que ceux qui se trouvent dépourvus de capital ressources familiales, ont des difficultés pendant leur scolarité.

Ecart privé-Public

Le rapport met en évidence que la performance des élèves scolarisés dans le secteur privé est supérieure à celle des élèves du public. Quelle que soit la matière principale (mathématiques, arabe, français, SVT, physique-chimie), seuls 8 à 9% des élèves de l’école publique ont un niveau satisfaisant contre une moyenne de 50% dans l’école privée.
Il faut cependant souligner que le secteur privé ne fait pas face aux mêmes contraintes que les établissements publics. En effet, le secteur privé dote ses établissements de ressources et d’infrastructure pour attirer les élèves et les parents et arrivent à maîtriser le temps d’enseignement avec des enseignants tenus par des contrats, par l’exigence de la présence et du rendement. Ce secteur arrive également à attirer relativement plus des familles favorisées, instruites et disposant des moyens pour payer les frais de scolarité de leurs enfants ainsi que le soutien scolaire supplémentaire compensant toute faiblesse de l’école. Certaines écoles privées sélectionnent même à l’entrée les élèves pour garder le niveau requis qui servirait à leur attractivité auprès des familles. D’ailleurs, le différend qui a émergé, lors de la pandémie du Covid_19, entre ces écoles privées et les parents d’élèves, tourne autour des revendications des parents de réduire le paiement pendant les mois de confinement par le fait que l’école a failli ses engagements, et que ce sont eux-mêmes qui ont assuré une grande partie des enseignements.

Le diplôme des enseignants ne compte pas !

 Il ressort des résultats du PNEA-2019 que la formation académique des enseignants et leurs diplômes (même le doctorat) n’ont aucun effet significatif sur les performances des élèves ! La formation continue, selon les réponses des enseignants au questionnaire, est jugée inadéquate. « Leur expérience professionnelle et le passage de l’enseignant par les centres de formation, ont un effet positif sur les scores des élèves. Par contre, ces scores sont moins élevés pour les élèves qui ont les enseignants en contrat avec les AREF » annonce le rapport.
 
Pour rappel, Chakib Benmoussa, président de la Commission spéciale sur le modèle de développement du Maroc, désigné récemment ministre de l’Education nationale, du Préscolaire et des Sports, a indiqué que la tutelle lancera une révision globale des programmes du cycle secondaire, afin d'arrimer la mission d'enseignement aux exigences de la mutation du secteur. Les chiffres présentés dans ce rapport viennent alors confirmer la légitimité et l’urgence de ladite réforme.