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Environnement

Embouchure de la Moulouya: Un site classé, sous la menace de l’assèchement programmé


Rédigé par Oussama ABAOUSS le Samedi 17 Avril 2021

Les environnementalistes de l’Oriental alertent sur le danger d’assèchement de l’embouchure de la Moulouya en raison des prélèvements excessifs effectués en amont de l’oued.



En dépit des valeurs écologiques qui ont justifié son classement, le site de l’Embouchure de la Moulouya, inscrit sur la liste Ramsar le 15 janvier 2005, vit actuellement sous la menace d’assèchement. Plusieurs associations de l’Oriental n’ont pas cessé de tirer la sonnette d’alarme, depuis plusieurs mois déjà, afin d’attirer l’attention des décideurs et de l’opinion publique sur la « catastrophe écologique en cours ». « Le ministre de l'Agriculture et de la Pêche maritime s'est rendu dans les villes de Nador, Taourirt et Barkane fin mars 2021 pour lancer des projets liés aux stations de pompage d'eau de la rivière Moulouya à irriguer certaines terres agricoles, ignorant la loi 12-03 relative à l'étude de l'impact sur l'environnement et la loi 22/07 relative aux aires protégées et du Dahir Royal n ° 1-10-123 », souligne un récent communiqué du  collectif de l’Ecolo Plateforme  du Nord du Maroc qui précise que ces projets « n’ont pas été soumis à une enquête publique ».

Une eau « perdue en mer » 

« Lors de l’inauguration, M. Akhannouch a déclaré que les eaux de la Moulouya sont perdues et vont dans la mer et qu’il prévoit la construction prochaine de quatre nouvelles stations de pompage pour l’usage agricole et l’extension des superficies agricoles dans les périmètres de Zebra, El Garet et Bouareg », explique Mohamed Benata, docteur en géographie, président de l'Espace de Solidarité et de Coopération de l'Oriental (ESCO) et ingénieur agronome à la retraite. « Cette déclaration émanant d'un haut responsable du gouvernement est très grave et démontre un manque de gouvernance dans la gestion des eaux de la Moulouya et un non-respect de la Nature. Les eaux des résurgences en aval du barrage Machraa Hamadi, dont le débit moyen selon le service des Eaux du Ministère de l’équipement ne dépasse pas 7 m3/s, ne sont pas perdues dans la mer. En plus, les stations de pompage Moulay Ali et de plusieurs agriculteurs riverains de la Moulouya pompent plus de 80% de ces résurgences, soit 5.6 m3/s. En définitive, il ne reste que 20%, soit 1.4 m3/s qui alimentent le débit écologique », argumente Mohamed Benata.

Un site déjà mis à mal

Le site Ramsar de l’embouchure de la Moulouya qui fait face aujourd’hui à une menace d’assèchement est d’autant plus vulnérable qu’il a déjà subi plusieurs agressions ces dernières décennies. Une équipe mandatée par le secrétariat de la convention Ramsar avait mené en octobre 2010 une enquête de terrain pour évaluer la dégradation du site. « Le site de l’embouchure de la Moulouya a été d’une grande richesse écologique. Bien qu’il ait conservé des potentialités, le développement du complexe touristique adjacent a provoqué ou accéléré une série d’événements et de comportements ayant conduit à une régression considérable de la biodiversité. Bien que les valeurs paysagères et écologiques du site Ramsar soient favorables à ce complexe touristique, on relève l'absence de toute mesure compensatoire envers ces valeurs et la quasi-absence de dialogue entre les acteurs concernés par la protection de l'environnement et les responsables du complexe touristique », souligne la mission consultative dans son rapport.

Les exigences des environnementalistes

Face aux risques actuels d’assèchement des écosystèmes situés dans l’embouchure de la Moulouya, le collectif de l’Ecolo Plateforme du Nord du Maroc considère qu’il est impératif « d’arrêter l'épuisement des ressources en eau de la rivière Moulouya et d’activer les mécanismes de bonne gouvernance et de gestion durable et rationnelle des cours d'eau, en considérant les zones humides comme un mécanisme efficace d'adaptation aux changements climatiques ». Les environnementalistes de l’Oriental soulignent par ailleurs dans leur communiqué que l’argument de « sécurité alimentaire » n’est pas valable pour des cultures qui sont connues pour leur consommation excessive des ressources hydriques. « Face à ces comportements inacceptables et irresponsables, le collectif de l’Ecolo Plateforme du Nord, tient le Premier ministre et le ministère de l'Agriculture pleinement responsables de ce qui se passe dans la région de l'Est, en particulier à l'embouchure de la Moulouya », conclut le communiqué signé par Sbai M’barek, coordinateur du collectif.
 

 


3 questions à Mohamed Benata, président de l’ESCO

« Il faut reconsidérer les projets programmés dans la région »

Ingénieur agronome à la retraite et président de l'Espace de Solidarité et de Coopération de l'Oriental (ESCO), Mohamed Benata a répondu à nos questions.

- La nouvelle station de pompage récemment inaugurée a-t-elle engendré des impacts sur le Moulouya ?

- Depuis que la station a été lancée, les riverains ont remarqué une baisse importante du débit d’eau dans la partie qui se prolonge en aval jusqu’au site Ramsar (embouchure de la Moulouya). Ils ont également rapporté une augmentation de la salinité de l’eau dans cette partie de l’oued.

- Quelles sont, selon vous, les mesures correctives potentielles pour limiter l’impact sur l’embouchure ?

- Je pense qu’il faut reconsidérer les projets programmés dans la région de l’Oriental pour la construction de nouveaux barrages (barrage Safsaf, barrage Targa à Guercif, barrage Béni Azimane à Driouch, et l'extension du barrage Mohammed V) qui affecteront négativement le débit écologique et le cours d'eau de l'oued Moulouya. Il est également nécessaire de réduire le pompage d'eau à la station de pompage Moulay Ali et à la station de pompage Ouled Setoute pour préserver le débit écologique du fleuve.

- Qu’en est-il des mesures correctives relatives à l’irrigation et à l’agriculture dans la région ?

- La première mesure serait de ne pas procéder à l’extension du périmètre d’irrigation puisque la zone qui est délimitée pour cela en ce moment est au maximum des capacités hydriques disponibles. La deuxième chose est de privilégier dans ce périmètre les cultures dédiées à la consommation dans le marché national, car il serait aberrant de produire des denrées alimentaires destinées à l’export dans un espace qui vit sous la menace persistance de pénurie hydrique. Enfin, il est, à mon sens, nécessaire d’accompagner les agriculteurs concernés pour qu’ils puissent passer de cultures qui consomment beaucoup d’eau à d’autres qui sont plus adaptées à la rareté de la ressource hydrique dans la région.