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Education et formation : Les motivations pour le choix de la profession d'enseignant au Maroc


Rédigé par A. CHANNAJE Lundi 6 Décembre 2021

Au Maroc, la majorité des enseignants n’a pas choisi le métier par vocation ou par l’attractivité de ce dernier. De plus, les enseignants ne sont pas non plus recrutés parmi les meilleurs bacheliers.



En plein débat actuellement sur le plafonnement de l’âge d’accès au métier de l’enseignant à 30 ans, le Conseil Supérieur de l'Education, de la Formation et de la Recherche Scientifique (CSEFRS) publie une intéressante et importante étude intitulée : « Le métier  de l’enseignant au Maroc : A l’aune de la comparaison internationale ».

Réalisée par l'Instance Nationale d'Evaluation du Système d’Education, de Formation et de Recherche Scientifique, l’étude s’est basée sur une enquête de terrain qualitative, déroulée dans les régions suivantes : Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, Fès- Meknès, Rabat-Salé-Kénitra, Casablanca-Settat, Marrakech-Safi, l’Oriental et Souss-Massa.

Menée auprès des enseignants, de directeurs d’établissement et d’inspecteurs pédagogiques, l’étude a pour principal objectif d’apprécier les actions et politiques publiques relatives au personnel enseignant afin de jauger leur efficacité, cohérence et pertinence.

Elle montre, en premier lieu, que ce sont les établissements de l’accès régulé qui attirent les meilleurs bacheliers, c’est-à-dire ceux qui ont obtenu des mentions élevées au baccalauréat. Le reste cherche à intégrer les établissements à accès non régulé.

Motivations extrinsèques
 
Côté motivations, l’étude montre que les enseignants en majorité ont choisi le métier par contrainte pour échapper à leurs conditions sociales-économiques difficiles. « J’ai intégré le Centre de formation des instituteurs en 2001. Mes conditions sociales étaient difficiles ; mon père est décédé. Il fallait trouver du travail et un revenu stable le plus rapidement possible», affirme un enseignant au secondaire qualifiant.

Outre l’accès à l’emploi, une autre motivation extrinsèque pèse dans le choix du métier : «les heures de travail et les vacances scolaires». Le métier d’enseignant permettrait ainsi de concilier vie professionnelle et vie familiale. D’après le rapport, cette motivation émane le plus souvent des enseignantes, comme l’explique une d’entre elles: « ce métier est aussi le plus convenable pour une femme au Maroc. Je travaille une demi-journée et j'ai le temps pour m’occuper de mes enfants et de ma famille. En plus des vacances scolaires.»

L’étude fait remarquer aussi que l’accès à un emploi stable a été la principale raison, surtout pour les enseignants du primaire, du choix du métier.

Motivations intrinsèques
 
Viennent ensuite les motivations intrinsèques qui expriment généralement le choix du métier par vocation ou par un intérêt pour l’enseignement et la satisfaction intellectuelle qui peut en découler. Ces motivations trouvent leur origine dans l’attirance pour le métier, soit parce qu’un parent en était un, soit parce qu’un ou des enseignants ont marqué l’esprit et le parcours de la personne.  « J’ai un père enseignant. Il a eu un rôle important dans mon choix du métier », a déclaré un enseignant du secondaire collégial.

Dans cette même logique, certains ont fait le choix, non pas du métier mais de la matière ou la discipline : « J’ai toujours aimé les mathématiques et j'ai toujours voulu enseigner cette matière », a indiqué une enseignante du primaire.

Motivations altruistes
 
La troisième catégorie des motivations, altruistes, est beaucoup moins déterminante dans le choix du métier.

Rares sont les enseignants interrogés qui avancent des raisons comme le souhait de travailler avec les enfants, par exemple. Selon les cycles, ce genre de raisons est davantage rapporté par les enseignants du primaire. « J’aime le métier et le contact avec les enfants. S’ajoutent également certains avantages comme les heures de travail et les vacances scolaires », a affirmé un enseignant du primaire.

Par ailleurs, l’étude révèle une nouvelle configuration du profil du personnel enseignant. Il s’agit de la reconversion dans le métier d’enseignant après une première expérience professionnelle dans un autre domaine et/ou après un passage par l’enseignement privé. Cette nouvelle tendance a pris de l’ampleur avec le recrutement régionalisé à travers les AREF, en raison notamment de la suppression ou l’allongement de la limite d’âge pour passer les concours.

Dans ce cas de figure, poursuit la même source, les raisons du choix du métier d’enseignant s’inscrivent, en général, dans les motivations extrinsèques. Les enseignants interrogés expriment un mécontentement ou une insatisfaction de leurs expériences professionnelles précédentes : « Après l’obtention d’un master en génie civil, j’ai travaillé comme ingénieur dans le secteur du BTP. Mais c’était instable. On travaillait par projet. À tout moment, en cas d’arrêt du projet pour une raison ou une autre, le patron pouvait licencier les employés. Parfois par un simple coup de fil. Je suis arrivé à l’enseignement à la recherche de stabilité », a déclaré un enseignant cadres des AREF (Académie Régionale d’Éducation et de Formation).

Pour d’autres, la stabilité de l’emploi a motivé leur choix du métier.  « Licencié en 2004 en droit privé, j’ai travaillé en tant que formatrice dans des associations et dans l’éducation non formelle. J’ai aussi travaillé dans l’enseignement privé pendant 4 ans. En 2018, j’ai participé au concours…J’ai choisi ce métier notamment pour avoir un salaire. Depuis 2004, je n’ai pas touché de salaire, mais des indemnités dérisoires », a souligné un autre enseignant cadre des AREF).

Système de recrutement

Pour conclure, l’étude montre que le système de recrutement est peu efficace dans la sélection de candidats à fort potentiel pour deux raisons principales. 

La première – et la plus importante – est le manque d’attractivité du métier d’enseignant, ce qui fait de lui un « choix par défaut » faute d’autres opportunités plus lucratives ou intéressantes. La nouvelle politique de recrutement et le nouveau statut des enseignants – perçu et jugé précaire – risquent d’aggraver la situation, prévient-on.

La deuxième raison est relative au manque d’efficacité des modalités de recrutement qui souffrent de plusieurs lacunes : absence de référentiel d’emplois et de compétences qui spécifie le profil recherché, manque de pertinence des examens écrit et oral… Face à ces constats, l’étude estime que l’attractivité du métier d’enseignant doit se construire dès l’entrée, par une bonne politique publique qui fait de ce « bachelier moyen » un bon enseignant capable de mener les élèves vers la réussite, en lui offrant une formation initiale solide, un accompagnement, une évaluation sur la base du mérite, une carrière et une professionnalisation exigeante qui valorisent le métier au sein de la société.



A. CHANNAJE

 
 

Prés de 206.000 enseignants seront recrutés à l’horizon 2030

Selon les prévisions du Ministère de l’Éducation Nationale, quelques 206.096 enseignants seront formés et recrutés à l’horizon 2030. Cela représente un taux de renouvellement du corps enseignant de 80% vu les départs massifs à la retraite que connaitra le système les prochaines années. Ce constat donne à la formation des enseignants une dimension stratégique.

Pour accompagner ce changement, le processus de formation a été revu, et sa mise en œuvre a commencé durant l’année universitaire 2018- 2019.

Force est de rappeler que la rentrée scolaire 2016-17 a battu un record en termes de déficit en enseignants. En effet, à cause d’un départ massif à la retraite, l’effectif des enseignants a atteint 210.367 enseignants cette saison-là contre 222.736 en 2015-16. Ceci alors que le nombre des élèves (primaire, secondaire collégial et qualifiant) est passé de 5,82 millions à 5,95 millions d’une année à l’autre.
 

Grand engouement des concours de recrutement des enseignants

Les concours de recrutement des enseignants connaissent un grand engouement au Maroc. En décembre 2018, pour le recrutement de 15.000 enseignants, quelques 220.000 candidats se sont présentés et 149.000 d’entre eux ont été admis pour passer le concours.

Doit-on conclure que le métier d’enseignant est attractif ? Le taux de chômage très élevé auprès des jeunes détenteurs d’un diplôme de niveau supérieur (près de 28% pour les lauréats des facultés, selon le HCP) ne permet pas de répondre par l’affirmatif. D’autant plus que le niveau d’exigence pour l’entrée dans le métier est très faible, souligne l'Instance Nationale d'Evaluation du Système d’Education, de Formation et de Recherche Scientifique dans sa nouvelle étude « Le métier  de l’enseignant au Maroc : A l’aune de la comparaison internationale ».
 

Perception du métier par les familles


La dernière enquête nationale sur les ménages et l’éducation fait savoir que 8,8% des parents ayant un garçon âgé entre 3 et 22 ans souhaitent que leurs garçons optent pour le métier de l’enseignant contre 28,2 % et 26,2% des parents qui préfèrent des postes dans le secteur public et les fonctions libérales respectivement pour leurs garçons.

Par ailleurs, 23,9% des parents déclarent l’enseignement comme seconde priorité après les fonctions libérales (35%) comme métier souhaité pour leurs filles. Dans d’autres pays comme la Chine, l’Inde, le Ghana et la Malaisie, plus 50% des parents encouragent leurs enfants à devenir enseignants. Des contrastes importants apparaissent entre les pays quant à la mesure dans laquelle les parents encourageraient les jeunes générations à devenir enseignants. En Chine et en Malaisie, les enseignants sont comparés aux docteurs. En Corée du Sud, le statut des enseignants est très respecté et à Singapour, le métier très valorisé.