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Actu Maroc

Ecoles supérieures d’ingénieurs : la grogne des étudiants monte en puissance


Rédigé par Nabil LAAROUSSI le Mercredi 4 Novembre 2020

Face aux répercussions de la pandémie, les administrations des écoles d’ingénieurs peinent à garantir les conditions d’une formation adéquate à leurs élèves, qui manifestent leur refus de la gestion actuelle.



En raison de la crise épidémiologique que vit le monde, les écoles d’ingénieurs marocaines se sont vu confrontées à de nombreuses difficultés pédagogiques et de gestion, lors du dernier trimestre de l’année universitaire précédente et du début de l’année en cours.

Dans la foulée des décisions « hâtives » prises par la majorité des administrations de ces établissements, d’où, notons-le, émane la crème de la jeunesse estudiantine de notre pays, un ensemble de mesures de précaution a été entrepris, dont la plus importante est la fermeture des cités universitaires et des internats et l’adoption de la formule d’enseignement à distance ou hybride, selon les écoles et instituts de formation des ingénieurs. Ces décisions n’ont pas manqué de déclencher la révolte des élèves ingénieurs qui, représentés par la Coordination Nationale des Elèves Ingénieurs Marocains (CNEIM), ont organisé une grève pour exprimer leur refus et leur inquiétude face à une situation qui mettrait en péril leur avenir, et ce, en raison de l’incapacité des établissements en question de répondre aux exigences d’une bonne formation d’ingénieur.

Pendant deux jours, les 27 et 28 octobre, ces futurs ingénieurs ont refusé d’assister aux cours, dans six écoles d’ingénieurs étatiques, notamment l’Ecole Hassania des Travaux Publics de Casablanca (EHTP), l’Ecole Nationale Supérieure d’Electricité et de Mécanique de Casablanca (ENSEM), l’Institut National de la Poste et des Transports à Rabat (INPT), l’Ecole Nationale Supérieure d’Informatique et d’Analyse des Systèmes à Rabat (ENSIAS), l’Ecole Nationale Supérieure des Arts et Métiers de Rabat (ENSAM Rabat) etl’Ecole Nationale Supérieure des Métaux de Rabat (ENSMR).

Les éléments déclencheurs de la grogne des élèves ingénieurs
« Nous condamnons fermement l’attitude de certaines administrations à ne pas ouvrir le dialogue avec les bureaux des étudiants et refusons l’adoption de solutions faciles et la dépendance passive d’un modèle d’études inadéquat », peut-on lire dans un communiqué de la CNEIM.

Les élèves ingénieurs s’expliquent en mettant en avant la particularité de la formation d’ingénierie, soulignant que « la formation d’ingénieur, en plus de sa partie théorique, a des exigences particulières, notamment dans l’aspect pratique de la formation, qui nécessitent, pour la plupart, la présence effective des étudiants, l’accompagnement et l’encadrement des enseignants et l’utilisation de l’équipement des laboratoires et des salles spécialisées, qui ne peuvent en aucun cas être compensés par l’enseignement à distance ».

Pour les membres de la CNEIM, une approche participative est nécessaire afin de trouver des solutions respectant leurs revendications et prenant en compte les restrictions imposées par la pandémie, conjointement avec les administrations.

Qui plus est, les futurs ingénieurs déplorent l’inégalité des chances entre élèves du secteur étatique et ceux poursuivant leurs études dans des écoles d’ingénieurs privées, et ce, en raison de l’adoption du système d’enseignement en présentiel dans la majorité des établissements privés. 

A ce propos, nous avons contacté Mohamed Amine Ouaddi, coordinateur national des élèves ingénieurs au Maroc, qui nous a expliqué qu’il est « vrai que certaines administrations ont fourni un effort respectable, cependant, plusieurs autres se soustraient de leurs responsabilités, prétextant que les autorités concernées leur refusent une licence nécessaire à l’adoption du système présentiel ».

Des efforts non-valorisés
Au revers de la médaille, Mme Ilham Berrada, Directrice de l’ENSIAS, nous explique que le problème réside plutôt dans les conditions causées par le contexte épidémiologique qui imposent de maintenir un nombre limité d’élèves au sein de l’école pour ne pas favoriser une transmission de contaminations, « les écoles privées ont exigé des tests PCR de leurs élèves. Chose que nous ne pouvons faire, au vu de la situation socio-économique de bon nombre de nos étudiants ».

Mme Berrada déplore la non-valorisation des efforts entrepris par le corps administratif et professoral de son établissement, « nous souhaitons que nos élèves comprennent que nous faisons de notre mieux face aux difficultés imposées par la situation épidémiologique », déclare-telle, soulignant qu’à l’ENSIAS « les professeurs ont triplé leurs charges horaires de travail, afin d’assurer des cours en simultané ».

Nabil LAAROUSSI

3 questions à Mohamed Amine Ouaddi

Mohamed Amine Ouaddi
Mohamed Amine Ouaddi
« Nous essayons par cette étude de trouver et de proposer une formule alternative qui respecterait les attentes des élèves »

Le Coordinateur national des élèves ingénieurs marocains, Mohamed Amine Ouaddi, nous clarifie les raisons de la grève organisée les 27 et 28 octobre.

- Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à organiser cette grève ?
- A l’exception de l’ENSIAS et l’ENAM qui ont adopté un système en présentiel pour les premières années, la majorité des écoles d’ingénieurs ont adopté un système à distance. Après une réunion des membres de la CNEIM, nous nous sommes rendu compte que les étudiants de tous ces établissements sont très affectés par une mauvaise qualité de formation, qui ne peut être adaptée à un cursus d’ingénierie, du fait que nous sommes amenés à mener des travaux pratiques encadrés par nos professeurs. D’autant plus que nous rencontrons des problèmes dans le respect de l’emploi du temps, du suivi des cours et de la qualité de l’enseignement, sans parler des problèmes de connectivité que rencontrent plusieurs étudiants. Nous appelons à ce que les administrations et les organisations de gestion des écoles trouvent une formule adéquate à la nature de nos études.

- Quelle sera la suite de votre action ?
- Actuellement, nous comptons mener une étude avec l’ensemble des élèves ingénieurs des établissements encadrés par la CNEIM. Bien que ce ne soit ni notre rôle, ni notre responsabilité, mais plutôt celle du ministère, nous essayons par cette étude de trouver et de proposer une formule alternative qui respecterait à la fois les dispositions restrictives nécessaires au vu de la situation épidémiologique et les attentes des élèves d’une formation bien fondée et adaptée aux études d’ingénierie, selon les spécificités de chaque école et de chaque filière.

- A quel point l’inégalité des chances est-elle flagrante entre le secteur privé et le secteur public ?
- Ce qui est incompréhensible, c’est que la majorité des écoles d’ingénieurs privées, poursuivent leur enseignement en système présentiel. Il est inconcevable que nous continuions avec un système d’enseignement à distance, au vu des inégalités de chances que cette situation présente.

En outre, les administrations lient cette situation au fait de ne pas disposer d’une licence des autorités. Nous considérons ce prétexte comme une soustraction à leur responsabilité et refusons de continuer notre formation de la sorte, au risque de perdre en valeur, plus tard dans le milieu des entreprises. 

Recueillis par N. L.

Encadré

ENSIAS : Modèle de gestion à féliciter, à suivre et à améliorer 
Il est vrai que l’ENSIAS fait l’exception des établissements qui ont assisté aux deux jours de grève, notamment par l’adoption d’un système présentiel pour une partie des élèves. « Nous avons jugé essentiel d’inviter les élèves de première année à assister aux cours en présentiel, afin qu’ils s’accommodent à l’environnement de l’école et entrent en relation avec leurs enseignants », nous déclare Mme Ilham Berrada, directrice de l’ENSIAS.

La responsable ajoute que « concernant l’hébergement, chaque élève s’est vu octroyer une chambre individuelle, qui servait normalement à héberger deux étudiants, et ce, pour réduire au maximum le risque de contamination ». 

« Pendant six semaines, les élèves de première année seront en présentiel, suite à quoi ce sera le tour des élèves de troisième année puis ceux de la deuxième année », nous explique-t-elle.

Dans un autre volet, et dans le cadre de sa stratégie d’inclusion digitale et de sa responsabilité sociale à l’ère du Covid-19, l’ENSIAS a mis à la disposition de ses 1000 élèves des connexions mobile 4G+ et a augmenté ses liaisons internet des locaux pédagogiques, de la résidence et du Data Center, afin de garantir une meilleure liaison entre l’école et les apprenants en distanciel. Pour ce faire, l’administration a procédé à l’extension de 3 liaisons en fibres optiques de 100mbps à 200mbps et à l’ajout de 2 nouvelles de 200 mb/s. De plus, l’administration étudie actuellement la possibilité de sponsoring pour l’achat d’équipement de prêt (tablettes graphiques et PC portable), aussi bien pour les professeurs que pour les étudiants ne disposant pas d’ordinateurs. L’ENSIAS a également mis en place un système de jumelage audiovisuel et multimédia de ses classes d’enseignement, et a activé la transformation digitale des supports et des modes d’enseignement.

Repères

Réussite de la grève des élèves ingénieurs
Au terme de la grève dans les six établissements, la Coordination nationale des étudiants ingénieurs au Maroc (CNEIM) s’est félicitée de la participation des étudiants de tous les établissements concernés. Constatant les efforts fournis par les administrations suite à leur protestation, manifestés dans la volonté du dialogue avec les bureaux d’étudiants, les membres de la CNEIM ont exprimé l’intention de poursuivre sur cet élan de militantisme en augmentant le nombre d’instituts et d’écoles participant aux prochaines étapes de la grève nationale.
Le combat de la CNEIM contre la privatisation
En mars 2019, les élèves ingénieurs s’unissaient aux futurs médecins pour dire NON au projet de loi 51.17. Le refus ciblait particulièrement l’article 45 du projet de loi qui décrétait que « l’État poursuivra ses efforts pour mobiliser les ressources et fournir les moyens nécessaires au financement du système d’éducation, de formation et de recherche scientifique et en diversifier ses sources, en particulier en activant la solidarité nationale et sectorielle grâce à la contribution de toutes les parties et partenaires concernés, notamment les collectivités territoriales, les institutions, les entreprises publiques et le secteur privé … ».

  


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