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Culture

Ecole des Beaux-Arts d’Oujda : Fragments d’une histoire inaperçue


Rédigé par Hassan LAGHDACHE le Mercredi 9 Décembre 2020

L’Ecole des Beaux-Arts d’Oujda a une longue histoire derrière elle, peu connue sinon ignorée. Née, il y a plus d’un siècle, sa renaissance dans les années soixante du siècle dernier a-t-elle marqué la peinture marocaine ? Peut-on parler d’une école d’Oujda comme on parle de l’Ecole de Tétouan ?



Ecole des Beaux-Arts d’Oujda : Fragments d’une histoire inaperçue
Une institution chargée d’enseigner les Beaux-Arts fut créée par la municipalité et la Direction Générale de l’Instruction Publique, conformément au Dahir du 24 mai 1914, en 1915 et non en 1921, comme on le lit très souvent. Mais cette école, comme à Tétouan inaugurée en 1945, ne fonctionna, les premières années, que pour donner des activités de loisirs aux femmes d’officiers tout d’abord, puis aux premiers habitants européens de la ville.

En 1927, un fonctionnaire français, Maurice Degaud, en poste à Casablanca, fut nommé à Oujda où il avait, antérieurement été scolarisé de 1909 à 1911, comme il était musicien, il avait créé à Casablanca le Cercle musical. Ayant appris cela, le chef des services municipaux Mr Maître, lui-même porté sur diverses formes d’expression artistique, lui demanda de créer une société similaire à Oujda et il s’engagera à faciliter son établissement.  

Ouvrir l’art à la foule obscure du peuple
Son objectif était de diffuser l’art, qui n’était pratiqué que par des groupes dominants, aux classes défavorisées, « la foule obscure du peuple ». Il offrit donc comme local à la nouvelle association une salle du cercle militaire. Puis fut ouverte une salle de concert et une école de musique. Cette école de musique fusionna en 1936 avec l’Ecole des Beaux-Arts et l’Association des peintres et sculpteurs du Maroc oriental. Ce groupe organisa sa 1ère exposition en mars 1933. Elle attira l’attention de René Maître. Le chef des services municipaux de la ville d’Oujda, nommé par les services centraux de Rabat et non élu par la population prend la décision d’acheter un tableau chaque année à chaque artiste afin de constituer une collection publique destinée au futur musée d’Oujda. En attendant, ces tableaux devenus propriété publique de la ville doivent orner les locaux des services municipaux. En 1935, l’exposition des artistes d’Oujda, devenue annuelle, demande aux professeurs des deux établissements scolaires de la ville (lycée de garçons et collège de jeunes filles) de présenter les œuvres de leurs meilleurs élèves. On rappelle qu’il est fait mention du bâtiment du cercle des Beaux-Arts, qui deviendra le cinéma Vox, dans le livre « Oujda : années 20 », coécrit par A. Retnani, Mohammed Brahimi et Jean Pierre Pénoncel-Hugoz.

En octobre 1936, l’Ecole des BeauxArts s’installa dans les locaux désaffectés du 1er internat de jeunes filles qui avaient été, pour cette occasion, totalement remis à neuf.

En 1937, le Salon annuel d’Oujda se tient désormais dans les nouveaux locaux de l’Ecole des Beaux-Arts. Albert Mathérat y présente un grand panneau décoratif représentant le Rédempteur.

Une exposition pour explorer les affinités
Les activités de cette école continuèrent malgré la déclaration de guerre en 1939 et l’arrivée dans les locaux de l’Ecole des services de la Poste aux armées. De même, l’exposition de 1942 était l’occasion de présenter 160 toiles pour la plupart des paysages de la région.

En 1964, cette vie culturelle prendra fin avec une exposition où sera convié Chakib Belkacem. L’Ecole des Beaux-Arts avait disparu et une nouvelle génération marocaine commençait à apparaître. Cette histoire commune de l’Ecole est couronnée par une exposition collective de 14 artistes marocains et espagnols dédiée à l’exploration des affinités dans les arts plastiques entre créateurs des deux pays. Placée sous le signe « Affinités » l’exposition parrainée par le consulat d’Espagne à Nador et la Junta de Andalucia est initiée par la fondation des trois cultures et l’Association Med-OCC (Méditerranée occidentale).

Fermée en 1964, la 1ère école d’Oujda n’avait formé en un demi-siècle que des européens. Progressivement émergea la génération des artistes marocains nés dans les années 30. Dans la grande tradition des Maâlems, ils deviennent à leurs tours formateurs des dizaines d’artistes et prirent avec eux les chemins du savoir et de l’expérience. Ceux-ci inscrivent leurs devoirs dans le cadre associatif ou à l’Ecole des BeauxArts jusqu’à sa fermeture en 1983.

Bref, on préfère parler de générations plus que de courants artistiques, car on a vu comment d’héritages en transgressions, de formations locales en apports extérieurs, les artistes ont bâti la réalité d’une région créative à l’instar d’Abdelouhabi Azzedine, Bahi Rahhal, Embarki Jaouad, El Mabrouk Siham, Hamzaoui Lakhder, Hammad Youji… etc. 

Hassan LAGHDACHE