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Opinions & Tribunes

Dépistage de masse du coronavirus SARS-Cov2 : Enjeu majeur pour sortir de la crise


le Lundi 6 Avril 2020

« Vous ne pouvez pas combattre un incendie les yeux bandés. Testez, testez, testez », a souligné M. Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS, lundi 16 mars 2020 à Genève. Tester certes, mais comment ?



Mounir Filali, Biologiste
Mounir Filali, Biologiste
Quels sont les tests disponibles et quelle est leur fiabilité ? La stratégie de cette démarche s’inscrit pleinement dans une politique de santé publique de gestion d’une pathologie hautement contagieuse, de tester et ensuite d’isoler, voire de traiter.

La rapidité de la progression du virus, et sa rapide classification en pandémie le 11 Mars 2020, seulement deux mois après la déclaration de pneumonies inconnues dans l’épicentre de l’infection, à Wuhan (République Populaire de Chine), et du premier cas mortel déclaré le 11 Janvier, a pris tout le monde de court, surtout la communauté scientifique, l’industrie du diagnostic, ainsi que les laboratoires pharmaceutiques.
 
Technique de pointe… pas concluante
Malgré cela, cette même communauté scientifique s’est tout de suite mise en ordre de bataille, et a décodé le patrimoine génétique du nouveau virus (7 Janvier 2020) en un laps de temps très court, grâce aux nouvelles technologies (séquençage haut débit), ce qui est un record dans l’histoire de l’humanité. Cela est devenu ensuite plus simple pour l’industrie du diagnostic de mettre en place des tests diagnostiques, notamment par les techniques de biologie moléculaire de RT – PCR (en anglais « reverse transcriptase polymerase chain reaction »).
 
Cette technique est aujourd’hui la technique de référence, car elle permet d’identifier directement, en tout début de la maladie et en quelques heures, spécifiquement le génome viral, à partir d’un simple prélèvement naso – pharyngé (écouvillon au niveau du nasopharynx). En cas de résultat positif, elle confirme la maladie, et permet d’emblée aux autorités sanitaires de prendre les mesures hygièno – thérapeutiques et de salubrité publique nécessaires. C’est cette technique qui a été adoptée par notre pays et qui est aujourd’hui pratiquée dans les trois laboratoires publics autorisés par le ministère de la Santé.
 
Néanmoins, elle n’est pas parfaite. Malgré son point fort, la spécificité, c’est-à-dire le fait de confirmer les vrais cas positifs, ses points faibles sont la lourdeur de la technique, le coût, la sophistication des équipements et des réactifs qui en font une technique difficilement généralisable à tout le pays. Sa sensibilité est aussi un inconvénient : un patient dont le résultat est négatif ne veut pas dire qu’il n’est pas porteur du virus.  Ce résultat négatif doit toujours être interprété avec prudence et rapproché de l’état clinique du patient et à d’autres examens éventuellement réalisés en cas d’avancement de la maladie (notamment le scanner qui a une excellente sensibilité (97%), mais une moins bonne spécificité).
 
Selon le stade de l’infection à SARS-CoV-19, le diagnostic moléculaire peut manquer de sensibilité. Ainsi, la RT – PCR aurait une sensibilité de 71% pour le premier prélèvement en cas de lésions pulmonaires déjà constituées, ce qui amène certaines équipes à refaire le test en cas de forte suspicion clinique de la maladie.
 
Test antigénique
D’autres tests de biologie médicale sont en train, aujourd’hui, de compléter ce dispositif, notamment les tests dits « rapides » parce qu’ils peuvent notamment donner un résultat en quelques dizaines de minutes.
 
Parmi ces tests, on distingue les tests antigéniques, qui vont être capables aussi de détecter, au tout début de la maladie, les protéines du virus. Leur grand avantage est leur simplicité d’utilisation, leur coût moindre et la facilité pour n’importe quel laboratoire de ville de réaliser l’analyse. Leur inconvénient est leurs sensibilité et spécificité qui restent encore médiocres. Cependant, des équipes scientifiques, de par le monde, travaillent d’arrache – pied pour améliorer les performances de ces tests et offrir dans les semaines à venir aux décideurs un outil extraordinaire et facile de dépistage de première ligne de la pathologie.
 
Test sérologique
Enfin, le troisième type de test disponible, est le test sérologique qui détecte les anticorps précoces et tardifs contre la maladie. Ce seront des tests intéressants pour la gestion de la deuxième et dernière partie de la crise sanitaire. Car ils vont permettre de dépister les personnes immunisées et d’identifier celles éventuellement qui auraient besoin d’être vaccinées, notamment parmi les populations les plus fragiles. Leur inconvénient aujourd’hui est le fait qu’il existe certaines réactions croisées avec d’autres virus, comme le virus de la grippe, et qui pourraient amener à faussement rassurer les patients sur leur statut sérologique, notamment ceux qui seront déclarés immunocompétents.
 
En résumé, une vraie course contre la montre est engagée par l’industrie du diagnostic et par les professionnels et experts du diagnostic biologique, à savoir les biologistes médicaux, pour proposer à très court terme un vrai algorithme de dépistage qui va probablement combiner l’ensemble de ces tests.
 
Les biologistes marocains, avec un maillage de plus de 500 laboratoires d’analyses publics et privés répartis à travers tout le territoire, peuvent contribuer grandement au succès de la gestion de cette crise, que notre pays, grâce à la clairvoyance de nos hautes autorités, a jusqu’à présent mené avec intelligence et sérénité.
 
Par Mounir Filali, Bilogiste Biologiste, Directeur du Laboratoire G Lab . et membre du bureau du Syndicat des Biologistes Médicaux de Casablanca.

 

  



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