Menu
L'Opinion
Lire GRATUITEMENT notre journal en PDF
L'Opinion
Facebook
Twitter
YouTube Channel
Instagram
LinkedIn

Actu Maroc

Déconfinement progressif : El Othmani bousculé au Parlement


Rédigé par Saad Jafri le Mardi 16 Juin 2020

Après avoir présenté, les grandes lignes du plan d’assouplissement du confinement, la semaine dernière devant les députés, Saâd Dine El Othmani est revenu à la Chambre des conseillers, mardi, pour détailler les différentes stratégies du gouvernement pour le déconfinement et la levée de l’état d’urgence sanitaire.



Les yeux étaient rivés, aujourd’hui 16 juin, sur la séance mensuelle des questions de politique générale, tenue à la Chambre des conseillers, pour avoir plus de détails sur la très ambiguë stratégie du gouvernement pour le déconfinement et la levée de l’état d’urgence sanitaire. Cet intérêt des citoyens venait aussi du fait que les ministères de l’Intérieur et de la Santé, venaient d’annoncer de nouvelles mesures pour accélérer le processus de déconfinement à partir de samedi prochain, sans pour plus de détails, ni sur les critères retenus, ni sur les zones concernées. Le Chef du gouvernement, lors de son allocution à la Chambre des conseillers n’a pas apporté d’éléments nouveaux à ce qui a  été distillé à l’opinion publique auparavant, néanmoins, il a fait des annonces qui risquent d’agiter une bonne partie de la population, spécialement celle qui conteste la prolongation du confinement.

Dans un premier temps, il a souligné que le gouvernement a «lancé le déconfinement de manière progressive en maintenant l’État d’urgence sanitaire, suite aux nombreuses demandes des citoyens», ajoutant qu’«ils ont fortement accueillis ces mesures». Pour corroborer ces propos, il a affirmé que «le gouvernement est en contact continu avec les citoyens». Une déclaration surprenante, du fait que l’annonce de la prolongation de l’état d’urgence sanitaire au niveau national et le confinement pour certaines régions, faite le 10 juin, ont suscité une vague d’indignation sur les réseaux sociaux. Une bonne partie des habitants des grandes villes, où les restrictions dans ces dernières ont toutes été maintenues, ont refusé catégoriquement cette décision gouvernementale.

S’agissant de l’état d’urgence sanitaire, El Othmani a noté qu’elle a été «maintenue» afin de pouvoir prendre des décisions de «manière urgente», au cas où la situation l’impose. «C’est notre responsabilité (…) et (que) chacun dise ce qu’il veut», devait-il ajouter. Ainsi, au moment où les citoyens, appellent à plus de transparence, le Chef de l’Exécutif, se met sur la défensive, dénigrant les remarques qui ont été adressées au gouvernement par les médias, politiques et société civile. Et d’ajouter «Nous avons patienté trois mois, au lieu d’attendre deux ou trois semaines de plus, nous allons tout gâcher… ce n’est pas logique!». Néanmoins, sur ce point les parlementaires n’ont pas manqué de corriger le Chef du gouvernement, en lui faisant comprendre que la patiente des citoyens a atteint ses limites. Ainsi, plus la situation va perdurer, plus les mesures préventives édictées par les autorités sanitaires risquent de ne plus être respectées.

Quid de la relance économique ? Les Istiqlaliens montrent la voie

Concernant le secteur économique, El Othmani a déclaré que sa relance sera un «grand défi». «La vision du gouvernement sur ce volet se base sur deux plans. Un plan jusqu’à fin 2021, qui a pour but de remettre à niveau notre économie. Puis un second plan, sur le moyen terme, qui se base sur les opportunités créées par cette crise inédite. En retenir les leçons pour aller de l’avant», notant que «tous les secteurs souffrent aujourd’hui, dans tous les pays du monde, ce qui impacte tous les indicateurs, notamment celui du chômage». Cependant, la rhétorique d’El Othmani n’a pas convaincu une grande partie des parlementaires, qui n’ont pas manqué de pointer du doigt les lacunes de la stratégie gouvernementale dans la lutte contre la Covid-19. Dans ce sens le parlementaire Istiqlalien, Enâam Miyara, a affirmé que pour réussir à aller de l’avant en ces temps de crise le gouvernement doit reconsidérer sa stratégie dans son ensemble «avec une approche inclusive et participative», soulignant que l’Exécutif doit consolider sa communication, «car c’est ce qui est attendu par les Marocains».

Ainsi, M. Miyara a rappelé que le parti de l’Istiqlal a listé une série de recommandations pour assurer la phase post Covid 19. Il a noté qu’en premier lieu «il faut consolider le rôle de l’Etat et mettre le citoyen au centre de ses préoccupations». Il également souligné qu’il faut «donner une nouvelle dynamique aux moteurs du développement économique», à travers l’ouverture sur de nouveaux marchés et «le repositionnement au niveau régional et mondial». Dans ce sens, il a rappelé que certains «partenaires du Royaume», faisant référence à Renault, «ont décidé de relocaliser leurs usines», et qu’il faut donc toujours préparer des alternatives. Le parlementaire Istiqlalien a également abordé la création d’emplois, notamment pour les femmes et les jeunes.

Et de développer qu’elle doit être axée sur les priorités du pays, notamment «le secteur de la Santé, l’Éducation, et un autre secteur qui est très faible, celui des inspecteurs du travail», comme il a appelé le gouvernement à soutenir le pouvoir d’achat des familles. Miyara a appelé au «renforcement de la cohésion sociétale, à travers la réduction des inégalités sociales, territoriales et intergénérationnelles». Rappelons dans ce contexte que l’Istiqlal propose une réforme globale des régimes de retraite, l’élargissement de la couverture médicale aux indépendants et de la couverture retraite, et la mise en place d’un minimum vieillesse. Il est aussi question d’instaurer un Revenu universel unifié comme filet de sécurité, basé sur le ciblage des populations démunies pour leur fournir une aide directe conditionnelle.
Finalement, il n’a pas manqué d’affirmer l’importance de l’accélération du processus de digitalisation du pays, soulignant que la situation au Maroc dans ce volet est «honteuse».

Ceci dit, M. Miyara a également à appeler à opérationnaliser le programme «Intelaka», en faveur des jeunes, car selon ce dernier «les banques laissent entendre que le programme n’existe plus. Il faut donc que le gouvernement lance une campagne de communication qui insiste sur le fait que le programme existe toujours».

Et de conclure qu’il faut également un soutien réel et transparent aux entreprises, spécialement, les TMPE, qui sont le pilier de l’économie national, soulignant que l’engagement en ces temps de crise s’impose. 

  


Dans la même rubrique :
< >