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Actu Maroc

Déconfinement : la reconquête des plages


Rédigé par Oussama ABAOUSS le Mardi 30 Juin 2020

La ruée vers les plages a commencé le 25 juin alors que le Royaume négocie prudemment le virage du déconfinement. Les estivants devront cependant respecter un certain nombre de mesures sanitaires.



Déconfinement : la reconquête des plages
Confinées depuis quasiment 3 mois, des milliers de familles marocaines ont enfin eu le droit de réinvestir les plages du Royaume le jeudi 25 juin. S’il est enfin possible de retrouver les sensations de sable brûlant sous les pieds, et de frissonner au contact des premières vagues, les premiers jours de plage pour l’année 2020 semblent bien différents de toutes les saisons estivales passées. Alors que le Maroc négocie prudemment le virage du déconfinement, le retour vers les plages se fait en tenant compte de toutes les précautions estimées nécessaires pour limiter la propagation du Coronavirus. C’est ainsi que le joyeux tohu-bohu estival habituel est marqué cette année par plusieurs mesures sanitaires dont la distanciation entre parasols et l’obligation de porter des masques.

Les gardiens de voitures aux postes

Pour cette année, soulagement : pas de loueurs de parasols, de chaises et de transats qui squattent les meilleures places et qui vous harcèlent avant même que vous ne jetiez votre dévolu sur un « spot » convenable. Pour les gardiens de parkings, c’est une autre histoire. « Dès que nous sommes arrivés, ils étaient là avec leurs gilets jaunes et tickets à 5 dirhams. Bien fidèles aux postes », nous explique Mounia qui, en compagnie de sa famille, a piqué sa première tête de l’année. « Ils portent des masques, généralement sur le menton - pour la forme - et constituent le premier comité d’accueil des estivants. Je n’ose pas imaginer ce qui arriverait si l’un d’eux était porteur du Coronavirus », s’inquiète-t-elle. 

« Pipas, la glace, chips ! »

Les visiteurs des plages n’ayant pas vraiment l’habitude de côtoyer trop longtemps -et encore moins de trop près- les gardiens de voitures, le véritable risque est plutôt du côté des vendeurs de glaces, de beignets et de pépites. « Sur les plages de la région de Fnideq, ces vendeurs étaient là au premier jour. Beaucoup d’entre eux sont des jeunes qui n’ont pas d’autres moyens pour gagner un peu d’argent. Ils font d’ailleurs de leurs mieux pour montrer qu’ils ont pris les précautions sanitaires nécessaires », explique Younes Baghdidi de l’association Abtal Fnideq pour la plongée sous-marine. Ailleurs, les vendeurs sont parfois moins tolérés par les agents de l’autorité qui sillonnent les plages inlassablement. C’est alors de véritables parties de cache-cache qui se jouent devant les regards amusés des baigneurs masqués. 

Pas de sports collectifs

Cette année, les sports collectifs sont également interdits en plage. Les interminables matchs de football et de volleyball sont donc totalement proscrits. Les amateurs de jeux de raquettes flottent pour leur part entre deux eaux. Ne pourront jouer que ceux qui sauront convaincre l’agent d’autorité que ce sport n’est pas collectif, et que les risques de contact sont très minimes. Les amateurs de jet-ski ne sont également pas fixés non plus : un responsable d’un magasin de location de jet-ski à Mohammedia nous a expliqué que son activité n’a toujours pas repris. « Dans la marina et le port de Tanger, les autorités ont autorisé cette activité ce dimanche », nous confie néanmoins Younes Baghdidi. Enfin, les adeptes des différents sports de surf ont -enfin- pu taquiner leurs premières vagues même si beaucoup d’entre eux sont un peu frustrés de ne pas pouvoir surfer avant 8h du matin et après 18h l’après-midi.

Gestion des déchets

Comme chaque année, les plages sont nettoyées régulièrement pour accueillir les estivants dans les meilleures conditions. « Quelques plongeurs professionnels de notre association ont remarqué que les déchets dans le fond marin comptent désormais beaucoup de masques de protection. Ça prouve que notre pays n’échappe pas au phénomène de pollution de la mer par des produits jetables utilisés pendant la pandémie », s’alarme Younes Baghdidi. Si les scientifiques assurent que le Coronavirus ne survit pas dans l’eau de mer, retrouver de plus en plus de masques et de gants en mer est cependant un phénomène inquiétant. « Tant qu’on donne aux gens des consignes claires à respecter en plage, il serait judicieux d’y préciser que chacun doit ramener ses déchets chez lui à défaut de les jeter dans les endroits réservés à cet effet », souligne le militant. A bon entendeur. 

Oussama ABAOUSS

Encadré

Reprise des activités de la navigation de plaisance
 
Une note de la Marine Marchande (qui relève du ministère de l’Equipement, du Transport, de la Logistique et de l’Eau) datée du 28 juin stipule que les activités de la navigation de plaisance sont en train de reprendre sous certaines conditions. « Dans le cadre du plan d’allègement du confinement instauré par le Royaume du Maroc pour lutter contre la propagation de la Covid19, les activités de la navigation de plaisance à titre privé ou commercial peuvent être reprises à partir du 28 juin 2020. Un guide édictant les règles sanitaires adaptées à l’activité des randonnées en mer, tenant compte des mesures actuellement en vigueur dans le Royaume du Maroc (distanciation sociale, port de masque), a été élaboré par la Direction de la Marine Marchande. Les sociétés commerciales autorisées à exercer cette activité sont tenues de les respecter. Les permissionnaires d’autorisations pour l’exploitation de leurs unités de plaisance à titre commercial (randonnées en mer ou location de jet-ski) peuvent reprendre leurs activités, sous réserve d’avis favorable de la Marine Marchande après une visite pour s’assurer du respect des mesures d’hygiène et de distanciation », précise la note de la Marine Marchande qui relève du ministère de l’Equipement, du Transport, de la Logistique et de l’Eau. A noter qu’en mai dernier, le ministère a déposé au Secrétariat général du gouvernement (SGG) un projet de loi qui vise à combler le vide juridique du Code maritime marocain de 1919, notamment en matière de navigation de plaisance

3 questions à Younes Fizazi, surfeur

Younes Fizazi
Younes Fizazi
« L’interdiction des activités nautiques a frustré énormément d’adeptes de surf »

Younes Fizazi est photographe de profession et surfeur depuis plus de trente ans. Il a répondu à nos questions à propos de l’interdiction du surf en période de confinement.

- Comment la communauté des surfeurs marocains a-telle vécu l’interdiction d’accès à la mer pendant le confinement ?
- Au-delà d’être un simple sport, le surf est pour beaucoup un mode de vie à part entière. L’interdiction des activités nautiques a évidemment frustré énormément d’adeptes de surf. Cela dit, cette interdiction était justifiée tant qu’on ne savait pas si le virus pouvait se propager dans de l’eau de mer. En revanche, je pense qu’il était moins justifié de maintenir l’interdiction à partir du moment où l’on a su que le virus ne pouvait pas se transmettre dans l’eau de mer. Les autorités auraient pu alors compter sur le bon sens des surfeurs et les autoriser à pratiquer leur passion du moment qu’ils se conformaient aux précautions d’usage. A noter que même en temps normal, les surfeurs gardent (dans l’eau) un minimum de distance entre eux. 

- Avec la réouverture des plages, les surfeurs ont-ils pu reprendre leur sport favori ?
- Je n’ai malheureusement pas encore eu la chance d’y aller. Je ne vais cependant pas tarder à le faire surtout que plusieurs surfeurs m’ont confirmé aujourd’hui qu’ils avaient enfin pu prendre quelques vagues, notamment à Oued Cherrat.

- L’accès aux plages n’est cependant possible qu’entre 8h et 18h. Cela convient-il aux surfeurs ?
- Les meilleurs moments pour surfer, c’est justement très tôt le matin (entre 6h et 8h) et au moment du coucher du soleil. C’est à ces moments qu’il y a moins de vent et que les conditions sont idéales. J’espère que les autorités prendront cela en considération et autoriseront les adeptes de surfs à pratiquer leur sport pendant ces moments. 

Recueillis par O. A.

Repères

Des applications pour les plages
Pour tenter d’éviter un rebond de la pandémie du Coronavirus sans freiner le tourisme de plage, certains pays d’Europe ont opté pour des solutions 2.0. La Belgique vient par exemple de lancer une nouvelle application, qui indique aux utilisateurs le taux de fréquentation des plages. Objectif : inciter les touristes à se rendre dans les endroits les moins bondés. Au Portugal, une application similaire, développée par l’Agence portugaise de l’environnement (APA), a été lancée le mois dernier.
L’Allemagne opte pour le tourisme local
En Allemagne, les touristes affluent déjà en masse sur les côtes de la mer Baltique et du Nord. De nombreuses mesures sanitaires ont été mises en place pour tenter de faire respecter la distanciation sociale sur les plages. Pour limiter la fréquentation, certaines municipalités allemandes ont choisi une solution plus radicale : interdire l’accès aux plages aux visiteurs venus pour la journée, et l’autoriser uniquement pour les locaux et les clients ayant réservé un hébergement touristique.