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Décarbonation : Scénarii et perspectives de croissance pour le Maroc


Rédigé par Saâd Jafri le Mardi 13 Juillet 2021

Le Maroc s’est résolument engagé dans la décarbonation de son industrie, désormais critère fondamental pour accéder aux marchés européens. Policy Center for the New South (PCNS) a élaboré des scénarios pour évaluer les options potentielles à adopter. Détails.



Décarbonation : Scénarii et perspectives de croissance pour le Maroc
Le Maroc présente des vulnérabilités climatiques importantes qui s’expliquent par sa position géographique, sa structure topographique et la nature de son couvert végétal. Les changements dans les régimes de précipitations et la sécheresse, l’augmentation des températures moyennes et les vagues de chaleur, les inondations et l’élévation du niveau de la mer qui affectent de plus en plus les régions, témoignent des conséquences du changement climatique sur le Royaume.

Cherchant à lutter contre ce fléau, le Maroc entend contribuer aux efforts mondiaux en poursuivant une transition rapide vers une économie résiliente et sobre en carbone, tout en renforçant l’équité et les progrès vers les objectifs de développement durable (ODD). Mais, outre l’aspect purement environnemental, la transition vers une économie décarbonée n’est plus un luxe et l’Europe, premier partenaire du pays, appliquerait une taxe carbone à ses frontières dès 2023.

Les entreprises exportatrices qui traînent en matière d’économie verte payeront, sans doute, de lourdes factures aux Etats. Au Maroc, où plus de 65% des exportations marocaines vont vers les 27, un projet de loi prévoyant une taxe carbone est dans le pipe. Un premier pas pour faire des énergies propres une niche de croissance, capable de booster la compétitivité du Royaume dans un marché mondial où la production bas carbone gagne du terrain.

Quels scénarios pour la transition ?

«S’engager dans une voie de développement durable et inclusif devrait transformer le profil de production et de consommation énergétique du Maroc, apportant ainsi de nombreux bénéfices en termes de réduction des émissions de GES », indique le Policy Center for the New South (PCNS) dans un rapport, publié vendredi dernier.

Ce dernier, en collaboration avec Enel Green Power Morocco et avec l’appui technique de l’AFRY, ont réalisé une modélisation pour quantifier ces changements. Plusieurs scénarios ont également été élaborés pour évaluer les options potentielles à adopter. Le premier scénario avancé par le Policy Center est celui du statu quo (BAU).

Celui-ci décrit le système énergétique qui sera probablement mis en oeuvre au cours des prochaines décennies si les options politiques actuelles et les éléments de gouvernance, d’offre et de demande énergétiques sont maintenus. Le scénario BAU reflète les émissions de GES dans différents secteurs, comme indiqué dans les Contributions déterminées au niveau national (CDN).

Il y a également le scénario de l’ambition accrue (IA). Celui-ci va non seulement au-delà du scénario BAU, mais aussi au-delà de l’objectif inconditionnel du Maroc. Il comprend des mesures clés qui influencent fortement la demande, y compris l’efficacité énergétique, la réforme progressive de la subvention du gaz de pétrole liquéfié (GPL), la mobilité propre et électrique et l’utilisation accrue du dessalement. Le dernier scénario est celui du développement vert (GD). Ce scénario exploite tous les leviers possibles de décarbonation.

Les deux derniers scénarios atteindraient des objectifs de décarbonation plus élevés par rapport à la politique actuelle, estime le rapport, ajoutant que hors AFAT (foresterie et des autres utilisations des terres), en 2030, les émissions de GES diminueront de 25 % dans le scénario Ambition Accrue, dépassant ainsi l’objectif CDN conditionnel, mais en deçà de l’objectif CDN inconditionnel.

S’agissant de celui du développement vert, la même source estime qu’il va au-delà des objectifs CDN conditionnels et inconditionnels et atteint une diminution de 40 % des émissions de GES. D’ici 2050, dans les scénarios Ambition Accrue et Développement Vert, les émissions de GES seraient respectivement réduites de 56 % et 74 % par rapport au scénario BAU, précise-t-on.

Les objectifs de décarbonation des scénarios précités seraient atteints principalement grâce à une électrification poussée des secteurs finaux et une pénétration accrue des sources d’énergie renouvelables (SER) dans le mix de production d’électricité, y compris l’hydrogène vert.

Consommation d’énergie : perspectives prometteuses

D’ici 2050, la consommation totale d’énergie du Maroc atteindra 54 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) dans le scénario BAU, contre 39 Mtep dans le scénario Ambition augmentée et 32 Mtep dans le scénario Développement vert. Les économies de consommation d’énergie, dans les deux scénarios de décarbonation, sont obtenues en réduisant l’intensité énergétique, notamment dans les secteurs industriel et tertiaire, et en augmentant l’électrification des secteurs des transports, du résidentiel et de l’agriculture.

En conséquence, la part des produits pétroliers dans la consommation totale d’énergie passe de 74 % dans le scénario BAU à 39 % dans le scénario Ambition Accrue et à 19 % dans le scénario Développement Vert. D’autre part, la part de la consommation d’électricité passe de 13 % seulement dans le scénario BAU à 40 % et 58 %, respectivement, dans les scénarios Ambition accrue et Développement vert, indiquent les auteurs du rapport. La demande croissante d’électricité dans les deux scénarios de décarbonation nécessite une augmentation significative de la production d’électricité, qui passe de 96 térawatts par heure (TWh) dans le scénario BAU à 188 TWH dans le scénario Ambition Accrue et 228 TWH dans le scénario Développement Vert.

L’essentiel de la production d’électricité dans les deux scénarios de décarbonation est réalisé par les SER, dont la part dans le mix total est estimée à 77% dans le scénario Ambition Augmentée et 87% dans le scénario Développement Vert, contre 33% dans le scénario BAU. En outre, le secteur de l’électricité est supposé offrir une flexibilité et une fiabilité, qui sont offertes par un portefeuille diversifié de technologies et qui réduisent la part du gaz naturel dans la capacité et la production totales dans les scénarios décarbonés.

Les technologies flexibles complémentaires comprennent les systèmes de stockage d’énergie par batterie (BESS), la réponse à la demande (DR), le stockage hydro-pompé et les centrales à biomasse. Cela dit, les efforts de modélisation du Policy Brief montrent que les secteurs des transports, de la production d’électricité et du résidentiel sont essentiels à la décarbonation de la consommation énergétique du Maroc avec le changement de technologie approprié, l’efficacité énergétique et l’électrification des utilisations finales, l’élimination progressive des sources d’énergie polluantes.

Ces objectifs ambitieux permettraient, selon la même source, non seulement de réduire la pollution locale, mais conduiraient à un nouveau moteur de croissance, construit sur un système innovant d’activités économiques qui stimulent la transformation et favorisent un développement compétitif et responsable. Atteindre les objectifs à l’horizon 2050 impliquerait le passage à une transition intermédiaire jusqu’en 2030, et nécessiterait des incitations supplémentaires pour réduire les coûts de la transition.

En ce sens, le document précise que l’analyse des coûts et bénéfices de la transition énergétique est cruciale pour déterminer les bonnes incitations et les stratégies spécifiques à adopter.
 
S. J.

Repères

Les secteurs à fort potentiel
Les secteurs des transports, de la production d’électricité et du résidentiel sont les trois secteurs clés pour la décarbonation du mix énergétique du Maroc. Les émissions totales de GES liées à l’énergie du Royaume atteindraient 163 Mt- CO2eq dans le scénario BAU en 2050, contre 70 MtCO2eq dans le scénario Augmentation de l’ambition et 37 MtCO2eq dans le scénario « Green Development ».
Le secteur des transports représente à lui seul 55 % des émissions totales de GES liées à l’énergie en 2050 dans le scénario BAU, soit 89 MtCO2eq. Les émissions de ce secteur peuvent être réduites à 31 MtCO2eq et 15 MtCO2eq d’ici 2050 respectivement dans les scénarios Ambition Augmentée et Développement Vert, notamment par une électrification accrue des usages finaux de ce secteur.
 
Une transition énergétique rapide s’impose
Tout en précisant que le Maroc est cité en référence en matière de développement des énergies renouvelables avec « une production nationale à partir de sources renouvelables à hauteur de 52% à l’horizon 2030 », déclare Hassan Sentissi Idrissi, Président de l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX), qui estime que le processus de transition énergétique devrait être accéléré conformément aux hautes orientations Royales.
«L’Industrie marocaine devant se conformer aux nouvelles normes européennes, il est donc urgent de doter nos entreprises d’énergies propres », a-t-il ajouté en précisant que la coopération entre le Maroc et l’UE dispose de tous les atouts permettant la transmission des expériences de sorte à accélérer la transition énergétique pour une économie plus durable et aussi plus compétitive.