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Crise franco-marocaine : L’Institut EGA épingle Paris et encense Rabat


Rédigé par Saâd JAFRI & Anass MACHLOUKH Mercredi 16 Novembre 2022

Les signaux du malaise entre Paris et Rabat persistent et les deux parties peinent à voir le bout du tunnel. Dans son dernier rapport, l’Institut EGA analyse les relations entre les deux pays et propose des pistes de réflexion pour mettre fin à cette situation préjudiciable aux deux Etats .



Le moins que l’on puisse dire c’est que les relations entre le Maroc et la France battent de l’aile, depuis plusieurs mois. Si Rabat et Paris ont su, depuis l’indépendance, préserver une dynamique amicale très particulière malgré les bourrasques et les crises passagères, cette fois-ci le courant ne passe plus et même les initiatives protocolaires se font de plus en plus rares, comme en témoigne l’absence d’un ambassadeur de France au Maroc, Hélène Le Gal ayant quitté ses fonctions en septembre dernier. Ceci alors que plusieurs dossiers épineux sont toujours en suspens, notamment celui de l’octroi des visas.

En divisant par deux le nombre de visas délivrés pour que les Marocains puissent entrer à l’Hexagone, l’Elysée a trahi la confiance du Royaume qui, pourtant, était habitué à des relations privilégiées. Et la récente visite d’Emmanuel Macron à Alger, dans l’espoir d’obtenir des généraux algériens de meilleures dispositions à l’égard de son pays, n’a fait qu’aggraver la tension.

Le Maroc assume aujourd’hui un nouveau statut que la France doit prendre en compte», relève l’Institut d’études de géopolitique appliquée (EGA), qui vient de publier un rapport analysant les relations entre Rabat, Paris et l’UE. Les relations entre les deux pays sont polarisées entre enthousiastes et détracteurs, souligne le rapport, mais l’approche pratique doit se faire à l’aune des évolutions contemporaines, insiste-t-il, tout en mettant en avant le manque à gagner au cas où la situation reste comme telle.

Fort de sa stabilité macroéconomique et institutionnelle, ainsi que par son approche sécuritaire, sans oublier sa position géographique, qui fait de lui une porte d’entrée fiable vers l’Afrique, le Royaume offre d’évidentes opportunités de coopérations multidimensionnelles pour la France et l’Europe qui, d’ailleurs, ont tout l’intérêt de ne pas voir les concurrents chinois, russes et turcs prendre des parts de marché additionnelles dans le pays et dans le continent. Un constat partagé par Ali Lahrichi, Doyen de l’Institut des sciences politiques de l’Université de Mundiapolis, qui souligne que «le Maroc est le trait d’union entre l’Afrique et l’Europe, la France, quant à elle, est un Etat incontournable en Europe. Le partenariat continu et équilibré entre ces deux pays est le gage de la paix, de la sécurité et de la prospérité dans ces deux mondes qui sont face aux nouveaux enjeux et défis du XXIème siècle : climat, terrorisme, stress hydrique, etc.».

Marocanité du Sahara : le dossier qui cristallise les passions !

Outre la question des visas, l’immobilisme de la France sur le dossier du Sahara marocain est fortement épinglé par Rabat, qui s’attendait à voir son «allié stratégique » emboîter le pas aux Etats- Unis. Dans ce sillage, le rapport de l’Institut EGA note que «la question de la marocanité du Sahara doit s’analyser sous le prisme géopolitique, en considérant qu’aucune solution ne peut être imposée au Maroc du fait de son contrôle effectif du territoire». Le pays a, d’ailleurs, engrangé cette année sur le Vieux continent des soutiens au plan marocain d’autonomie, notamment auprès de l’Espagne, les Pays-Bas et l’Allemagne, ce qui devrait favoriser une prise de position plus frontale de la France.

Cependant, l’Institut EGA affiche un certain pessimisme, du moment que les relations entre Paris et Alger seraient indéniablement tendues en cas d’une reconnaissance officielle par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara, soit un pas au-delà de la reconnaissance du projet de large autonomie comme solution «sérieuse et crédible». 

La même source estime qu’une période de froid diplomatique suivrait, avec des conséquences que nul ne peut exhaustivement évaluer, surtout qu’aujourd’hui la France est à la quête du gaz algérien pour limiter la dépendance européenne à l’égard des Russes.

«Les autorités françaises doivent donc travailler de façon pragmatique pour se projeter sur l’avenir de leurs partenariats stratégiques en Afrique du Nord», précise le rapport, notant qu’il n’est pas inenvisageable que dans un avenir à l’horizon toujours incertain, la France franchisse le pas en s’alignant sur les positions de ses alliés américains. Il n’est pas non plus incohérent d’imaginer la France faire valoir une position moins explicite, ce qui serait en revanche à son désavantage car ne règlerait pas la situation et affecterait davantage ses intérêts à long terme.

Pour Ali Lahrichi, qui rappelle que la France a voté récemment en faveur de la Résolution 2654 du Conseil de Sécurité, l’Elysée doit clarifier sa position par rapport au Sahara marocain par une reconnaissance explicite de l’intégrité territoriale du Maroc sur ses provinces du Sud, du fait que le Souverain a fixé le cap sur cette question.

Le Maroc, acteur incontournable ! En définitive, l’Institut EGA souligne qu’il ne faut pas s’enthousiasmer à l’idée d’un scénario relatif à la future position française, car de nombreux facteurs politiques et stratégiques s’entremêlent, néanmoins, il faut savoir ce que chaque partie attend de l’autre. Les Européens, d’une part, cherchent à consolider leurs affaires et à obtenir de nouvelles parts de marché en Afrique, notamment dans l’Ouest francophone, en comptant sur l’appui du Maroc pour y parvenir.

D’autre part, le Maroc, qui consolide son économie et émerge en tant que puissance, attend une considération plus représentative et équilibrée de la part de ses partenaires. «La diplomatie française aurait à gagner à analyser en profondeur son calcul entre alliances de circonstances et alliances historiques et stratégiques à horizon lointain», tranche le rapport, précisant que si Paris souhaite refonder la relation avec l’Afrique, le Maroc sera un acteur clef du fait que ses relations avec les pays de l’Afrique subsaharienne surgissent dans une multitude de secteurs, tels que l’éducation, le développement agricole pour la sécurité alimentaire, l’économie et la finance, les infrastructures et l’environnement. La France devrait ainsi s’engager dans la définition d’une véritable doctrine de politique étrangère vis-à-vis du Maroc.

De ce fait, l’Institut recommande de commencer déjà par mettre n à l’épineux dossier des visas qui entache une coopération plus large, par ailleurs efficace.




Saâd JAFRI & Anass MACHLOUKH



 

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Crise franco-marocaine : L’Institut EGA épingle Paris et encense Rabat


« L’affaire du Sahara est réglée, il temps que tout le monde le comprenne »

Pierre Lellouche, ancien député et ex-Secrétaire d’État chargé des Affaires européennes de Nicolas Sarkozy, a répondu à nos questions sur les relations franco-marocaines.

- Comment évaluez-vous la gravité de la crise entre la France et le Maroc ?


- J’estime que le Maroc se trouve dans une situation internationale compliquée et pas du tout facile pour les Marocains. Le Royaume s’en sort, pour autant, bien, à mes yeux. Concernant la crise ou la tension à laquelle vous faites allusion, il se peut qu’elle existe mais personnellement je ne le ressens pas autant que le décrivent les médias.

Le Maroc, à mon avis, a toujours eu une bonne image en France et le Roi Mohammed VI, comme ses prédécesseurs, a toujours été un ami de la France. Il existe naturellement des problèmes liés à l’immigration, au traffic de drogue et à la délinquance des étrangers, mais ce n’est pas de la responsabilité du gouvernement marocain. C’est un vrai sujet qui tenaille tous les pays européens, pas seulement la France. Sur ce, il faut qu’on ait un débat et qu’on travaille ensemble.


- Mais des problèmes persistent tels que la question des visas, le sort de l’imam Iquioussen et d’autres dossiers épineux. Qu’en pensez-vous ?

- Il est judicieux de dépassionner le débat sur la crise, si on suppose qu’elle existe. Honnêtement, je n’ai pas l’impression que le Maroc soit à l’origine de nos problèmes en France. Nous en avons plus avec l’Algérie. Pour répondre à votre question, il faut considérer ce genre de dossiers dans leur globalité avec un débat serein avec nos amis marocains.

En France et en Europe en général, la gestion des migrants clandestins est devenue tellement compliquée que le système est saturé. Quasiment 500.000 clandestins sont entrés en Europe l’an dernier. En France, on en a 150.000. C’est devenu ingérable. Là, le Maroc pose moins de problèmes que l’Algérie avec laquelle nous sommes liés par l’accord consulaire de 1968 qui leur accorde des privilèges, à mon avis, exorbitants.


- La question du Sahara est souvent évoquée, pensez-vous vraiment que c’est un des sujets qui puissent être à l’origine du froid diplomatique ?

- À mon avis, la question du Sahara est déjà réglée. À l’époque où j’étais ministre de l’Europe, j’ai amené l’ex-ministre des Affaires étrangères Tayeb Fassi Fihri au Parlement européen pour calmer le discours sur l’attitude de quelques Européens sur le Maroc. Franchement, il est temps de finir avec cette histoire puisqu’il n’y a plus de discussion. Tout le monde le sait. Naturellement, l’Algérie s’en sert pour son propre compte. La France, évidemment, essaye de rester équilibrée. Mettez-vous à la place des Français, quoiqu’on en dise, on serait accusé de s’ingérer dans les affaires intérieures et de complaisance.


 

3 questions à Ali Lahrichi

Doyen de l’Institut des sciences politiques de l’Université de Mundiapolis
Doyen de l’Institut des sciences politiques de l’Université de Mundiapolis

« Les relations entre le Maroc et la France sont séculaires et indéfectibles »
 
- Quelle est votre lecture de la frilosité des relations entre le Maroc et la France ?

- Les relations maroco-françaises ne sont pas des relations classiques entre deux Etats qui empruntent un chemin linéaire ordinaire. Mais, ce sont des relations séculaires entre deux nations et deux pays qui écrivent ensemble une Histoire commune, qui se grave dans les entrailles de l’Histoire des Nations par les lettres d’amitié et de différend, de détente et de crise, d’entente et de mésentente, de permanence et de rupture, et cherchent, de part et d’autre, à construire, tout en défendant chacun ses propres intérêts, un vase communicant pour le bienêtre de leurs enfants.

Il est aussi une tradition qui veut que les relations entre le Maroc et la France soient séculaires et indéfectibles, une phrase de courtoisie qui peut sembler fortuite, voire galvaudée, dans les discours diplomatiques de circonstances. Le Maroc et la France ont construit un partenariat stratégique tout au long de leur Histoire commune, les relations entre les deux Etats sont fondées sur plusieurs déterminismes, à la fois géographiques, historiques et humains. Les intérêts conjoints des deux pays ne sont pas seulement sur le plan bilatéral, mais aussi sur le plan multilatéral, l’UE et l’Afrique.


- Quelles sont les options qui se profilent devant la France ?

- Depuis l’avènement du règne de Sa Majesté Mohammed VI, le Maroc s’est inscrit dans une politique d’ouverture sur le monde. D’une part, la voie empruntée par le Maroc autant sur le plan géopolitique qu’économique contribue à son ouverture croissante sur plusieurs acteurs de l’arène mondiale, qui s’est concrétisée par la signature de nombreux accords de libre-échange.

D’autre part, le Royaume a consolidé ses relations bilatérales avec ses alliés traditionnels, notamment la France et l’Espagne, en se basant sur le principe portant la devise : Amitié- Confiance- Partenariat pour la prospérité de tous. La France reste aujourd’hui le premier partenaire économique du Maroc et l’Espagne son premier partenaire commercial.

Par ailleurs, le Discours Royal, à l’occasion du 69ème anniversaire de la Révolution du Roi et du peuple, souligne avec limpidité et clarté la position inébranlable du Royaume à propos de la marocanité du Sahara. A ce titre, la France, bien qu’elle ait voté récemment en faveur de la Résolution 2654 du Conseil de Sécurité, doit clarifier sa position par rapport au Sahara marocain, à l’image de l’Espagne, par une reconnaissance explicite de l’intégrité territoriale du Maroc sur ses provinces du Sud.


- Les frictions avec le Royaume ne sont-elles pas préjudiciables pour les objectifs de la France et l’UE en Afrique ?

- La crise russo-ukrainienne, qui arrive après une pandémie mondiale, dessine une nouvelle carte géopolitique du monde et augure d’un nouvel Ordre mondial dont les lignes ne sont pas encore bien définies. L’Afrique est aujourd’hui plus que jamais une unité assez importance dans l’Ordre mondial, de par sa démographie jeune et croissante, de par ses richesses, de par son chemin vers la croissance et le développement, et de par les objectifs communs d’une grande partie des Etats africains de construire et renforcer le partenariat Sud-Sud.

Le meilleur exemple est celui du projet du Gazoduc Nigeria- Maroc qui passe par tous les Etats de la CEDEAO pour à la fois être un levier de développement, de paix et de prospérité dans ces différents Etats et aussi pour être une alternative able et sûre entre l’Afrique et l’Europe et dont le Maroc reste le trait d’union INCONTOURNABLE. La question qu’on peut se poser aujourd’hui est : la France saura-elle dépasser ces ambiguïtés pour réécrire ses relations avec le Royaume selon la devise : Amitié- Confance-Partenariat pour la prospérité de tous. Et ce, pour ouvrir de nouveaux chemins et entrevoir de meilleurs horizons afin de se projeter dans des perspectives d’avenir.


 








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