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Environnement

Criquet pèlerin : viendra, viendra pas ?


Rédigé par Oussama ABAOUSS le Vendredi 26 Juin 2020

Les essaims dévastateurs de criquets pèlerins ravagent plusieurs pays d’Afrique et d’Asie. La FAO appelle les pays d’Afrique du Nord à rester vigilants.



Criquet pèlerin : viendra, viendra pas ?
C’était dans les années 50. « Je n’étais à l’époque qu’un enfant, mais jamais je n’oublierai les essaims de criquets qui ont ravagé les cultures et les arbres de notre douar. Nous autres gamins étions amusés du phénomène et nous jouions à capturer -ramasser littéralementles criquets pour les griller puis les manger. Nos parents étaient pour leurs parts beaucoup plus inquiets. Après le passage du « nuage » qui parfois laissait difficilement passer la lumière du jour, tout n’était que désolation. On aurait presque cru qu’un incendie était passé par là », raconte un octogénaire de la région de Souss. Depuis cet épisode, le Royaume s’est graduellement doté de moyens importants pour la lutte antiacridienne et a réussi à contrer plusieurs invasions dont la plus récente remonte à la fin des années 80.

Des invasions récurrentes

Selon le portail officiel de la lutte antiacridienne au Maroc « le Criquet pèlerin mène généralement une vie discrète à l’état solitaire dans les zones désertiques comprises entre l’Inde et l’Océan Atlantique ». Sous l’action de divers facteurs environnementaux et surtout après de bonnes années pluvieuses, cette espèce peut se multiplier et se regrouper dans ses zones d’habitat permanent. Au cours de ce processus dit de grégarisation, l’insecte subit une transformation qui se traduit par des modifications morphologiques, biologiques, physiologiques et comportementales. Les criquets deviennent alors très actifs et ont tendance à vivre en groupe sous forme de bandes larvaires et d’essaims migrateurs pouvant envahir une aire de près de 30 millions de Km2 ».

Une machine à dévaste

Parmi les 200 espèces acridiennes recensées au Maroc, seules deux menacent sérieusement les cultures et les pâturages: le Criquet marocain (Dociostaurus maroccanus) et le Criquet pèlerin (Schistocerca gregaria). Si le Criquet marocain (une espèce autochtone) est relativement aisé à contrôler dans ses zones de reproduction, le Criquet pèlerin est pour sa part une espèce allochtone qui a une vaste aire de répartition et qui envahit le Maroc généralement en automne à partir du Sud et Sud-Est. Considéré depuis l’Antiquité comme l’un des principaux fléaux de l’humanité, le Criquet pèlerin peut dévorer l’équivalent de son poids (2 g) chaque jour. Un kilomètre carré d’essaim dense compte environ 50 millions d’insectes qui peuvent chaque jour dévaster 100 tonnes de végétaux…

Alerte donnée au début du printemps

Les essaims de criquets pèlerins peuvent parfois atteindre plusieurs dizaines, voire centaines de Km² et successivement dévaster plusieurs pays. Il y a trois mois, le secrétaire exécutif du comité de lutte contre les criquets dans la région de l’Ouest et Nord-Ouest de l’Afrique, affilié à la FAO, estimait qu’il était « fort possible que les criquets, qui ont détruit les cultures en Afrique de l’Est, envahissent les pays d’Afrique de l’Ouest en juin avant d’atteindre les pays d’Afrique du Nord en octobre ». Dr Mohamed Al-Amine Hamouni avait par ailleurs souligné l’importance d’une action préventive rapide en précisant que «si la commission réussit à combattre le Criquet pèlerin dans la région occidentale en arrêtant l’invasion dans les États du Sahel, l’Algérie, le Maroc, la Tunisie et la Libye seront à l’abri du danger».

Des dégâts colossaux dans la Corne de l’Afrique

L’invasion acridienne qui sévit depuis plusieurs mois est manifestement la pire que l’Éthiopie et la Somalie aient connu en 25 ans et la pire au Kenya depuis 70 ans. Cette situation à laquelle s’est additionnée l’épidémie de coronavirus risque de continuer à empirer. Même si les prévisions ne sont pas en faveur d’une recrudescence des criquets pèlerins dans le Maghreb, la FAO appelle à la prudence dans les 10 pays de la côte africaine et de l’Afrique du Nord-Ouest et celle du Nord, à savoir le Tchad, le Niger, le Mali, la Mauritanie, le Maroc, l’Algérie, la Libye, le Sénégal, le Burkina Faso et la Tunisie. La FAO dans son dernier bulletin annonce que « la reproduction (des criquets) au Sahel commencera avec le début de la saison des pluies » ce qui implique un risque d’apparition d’essaims dans l’Est du Tchad après mi-juin qui pourront alors se déplacer « en direction de l’Ouest vers le Niger, le Nigéria, le Mali, le Burkina Faso et la Mauritanie ». Insecte à suivre.
 
Oussama ABAOUSS