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Tribune libre

Covid ou pas : Gouverner, c’est prévoir


Rédigé par Par Abdelouahed El Fassi le Mercredi 23 Septembre 2020

« Gouverner, c’est prévoir ». Jamais citation n’a sonné aussi juste en ces derniers temps, lors du post-confinement.



Abdelouahed El Fassi
Abdelouahed El Fassi
Tous les problèmes que nous vivons actuellement sont dus aux erreurs politiques qui ont été commises, alors que tout le monde savait que tout équilibre que nous serions parvenus à obtenir après moult sacrifices reste précaire et ne saurait se maintenir sans beaucoup de précautions.

Comme vous le voyez, un mouton a renversé à lui seul toutes les quilles, exemple frappant du manque de discernement « Aïd Al Adha »

Prenons aussi l’exemple de la rentrée scolaire : on a essayé d’imposer l’enseignement à distance… et on a vu le résultat. Le bon sens populaire a refusé et préféré le présentiel. Cette réaction est tout à fait normale, car, dans 80 % des cas, et pour de multiples raisons (travail des parents, et tout ce qui s’ensuit…), l’idée d’une pleine participation parentale n’est guère possible.

En plus, si les enfants, une fois les cours finis, sortent dans la rue pour jouer, courir, ou faire des bêtises…  à quoi sert finalement l’enseignement à distance sans confinement ? 

Allez leur dire de faire de la distanciation ! A cela s’ajoutent les nombreux problèmes psychologiques résultant de l’absence de contact prolongé avec leurs pairs et camarades d’école. C’était à prévoir.

Pas question de reconfinement !

En plus - et je n’ai cessé de le répéter-, le peuple marocain a déjà supporté trois mois de résidence surveillée, et il ne peut en aucun cas accepter de renouveler l’expérience, même pour une courte durée, en particulier sans subvention ou aide lui permettant de survivre. D’autant qu’une fois sorti du confinement initial, il s’est rendu compte qu’il fallait pratiquement tout rebâtir, même pour ceux qui s’en sortaient plus ou moins auparavant. Sans compter les 500.000 nouveaux chômeurs, etc...

Le coefficient confiance a rapidement disparu. 

C’était à prévoir.

L’autre jour, un patient est venu me voir alors qu’il réside dans un quartier actuellement fermé. Lorsque, pendant la consultation, je lui ai dit qu’il fallait suivre les directives, que ce confinement n’allait pas durer longtemps, et qu’il était dans l’intérêt de la santé des citoyens de prendre des mesures drastiques, il m’a répondu : « ...et qu’est-ce qu’on va manger ? En plus, tu crois qu’ils font ça pour nous ? Ils ont juste peur qu’on contamine les riches qui sont dans leurs villas et qui ne risquent pas grand-chose... ».

Je lui ai dit que ça ne tenait pas debout, le Corona est le virus le plus égalitaire qui soit, il frappe partout. Notre ami n’était pas convaincu du tout, mais tout de même soulagé d’avoir pu s’exprimer.

C’était à prévoir. 

Peut-on encore donner des ordres et prendre des décisions, confinement et plus ?

Absolument pas, si l’on veut essayer de sauver le pays et sa stabilité. Il vaudrait mieux donner des recommandations, des conseils, et un solide argumentaire sur les mesures préventives. Masque, surtout en milieu fermé ou en cas de foule, un mètre de distanciation au minimum, lavage des mains au savon ou solution hydroalcoolique, et surtout ne jamais toucher le visage (œil, nez et bouche) si l’on n’est pas sûr de la propreté de ses mains. Avec ça, les risques sont diminués et sont même proches de zéro.

Qui tester en priorité ?

Il serait aussi judicieux de rechercher dans chaque quartier les porteurs de maladie chronique grave et non correctement traitée, jeunes ou vieux, et les personnes âgées (surtout physiologiquement), et leur faire subir un test, et en profiter pour leur rappeler l’ensemble des mesures à prendre pour éviter le pire.

Le ministère de la Santé devrait se contenter de tester les personnes symptomatiques ou très malades, et de les suivre de près, de façon à éviter le plus possible les cas graves.

À mon avis, la multiplication des tests au hasard et le résultat obtenu ne riment plus à rien maintenant. C’était utile au tout début, quand on savait que les cas venaient de l’étranger, apportés par les Marocains de retour dans leur pays. Mais maintenant, nous savons très bien que si l’on découvre 1000 ou 10.000 cas par jour, en particulier les asymptomatiques, cela veut dire qu’il en existe 10, et même 100 fois plus, qui se promènent librement et côtoient tout le monde. Le test n’est utile que s’il est généralisé, ce qui est impossible. 

Par ailleurs, pourquoi ne pas nous donner une distinction entre le nombre de cas asymptomatiques et symptomatiques ? Il y a pourtant une différence entre un sujet contaminé par le Coronavirus et un sujet malade du Covid-19.

En ce qui concerne le nombre de décès, il est vrai que le nombre a tendance à augmenter, surtout dans certaines régions telle que Casablanca (4 à 6.000.000 d’habitants).

Donc, tout est relatif

En plus, maintenant, on parle de décès par Coronavirus ou Covid-19 (sans autre maladie connue) et de décès disons « avec Coronavirus  » (c’est-à-dire porteurs de maladie chronique grave, auquel s’ajoute le Corona).

Il est sûr que les patients porteurs de maladies chroniques ou très âgés sont en grande partie responsables, parce qu’ils n’ont pas tenu compte de leur état antérieur, ou parce qu’ils ne vont à l’hôpital que très tardivement. Ce n’est plus un problème de virus, mais le résultat de ses conséquences.

Spécificités du Maroc

Sans entrer dans des détails scientifiques sordides - puisque les Arabes, du temps de leur gloire, avaient toujours considéré la médecine comme un art et non pas comme une science exacte -, il faut dire que chaque pays et chaque communauté a ses spécificités, et ce qui se passe en Europe ne peut être reproduit chez nous. C’est pour cela que nous avions été fiers, dans un premier temps, de la politique suivie par le Maroc selon un protocole propre à notre pays.

Maintenant, avec les médias, les réseaux sociaux, les fake news et le reste, on ne sait plus à quel saint se vouer.

C’était à prévoir.

J’ai beaucoup aimé une caricature qui montrait deux SDF en train de discuter. Le premier disait : « Je ne sais pas pourquoi on n’a pas de Covid-19 chez  nous  », et l’autre de répondre « Parce que nous n’avons pas la télévision ».

Je raconte cette anecdote pour dire que si l’on devait suivre les différentes études faites par les institutions  connues, on pourrait être amené à penser que le Maroc court vers une destruction très prochaine. Et tout le monde oublie de réfléchir et prend tout pour argent comptant. Prenons comme exemple l’IHME (Institute for Health Metrics and Evaluation) relevant de l’Université de Washington, qui parle de 22.400 morts d’ici 2021.

Certains parlent de 1000 morts par jour, et tout le monde y croit ! Alors qu’à l’évidence, ceux qui ont produit ce papier ne connaissent pas le Maroc, ne savent pas que certaines régions ont des problèmes beaucoup plus importants que ce Covid, qu’elles ne rencontreront probablement jamais. Ils ne savent pas que les zones les plus touchées sont limitées à 4 ou 5 régions, et en fait à quelques villes. En moyenne, plus de 80% des personnes contaminées ne sont pas malades. Il est impossible de prévoir l’avenir d’un pays en prenant comme base les données d’autres continents. 

Alors, soyons Marocains, et faisons pour le mieux selon nos moyens. Arrêtons de faire peur à nos concitoyens et essayons de les convaincre de suivre les recommandations les plus simples et suffisantes.

La pression ne donne plus rien. Les gens ont besoin de vivre. C’était à prévoir

Quid du vaccin ?

Un autre point que je souhaite aborder est celui du vaccin. Sans chercher à être extrémiste, ni à entrer dans la polémique sur les vaccins, je dirais que si on décide de passer à l’acte, il faudrait alors vacciner les personnes à risque (maladies chroniques) et les personnes très âgées physiologiquement. Et ce, bien entendu, avec le consentement de la personne concernée.  Mais tout ceci n’est jamais que l’opinion libre d’un médecin qui pense que le mieux est l’ennemi du bien.

Pour finir, je voudrais rapporter les paroles de l’ancien ministre de la Santé d’un pays européen qui a déclaré, le 23/05/2020 : « Quand il y a une épidémie comme le Covid-19, nous on voit : «Mortalité», quand on est médecin [...] ou on voit : «Souffrance». Et il y a des gens qui voient «dollars»... Vous avez de grands laboratoires qui disent : « C’est le moment ou jamais de gagner des milliards» ».  Soyons vigilants !

Par Abdelouahed El Fassi Cardiologue, ancien ministre de la Santé et ancien membre du Comité exécutif du Parti de l’Istiqlal

  



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