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Tribune libre

Covid-19 : Impacts socio-économiques et pistes de sortie de crise

Partie II : La gestion de la crise


Rédigé par Rahhal Mekkaoui le Mercredi 10 Juin 2020

La crise sanitaire de 2020 a porté un coup très dur à la situation économique et sociale du Maroc et aura des conséquences qui se feront ressentir sur plusieurs années. Sa gestion a été mitigée avec des points forts et des ratés. Elle a aussi révélé quelques lueurs d’espoir et des opportunités que le Maroc se doit de saisir. Ceci passe par un plan de déconfinement clair et des réflexions intégrées pour apporter les solutions adéquates à court, moyen et longs termes.



Rahhal Mekkaoui, membre du Comité exécutif du Parti de l’Istiqlal et Conseiller à la 2ème Chambre parlementaire.
Rahhal Mekkaoui, membre du Comité exécutif du Parti de l’Istiqlal et Conseiller à la 2ème Chambre parlementaire.
Malgré un triste tableau sur la situation économique et sociale, le Maroc a de quoi se targuer dans sa gestion de la première phase de la crise mondiale actuelle. Des décisions courageuses, rapides et d’envergure ont été prises au début de cette crise avec une implication forte et directe au plus haut sommet de l’Etat. Un Etat d’urgence sanitaire, la fermeture des commerces, des écoles, la fermeture des espaces aériens et des frontières terrestres et maritimes, le confinement total de la population, le port obligatoire des masques pour ne citer que les mesures les plus importantes. Des décisions que d’autres pays, en Europe notamment, ont pris du temps à mettre en oeuvre.

Des départements ministériels qui n’avaient pas jusque-là une cote de popularité positive auprès de la population se sont révélés capables de faire preuve d‘engagement et de courage qui a favorisé la mobilisation de la population pour le respect des décisions très dures lors de la période d’urgence sanitaire.

La solidarité s’est avérée être une valeur que beaucoup commencent à voir comme une base solide pour la relance et plus tard la construction du nouveau modèle de développement sur lequel se penche la commission royale dédiée bien avant l’épisode du Covid-19. Le fonds Covid qui a été créé sur instructions royales pour un budget de 10 milliards de dirhams compte aujourd’hui plus que le triple (32 milliards de dirhams) grâce à la solidarité et la générosité de la population marocaine et certaines grandes entreprises.

Le télétravail a fait une entrée étonnante dans les habitudes de millions d’employés, qui ont mesuré son efficacité et, partant de là, l’apport du numérique pour l’amélioration des services au citoyen et pour l’éducation. L’économie digitale a montré sa résilience à faire face à des situations qui réduisent la circulation des personnes et a prouvé que c’est une économie qui a une place de choix dans le Maroc de demain avec pleines d’opportunités pour l’emploi. L’usage de la technologie n’a pas été l’apanage des secteurs économiques, de l’éducation et de l’administration. Les pouvoirs législatifs et judicaires ont aussi été de la partie pour l’usage du digital. Les tribunaux se sont mis au digital pour le bénéfice des justiciables. On a aussi vu pour la première fois au parlement le vote à distance sur les projets de loi.

La confiance dans les institutions a été renforcée et les Marocains ont su agir dans l’unité avec un grand sens de responsabilité, surtout que les décisions prises par l’administration et les autorités s’appliquaient à tous sans exception.

L’industrie marocaine n’est pas en reste en ce qui concerne les lueurs d’espoir. Des sociétés marocaines ont été capables en peu de temps de fabriquer des respirateurs, des masques donnant ainsi la voie et l’espoir dans les capacités de l’industrie marocaine et l’innovation à prospérer et exporter ou au moins diminuer les importations en équipement et la pression sur la balance de paiement, si toutefois ces entreprises sont encouragées, accompagnées et protégées.

Au jour d’aujourd’hui on n’est pas encore sortie de la crise sanitaire qui a été la source des autres crises conséquentes économiques et sociales. Mais on peut déjà brosser une esquisse de ce qu’a été la gestion de cette crise sans précèdent. Dans l’actif de la gestion de cette crise, on note la rapidité des décisions de prévention de propagation de la maladie. En effet, Sa Majesté le Roi avait présidé une réunion de haut niveau sur la question le 27 Janvier 2020, soit plus d’un mois avant l’apparition du premier cas au Maroc. Sur le plan sanitaire, le Maroc avait adopté un protocole thérapeutique qui a prouvé son efficacité en termes de réduction de la mortalité des cas infectés malgré le débat international sur la question. Le confinement total de la population a eu pour effet de réduire la propagation du virus ce qui aurait mis à mal les capacités du système de santé.

L’implication des services sanitaires des Forces Armées Royales et l’augmentation du nombre de lits de réanimation étaient de nature à rassurer les professionnels de santé et la population. La mobilisation et l’engagement citoyen des services de sécurité, des autorités locales, des élus locaux, des professionnels de santé et du corps enseignant ont été sources de fierté pour les Marocains malgré quelques incidents minimes. On notera aussi la continuité dans l’approvisionnement en produits alimentaires et produits de bases durant toute la période de confinement grâce à la mobilisation des agriculteurs, des transporteurs et des commerces de proximité.

Sur le plan économique et social, la création d’un Comité de veille stratégique présidé par le ministre des Finances a eu pour avantage de coordonner les réponses d’ordre économique aux conséquences de la pandémie, même si ce comité aurait gagné en richesse de réflexions et propositions et en efficacité s’il a été élargi à d’autres acteurs de la scène économique et sociale. Mais à l’actif de ce comité plusieurs décisions d’envergures qui ont soulagées des ménages, des employés en arrêt de travail aussi bien dans le secteur formel que du secteur informel. Des décisions plus importantes ont aussi été prises par ce comité en faveur des entreprises pour soulager leur trésorerie et pour leur permettre une relance moins compliquée après le confinement.

La mise en plan d’un fonds spécial dédié a fait du Maroc un des pays qui ont consacré le plus de moyens financiers rapportés au PIB pour la lutte contre le Covid-19. Le soutien aux populations touchées par les conséquences de l’état d’urgence sanitaire et qui a bénéficié à près de 5 millions de familles dans un temps record est indéniable. Le soutien indirect aux entreprises via une allocation de 2000 dirhams par mois aux employés en arrêt de travail a concerné près de 950.000 employés. La production d’une quantité importante dépassant les besoins nationaux en masques que le Maroc ne produisait pas avant la pandémie est un franc succès pour l’industrie du textile marocaine.

D’un autre côté, la gestion de la crise a eu son lot de ratés en tête desquels la communication gouvernementale qui a manqué de clarté, de cohérence et de rapidité depuis le début de la crise. Les sorties médiatiques du chef de gouvernement, par ailleurs très rares, ont semé le doute sur la capacité du gouvernement à faire face à la pandémie. Certains ministres chargés de dossiers en relation directe avec la crise ont brillé par leur absence ou par manque de vision et n’ont pas pu apporter les réponses qu’exige la situation dans des dossiers sociaux.

La mise en place d’un comité de veille sociale aurait permis une approche participative très large de la part du gouvernement. Certaines décisions du comité de veille économique ont pris du temps pour se matérialiser malgré une unanimité nationale exprimée au parlement et ailleurs sur un engagement au départ timide de la part des acteurs du système bancaire national. C’était le cas du moratoire pour le remboursement des échéances des crédits bancaires sans paiement de frais ni pénalités. Le comité de veille a dû se reprendre devant la réticence des banques pour proposer un partage des intérêts intercalaires entre l’Etat et les banques pour les particuliers et seulement pour ceux dont les échéances mensuelles ne dépassent pas 3000 Dirhams pour les crédits logement et 1500 Dirhams pour les crédits consommation. C’était le cas aussi pour l’octroi des lignes supplémentaires de crédits de fonctionnement dites « Damane oxygène », garanties par la CCG au profit des entreprises qui ont mis du temps à se concrétiser.

Le non rapatriement des Marocains bloqués à l’étranger à cause de la fermeture des frontières a été le point noir de la gestion de crise par le gouvernement et a été considéré comme une atteinte à leur dignité et un abandon inexpliqué. Ce problème aurait pu être réglé plus facilement en imposant aux concernés une quarantaine de quelques jours.

Au passif du gouvernement, il faut aussi inscrire sa tentative avortée de faire passer un projet de loi portant atteinte aux libertés publiques et aux droits d’expression.

Rahhal Mekkaoui

 

  



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