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Consolider la souveraineté stratégique du royaume : priorité du gouvernement Akhannouch


Rédigé par Nizar Derdabi le Jeudi 14 Octobre 2021



Nizar Derdabi, ex-officier de la Gendarmerie Royale et analyste en stratégie internationale, défense et sécurité. (Ph. Nidal)
Nizar Derdabi, ex-officier de la Gendarmerie Royale et analyste en stratégie internationale, défense et sécurité. (Ph. Nidal)
Le discours royal prononcé le 8 octobre à l’occasion de l’ouverture de la première session de la 11e législature a tracé, comme à l’accoutumée, les grandes lignes de la politique à suivre pour le nouveau gouvernement ainsi que les principaux défis à relever. Soulignant le contexte économique et sanitaire spécial avec lequel il faudra encore composer, le Souverain a fixé trois axes prioritaires pour l’action du gouvernement Akhannouch, dont celui de la souveraineté et la défense des intérêts supérieurs du Royaume.

En effet, si le thème de la souveraineté a été évoqué en premier par le Roi Mohammed VI dans son discours, c’est que les problématiques de sécurité alimentaire, sanitaire et énergétique figurent parmi les objectifs stratégiques à atteindre par les états afin d’être à l’abri de tout risque naturel, accidentel ou de toute volonté politique étrangère visant à nuire à ses intérêts. Mais pour consolider la souveraineté sur les questions de sécurité économique il est nécessaire de mettre en oeuvre une politique visant à assurer une autonomie stratégique dans les secteurs vitaux de l’économie nationale.

Souveraineté et autonomie stratégique : notions complémentaires

Alors que par le passé, les notions de souveraineté et d’autonomie stratégique étaient réservées aux domaines de la défense, la sécurité ou les affaires étrangères, ces questions se sont élargies à tous les secteurs essentiels qui permettent à un état d’assurer ses besoins et la bonne marche de ses institutions. Toutefois, il existe une différence notable entre ces deux notions indissociables. En effet, l'autonomie stratégique est à la souveraineté ce que les moyens sont aux fins. Autrement dit, on ne peut affirmer sa souveraineté qu’en ayant atteint un certain niveau d’autonomie stratégique.

Néanmoins, il est utile de préciser le sens exact de ces notions reprises dans divers rapports et recommandations d’organisations internationales depuis le début de la crise de la Covid-19 pour définir une stratégie de sortie de crise. Tout d’abord, la définition en droit de la souveraineté, énoncée par Louis Le Fur à la fin du XIX e siècle précise que « la souveraineté est la qualité de l'État de n'être obligé ou déterminé que par sa propre volonté, dans les limites du principe supérieur du droit, et conformément au but collectif qu'il est appelé à réaliser ».

Dans les relations internationales, la souveraineté est définie comme étant la capacité à répondre aux besoins des citoyens et à contrôler leurs destinées. La souveraineté acquise par un état dans divers domaines (politique, militaire, économique ou industriel) peut quelques fois donner l’illusion d’une indépendance complète vis-à-vis des puissances étrangères ou des organisations internationales. Cependant, on peut très bien édicter ses propres lois, être indépendant des institutions internationales et coupé des échanges du commerce mondial, mais n’avoir aucune prise sur les évènements ni sur les besoins de sa population. Dans ce cas, on perd alors sa souveraineté car on dépend des aides extérieures pour nourrir et protéger sa population.

A l’inverse de l’indépendance, l’autonomie stratégique est un moyen qui permet à un état d’affirmer sa souveraineté. Concept récent qui a été utilisé pour la première fois dans le cadre du Conseil sur l'industrie européenne de défense en 2013, il demeure encore une notion ambigüe. Paul Timmers en a apporté une définition en 2018 qui spécifie que « l’autonomie stratégique est la possibilité, en termes de capacité et de compétences, de décider et d’agir sur les aspects essentiels de son avenir à long terme concernant l’économie, la société et leurs institutions ». Dit d’une autre manière, assurer son autonomie stratégique, c’est pour un état, se donner la capacité de faire ses propres choix conformément à ses intérêts stratégiques et ses valeurs. Cette autonomie peut être à la fois opérationnelle, industrielle, technologique ou diplomatique.

Nécessité d’adopter une politique de sécurité stratégique et de Risk Management

C’est donc pour répondre à ce contexte particulier, en renforçant la capacité du Royaume à assurer sa souveraineté pleine et entière sur les secteurs vitaux de son économie ainsi que la défense de ses intérêts supérieurs, que S.M le Roi a appelé le gouvernement à consolider la sécurité stratégique du pays dans les domaines alimentaires, sanitaires et énergétiques. Cette orientation repose sur les enseignements tirés de la crise pandémique, qui a connu des pénuries de matières de première nécessité et de composants technologiques qui ont causé des hausses de prix astronomiques.

Ces difficultés d’approvisionnement ont largement impacté la vie quotidienne des populations, leur pouvoir d’achat, mais aussi les capacités de production pour divers secteurs de l’industrie. Mais elles ont surtout souligné la dépendance de la majeure partie des pays à l’égard de la Chine pour certaines fournitures. Dans ce contexte, afin de renforcer leurs capacités de résilience et réduire leur dépendance aux pays tiers fournisseurs, les états se sont vus contraints d’opter pour une politique visant à leur octroyer une autonomie stratégique.

Le Maroc a dû faire face aux mêmes problématiques de ruptures de stocks et difficultés d’approvisionnement en matière de médicaments, de vaccins et de matériel médical (masques, respirateurs) que les autres pays. La réponse qui a été apportée dans l’urgence, en faisant appel aux capacités de production locales et à la chaîne d’approvisionnement, a permis de produire des masques et des respirateurs artificiels puis d’assurer leur distribution à travers toutes les provinces et préfectures du pays.

La capacité de réaction des pouvoirs publics au Maroc qui ont su rapidement mobiliser, en tant de crise, différents acteurs étatiques et privés, doit maintenant laisser place à une démarche proactive où le Risk Management doit être à la base de toute politique sectorielle. La gestion des risques est aujourd'hui un outil essentiel pour gérer les chaînes de production et d’approvisionnement. En effet, les nouvelles normes dans de nombreux secteurs industriels ont évolué : cadres règlementaires contraignants, optimisation de l'outil de production et internationalisation des chaînes d'approvisionnement. Ainsi, la multiplication de ces normes peut entrainer un risque majeur en termes de continuité des activités. D’où la nécessité d’évaluer les risques probables, leur impact futur afin de les anticiper et de mettre en place les mesures de mitigation nécessaires.

Un gouvernement taillé sur mesure pour répondre à ces défis

Constituant désormais la feuille de route du nouveau gouvernement, les orientations royales se sont concrétisées dans le choix des ministres nommés dans les secteurs concernés et dans la restructuration de leurs prérogatives et champs de compétence. C’est ainsi que Mr Mohamed Sadiki, titulaire d’un doctorat en sciences agronomiques et ancien secrétaire général du ministère de l’Agriculture a été nommé à la tête de ce département dont dépend la sécurité alimentaire du Royaume, dans une volonté de continuité par rapport aux réalisations effectuées sous le mandat précédent auxquelles il a d’ailleurs contribué.

Toujours pour sécuriser les besoins alimentaires nationaux, la gestion de l’Eau qui constitue un défi majeur en cette période de stress hydrique et de réchauffement climatique, a été déléguée, en plus de l’Equipement, à Mr Nizar Baraka. Personnalité reconnue de la sphère politique nationale, d’aucuns ont évoqué que Nizar Baraka a hérité d’un ministère délesté du Transport et de la Logistique, qui n’est pas à la hauteur de son envergure politique. Mais l’orientation royale est venue mettre en valeur l’importance du secteur de l’eau dans la nouvelle conjoncture et donner à ce ministère le leader qu’il faut pour redynamiser ce secteur vital.

La décision de décharger ce ministère des prérogatives relevant du Transport et de la Logistique répond aussi à la volonté de sécuriser les chaînes d’approvisionnement à travers une gestion efficace de la logistique et du transport de marchandises. C’est d’ailleurs à un fin connaisseur du secteur du transport et de la logistique, que ce nouveau ministère a été attribué. Mr Mohamed Abdeljalil a déjà été directeur des programmes et des études dans ce ministère, sous les ordres de Mr Ghellab en 2003, puis a dirigé Marsa Maroc jusqu’à sa désignation au poste ministre. Le portefeuille de la santé a également été confié à une professionnelle de ce domaine, Mme Nabila Rmili, médecin de formation et ancienne directrice régionale de la Santé de Casablanca-Settat, qui a déjà été appelée à gérer la crise pandémique dans la région la plus touchée du royaume.

Enfin, le choix porté vers Mme Leïla Benali pour diriger le département de la Transition énergétique et du Développement durable est peut-être celui qui incarne le plus cette volonté de sécuriser l’approvisionnement en énergie du Royaume à travers la diversification des sources énergétiques. En effet, à la tête de ce ministère qui a changé d’appellation et d’orientation, Mme Benali qui est titulaire d’un doctorat en réformes électriques, a travaillé pour le compte de grands groupes pétroliers tels que le géant saoudien Aramco ou la Société d’Investissements Arabe de Pétrole (Apicorp), puis a exercé en tant qu’experte en énergies fossiles auprès de l’ONU et économiste en chef de l’International Energy Forum.

Ces nouveaux ministres placés à la tête des départements désignés par le Roi pour consolider la sécurité stratégique du pays, choisis pour leur expérience et leurs compétences reconnues dans leur domaine, constitueront le noyau dur du gouvernement qui sera chargé de conduire le Maroc vers son autonomie stratégique. L’autonomie stratégique recherchée, permettra d’affirmer la souveraineté, qui constituera à son tour une étape vers le statut de puissance ?

 







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