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Environnement

Conservation de la grande outarde : une bataille de longue haleine


Rédigé par O.S le Vendredi 22 Mai 2020

Grâce au confinement, la population marocaine de la grande outarde a joui d’excellentes conditions pendant sa saison de reproduction. Zoom sur une espèce qui a frôlé l’extinction.



Les mâles de la grande outarde font partie des oiseaux volants les plus lourds qui existent avec un poids qui peut atteindre les 18 kg
Les mâles de la grande outarde font partie des oiseaux volants les plus lourds qui existent avec un poids qui peut atteindre les 18 kg
Pour beaucoup d’amateurs d’ornithologie, la grande outarde est la plus fascinante des espèces d’outardes du Royaume. « C’est une espèce patrimoniale qui joue un rôle écologique important et qui en plus, peut générer des revenus indirects importants aux populations locales », explique Dr Imad Cherkaoui, ornithologue et président de l’association Nature Solution impliquée dans le plan d’action pour la conservation de la grande outarde développé par le Département des Eaux et Forêts. Le scientifique fait référence aux expériences de pays comme l’Espagne qui ont pu installer une vraie filière d’écotourisme basée sur la présence de la grande outarde. « L’espèce est encore assez abondante dans la péninsule ibérique avec une population estimée à quelque 10.000 individus. Chaque année, des milliers de naturalistes viennent du monde entier pour observer la grande outarde en Espagne. Comme la conservation de l’espèce dépend d’une agriculture traditionnelle qui proscrit l’emploi de produits chimiques, le pays a pu développer des produits de terroir labélisés « grande outarde » qui connaissent beaucoup de succès », souligne l’ornithologue.

Une espèce spectaculaire

« Les populations de la grande outarde fréquentent des sites spécifiques pendant la période de reproduction. Ces zones appelées « leks » sont le théâtre de danses nuptiales spectaculaires des mâles qui rivalisent pour attirer les femelles. Après la copulation les femelles se dispersent pour nidifier. Les leks se trouvent dans des terrains ouverts auxquels les populations de la grande outarde sont très fidèles. Les parades des mâles sont cependant très visibles ce qui les rend très vulnérables en période de reproduction », explique Dr Abdeljabbar Qninba, secrétaire général du Groupe de Recherche pour la Protection des Oiseaux au Maroc (GREPOM/BirdLife Maroc). « Nous avons malheureusement constaté ces dernières années la diminution des leks qui sont actuellement limités à deux sites au Maroc. Nous avons en revanche remarqué une augmentation du nombre d’oiseaux par lek », souligne Dr Qninba.

La contribution de Nature Solution

Élaboré par le Département des Eaux et Forêts, le plan national pour la conservation de la grande outarde s’appuie entre autres sur la collaboration de l’association Nature Solution qui est impliquée sur le terrain. « Notre projet a commencé en février 2019 grâce à un financement de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) dans le cadre du Programme de Petites Initiatives pour les Organisations de la Société Civile d’Afrique du Nord (PPI-OSCAN). Nous travaillons dans le cadre d’une convention qui nous lie avec le Département des Eaux et Forêts. C’est ainsi que nous avons pu participer aux campagnes de sensibilisation des populations locales qui sont fières d’être les seules en Afrique à héberger la grande outarde dans leur territoire. Nous avons également formé les écogardes locaux pour faire le suivi et la surveillance des deux leks. Nous les avons aussi équipés avec des dispositifs optiques pour l’observation », raconte Dr Imad Cherkaoui, président de Nature Solution.

Un défi de longue haleine

En plus de la splendeur et du potentiel de valorisation écotouristique de la grande outarde, le lancement du plan d’action pour sa conservation répond à un constat urgent : en 2016 l’étude sur l’état des lieux de l’espèce révélait que le nombre de ces oiseaux au Maroc ne dépassait pas les 50 individus. Le plan d’action pour la grande outarde va certainement nécessiter plusieurs années avant de donner ses fruits car l’espèce est caractérisée par sa longévité et ses petits ont également une maturité sexuelle tardive. Les gestionnaires aussi bien que les ornithologues gardent cependant l’espoir et œuvrent conjointement afin de voir la population de la grande outarde prospérer. « En plus d’une légère augmentation des individus, nous avons eu cette année une saison de reproduction qui s’est passée dans de très bonnes conditions car elle a coïncidé avec la période de confinement. Il est certain que le répit dont a pu jouir la population de la grande outarde impactera positivement les résultats de reproduction de cette saison», conclut Dr Imad Cherkaoui

3 questions à Zouhair Amhaouch, chef de la division des parcs et réserves

Zouhair Amhaouch
Zouhair Amhaouch
« Conserver la population qui existe afin qu’elle se rétablisse »

M. Zouhair Amhaouch, chef de division des parcs et réserves au Département des Eaux et Forêts, a répondu à nos questions à propos du plan d’action national de la grande outarde.

- Comment le plan d’action de la grande outarde a-t-il vu le jour ?
- Le plan d’action de la grande outarde est une composante de la stratégie du Département des Eaux et Forêts (DEF) pour la conservation des espèces menacées. Ce plan d’action a été lancé en 2016 dans le cadre d’un partenariat entre le DEF et le centre de coopération de l’IUCN pour la Méditerranée et avec la participation des scientifiques et d’ONG spécialisées dans le domaine de la conservation de la Nature.

- Quels sont les axes prioritaires du plan d’action?
- Il y a d’abord la surveillance et le contrôle grâce à des éco gardes recrutés par l’administration. Nous avons également déclaré la zone de présence de l’outarde comme réserve permanente de chasse, ce qui permet l’implication des amodiations de chasse dans la surveillance. Il y a aussi la sensibilisation des populations locales afin de leur permettre de contribuer dans la conservation. La recherche et le suivi scientifique se font sous forme de recensements annuels avec la participation des ONG et des scientifiques. Il y a enfin la surveillance de certaines menaces potentielles, notamment les collisions avec les infrastructures électriques. 

- Quel est la vision à long terme pour la grande outarde au Maroc?
- L’objectif est de conserver la population qui existe afin qu’elle se rétablisse dans le périmètre de son aire de répartition historique. Le deuxième point de la vision est de développer un partenariat gagnant-gagnant avec les populations locales pour faire de la grande outarde un vecteur de développement local à travers la mise en place d’une filière d’écotourisme et de birdwatching. 

Recueillis par O. A

 

Repères

L’outarde houbara convoité par les fauconniers
Partout où existe encore l’outarde houbara, des fauconniers issus de certains pays du Golfe finissent par rappliquer. Parfois, ces chasseurs ne manquent pas de commettre des actes de braconnage quand ils s’adonnent à leurs pratiques sans se conformer aux lois des pays où ils arrivent. Alors même qu’il est possible de chasser d’autres espèces moins menacées à l’aide d’oiseaux de proie, les fauconniers préfèrent l’outarde houbara qui est intimement liée à l’exercice ancestral de la fauconnerie dans les pays du Golfe.  
L’élevage de l’outarde houbara au Maroc
Il existe dans la région de Missour un projet d’élevage de l’outarde houbara, le « Emirates Center for Wildlife Propagation » (ECWP) qui a été fondé en octobre 1995 par le président des Emirats Arabes Unis le Cheikh Zayed Bin Sultan Al Nahyan. L’ECWP est organisé en un réseau de stations spécialisées sur deux zones d’intervention d’une superficie totale de plus de 75.000 km². Une partie des outardes élevées dans ce centre est relâchée régulièrement dans les régions d’Outat El Haj, de Mataarka, de Bouarfa, et de Tata.

  


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