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International

Conférence des parties de Sharm al-Sheikh : L’Afrique face aux promesses sans lendemain ?


Rédigé par Wolondouka SIDIBE Lundi 14 Novembre 2022

Le continent subit de plein fouet les conséquences du changement climatique alors qu’il contribue modestement aux émissions de gaz à effet de serre. C’est donc à juste raison que l’Afrique demande aux pays riches d’honorer leurs promesses pour l’aider à faire face à la dégradation environnementale. La COP27 sera-t-elle la bonne pour le continent ? Rien n’est moins sûr, à quelques jours de la fin de la Conférence des parties de Sharm al-Sheikh. Explications.



Alors que la COP27 a entamé, dimanche, sa deuxième semaine de discussions et de débats, la lancinante question de financement ou de la concrétisation des engagements pris lors des précédentes conférences des parties, reste toujours à l’ordre du jour. Du coup, l’on ne peut s’empêcher de se demander ce que peut attendre l’Afrique du rendez-vous de Sharm al-Sheikh ? Puisqu’entre 2015 et 2022, les attentes du continent en matière d’atténuation et d’adaptation aux changements climatiques ont nettement augmenté alors que les promesses initiales, elles, n’ont toujours pas abouti ou n’ont jamais été honorées.

A ce sujet, le Rapport national sur le climat et le développement (CCDR) du Groupe de la Banque mondiale, rendu public dernièrement, précise que si des mesures adéquates ne sont pas prises rapidement, environ 13,5 millions de personnes supplémentaires devraient, d’ici à 2050, basculer dans la pauvreté dans les cinq pays du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad).

Cette tendance est confirmée par une récente publication du Comité inter-États de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS, 2022), selon laquelle le nombre de personnes en situation de crise ou pire (CH Phase 3 ou supérieure) en Afrique de l’Ouest et au Sahel est passé de moins de 10 millions en 2016 à près de 38,2 millions en 2022 dans 17 pays CILSS/CEDEAO couverts par l’étude. Ce qui fait dire à Abdoulaye Mohamadou, Secrétaire exécutif du Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel, que «les chocs climatiques d’une ampleur inédite (sécheresses successives, tempêtes tropicales) qui ont frappé l’Afrique, notamment la Corne de l’Afrique et l’Afrique australe, viennent mettre en évidence l’urgence d’agir pour soutenir la résilience africaine face aux défis de l’adaptation et de l’atténuation des effets du changement climatique».

Trouver des financements adéquats

Qualifiée de COP d’Afrique, tout doit être fait pour qu’enfin le continent puisse accéder aux fonds. Selon cet autre expert, pour qu’elle soit couronnée de succès, la COP27 devra répondre aux besoins de l’Afrique, le continent le plus vulnérable au climat de la planète. Car la priorité absolue pour l’Afrique est de trouver des financements pour des actions d’adaptation climatique. En effet, les avancées et la transparence sur l’accord de la COP26 consistant à multiplier par deux le financement international de l’adaptation d’ici 2025, en l’intégrant aux programmes nationaux des plus vulnérables, seront donc essentielles au succès de la COP27.

D’ailleurs, l’Afrique a élaboré un plan d’adaptation audacieux, dirigé par l’Afrique et qui lui appartient. Il s’agit du Programme d’accélération de l’adaptation en Afrique (AAAP). Il est question ici de garantir la pleine capitalisation des fonds de la fenêtre d’action climatique du FAD (Fonds africain du développement) pour l’AAAP et de la faciliter en amont de l’AAAP de 250 millions de dollars avant la COP27. Celui-ci sera donc une contribution importante au succès de la prochaine «COP africaine».

La concrétisation de ces éléments permettrait de doubler les efforts en matière d’adaptation lors de la COP27, soutiennent des participants. Dans son analyse, Abdoul Salam Bello, Administrateur du Groupe Afrique II au Conseil d’administration du Groupe de la Banque Mondiale, Washington, relève que les pesanteurs du contexte international, marqué par la guerre en Ukraine, sont venues s’ajouter aux défis déjà existants. Puisque ledit conflit a ainsi accru les risques d’insécurité alimentaire dans plusieurs régions du continent. Selon les chiffres des Nations Unies, environ 41 millions de personnes se trouvent aujourd’hui en situation de vulnérabilité alimentaire en Afrique.

Cette situation fait que l’Afrique est à un moment charnière. En effet, la reprise après les chocs économiques et sanitaires de la pandémie de la Covid-19, qui a plongé plus de 25 millions de personnes dans la pauvreté, est encore partielle. Le continent, qui importe plus de 80% de ses denrées alimentaires, subit aujourd’hui de plein fouet les retombées du conflit ukrainien, qui a bouleversé l’approvisionnement alimentaire mondial et secoué les prix.

Faire preuve de solidarité

Cette situation suscite l’insécurité alimentaire et provoque des développements humanitaires dans toute l’Afrique, puisque les dépenses alimentaires représentent 75% du revenu des groupes les plus pauvres d’Afrique, alors que plus d’un cinquième de tous les Africains sont déjà victimes d’insécurité alimentaire. Il est donc urgent de capitaliser le Programme d’accélération de l’adaptation en Afrique, lancé l’année dernière.

Il a été réaffirmé par les dirigeants africains, la direction de l’Union Africaine et de la Banque africaine de développement comme l’effort d’adaptation phare du continent et le véhicule de mise en oeuvre de l’Initiative pour l’adaptation en Afrique (AAI). L’Afrique a un déficit de financement en matière d’adaptation de 41 milliards de dollars par an et aucun autre programme ne peut se comparer à l’ambition des 25 milliards de dollars de l’AAAP, qui permet déjà d’agir sur le terrain à grande échelle pour catalyser une transformation résiliente.

Si le volume financier de l’AAAP a déjà été capitalisé à hauteur de la moitié, la COP27 devra être l’occasion pour la communauté internationale de faire preuve de solidarité avec les efforts d’adaptation audacieux du continent le plus vulnérable du monde en comblant le besoin en ressources non encore satisfait pour les actions climatiques du Fonds africain de développement. Enfin, au-delà de l’accompagnement de la communauté internationale, des mesures et des décisions sont nécessaires au plan continental.

À cet égard, comme l’indique un analyste, la Zone de libre-échange continentale (ZLECAF) offre une véritable opportunité de bâtir des économies africaines plus résilientes et mieux adaptées aux défis du changement climatique. Inutile donc de rappeler que le monde doit accompagner les efforts de l’Afrique dans cette direction.



Wolondouka SIDIBE


Bon à savoir
 
Le développement le plus significatif pour l’adaptation lors de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques à Glasgow (COP26) s’est traduit par un nouvel engagement destiné à mettre le financement international de l’adaptation sur un pied d’égalité avec l’atténuation. La concrétisation de l’accord de la COP26 pour que les nations développées doublent le financement de l’adaptation d’ici à 2025 n’est pas seulement un élément essentiel pour exploiter tout le potentiel des mesures d’adaptation en Afrique et dans le monde.

Il s’agit également d’un facteur décisif pour restaurer la confiance envers la coopération internationale afin de lutter contre le dérèglement climatique dans un contexte marqué par un réchauffement et des impacts climatiques de plus en plus rapides et par l’aggravation des injustices mondiales. Un plan de mise en oeuvre autonome et transparent témoignant des progrès accomplis vers l’objectif de multiplication par deux en 2025, et démontrant notamment que des fonds sont alloués à des programmes nationaux, en particulier dans le cadre de l’AAAP de l’Afrique, constituerait un résultat puissant pour la COP27 à Sharm-al-Sheikh.
 



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