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Actu Maroc

Compétitivité logistique : Le Maroc à la croisée des chemins


Rédigé par Abdellah MOUTAWAKIL le Jeudi 30 Septembre 2021

Flambée des tarifs d’importations de marchandises par conteneurs, rétorsions de visas par la France qui impactent les professionnels du TIR (Transport International Routier) : la compétitivité logistique du Maroc est mise à rude épreuve. Mais c’est en même temps une opportunité pour le Royaume de mieux se positionner sur la carte du commerce mondial.



Derb Omar, dans la capitale économique Casablanca, comme dans tous les grands marchés du Royaume, c’est l’incompréhension qui prévaut. De mémoire, jamais une flambée des prix d’importations de marchandises n’avait été observée au Maroc. De 40.000 dirhams, le tarif d’importation d’un conteneur de 40 pieds en provenance de la Chine est passé à environ 200.000 dirhams.

« Le plus grave dans cette histoire, c’est que la valeur de la marchandise importée dans un conteneur ne dépasse pas 100.000 dirhams, alors que le transport à lui seul coûte le double», observe un professionnel du secteur maritime. Effet domino oblige, quasiment tous les prix ont connu une hausse sur le marché, non sans impacter le pouvoir d’achat du consommateur final.

Facture Covid

Cette flambée des tarifs d’acheminement des conteneurs n’est pas le cas exclusif du Maroc. C’est toute la planète qui continue de payer la facture de la crise économique provoquée par le Covid-19. Lors du confinement spectaculaire de plus de la moitié de la population mondiale au printemps 2020, au plus fort de la crise sanitaire, le commerce international a connu un coup de frein.

Conséquence : des millions de conteneurs qui avaient quitté « l’usine du monde », à savoir la Chine, sont restés bloqués à l’extérieur pendant plusieurs mois. A la reprise des transactions, priorité a été donnée par les armateurs mondiaux aux destinations les plus rentables. Et c’est tout naturellement que les Etats-Unis ont constitué le cap le plus intéressant pour le trafic de conteneurs, aux côtés de l’Europe.

Baisse attendue des tarifs

Des destinations secondaires comme le Maroc (comparé aux marchés américain et européen) en paient les frais, car ne trouvant que difficilement des conteneurs qui leur sont destinés. « Pire, quand le conteneur en provenance de la Chine vient au Maroc, il repart vide. Pour les armateurs, ce n’est pas du tout rentable. Ils ont préféré regarder ailleurs », fait-on savoir chez les professionnels du transport maritime.

Ces derniers estiment toutefois que cette situation ne va pas durer, et s’attendent à une baisse prochaine des tarifs. Mais, pour l’heure, la Chine laisse faire car cela ne menace pas encore sa compétitivité. Du côté des commerçants marocains, on peine de plus en plus à supporter la facture. Nombreux sont obligés d’arrêter les importations, en attendant une éclaircie. Ces derniers vivent cette situation depuis au moins 4 mois !

Le TIR freiné

D’autres acteurs sont également dans la tourmente depuis au moins un an. Il s’agit des conducteurs du Transport International Routier (TIR). Le mardi 28 septembre, le porte-parole du gouvernement français, Gabriel Attal, a enfin dit tout haut ce qui était déjà constaté depuis au moins un an : la politique de rétorsion de visas appliquée par la France à l’égard du Maroc.

Les professionnels du TIR en sont parmi les premières victimes. Voilà plusieurs mois qu’ils n’arrivaient plus à obtenir de visas pour acheminer leurs cargaisons à destination de la France. Les différentes lettres adressées aux autorités marocaines n’y ont rien fait.

« Le développement du TIR est freiné. Le problème est qu’avec cette politique de restriction sur les visas, aussi bien le Maroc que ses partenaires européens vont en payer le prix. Nous constituons un élément d’un puzzle dans lequel chacun est indispensable», fait-on savoir auprès des transporteurs marocains.

A ce propos, il est à noter que, chaque année, près de 400.000 traversées à destination de l’Europe sont effectuées par les professionnels du TIR. C’est dire l’interconnexion avec les voisins du Nord.

Déclic

Une interconnexion qui doit enfin pousser le Maroc à se positionner comme une destination incontournable de la chaîne de production mondiale. Les difficultés d’importation de conteneurs depuis la Chine, combinées au blocage des conducteurs du TIR, doivent sonner comme une alerte, mais aussi marquer le déclic pour qu’enfin le Maroc tire pleinement profit de son potentiel stratégique pour passer d’un acteur qui subit les méfaits du commerce mondial et des humeurs de son voisinage, à un acteur de régulation et de sécurité des échanges globaux.


Abdellah MOUTAWAKIL

 

Repère

Tarif des conteneurs : La Chine et les États-Unis s’en mêlent
Au début de l’automne 2020, les trois alliances ont été contraintes de s’expliquer sur leur offre et leur prix. À l’instar de la Federal Maritime Commission aux États-Unis (FMC), le ministère des Transports en Chine a rencontré les principaux transporteurs de la ligne régulière. Parmi les points abordés, fixation des prix et gestion des capacités dans le Transpacifique.

Comme les coûts de fret ont continué à augmenté, le président des Etats Unis d’Amérique a exhorté le FMC (09 juillet 2021) à “prendre toutes les mesures possibles pour protéger les exportateurs américains des coûts élevés imposés par les transporteurs maritimes» et à «réprimer les frais injustes et déraisonnables». Les consignes portent sur deux axes.

Le premier, sur la mise en place d’un programme d’audit des armateurs au moyen de la Commission Maritime Fédérale des États-Unis pour vérifier la conformité de leur pratique avec le «United States Code, U. S., y compris les pratiques liées à la facturation, les procédures d’appel, les pénalités imposées par les lignes et d’autres pratiques restrictives.

Le second sur les actions à prendre en urgence pour mettre un terme à la surchauffe des coûts de fret aux États-Unis.

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Importations


La Turquie prend le relais de la Chine
 
La cherté des coûts d’importations depuis la lointaine Chine fait des heureux, à commencer par la Turquie. « Désormais, les commerçants marocains préfèrent acheter de la Turquie, car c’est un marché plus proche, bien que les produits turcs soient plus chers que ceux en provenance de la Chine », note un professionnel du trafic maritime.

Mais pour autant, cela ne résout pas toujours le problème, qui est beaucoup plus complexe, car il ne s’agit pas de disponibilité des produits, mais bien de conteneurs et de bateaux pour les charger pour ensuite les transporter.

La seule solution qui s’offre au Maroc, mais qui tarde malheureusement à être opérationnelle, c’est la relance du pavillon national. Voilà bientôt une décennie que ce pavillon a complètement coulé et dont l’absence coûte énormément en pertes de devises à l’économie nationale, dont 85% des échanges extérieurs se font par voie maritime.

France-Maroc


Rétorsions de visas : des négociations en cours pour débloquer le TIR
 
En dépit de l’annonce du gouvernement français, des négociations sont en cours pour débloquer la situation, surtout pour les professionnels du Transport International Routier (TIR). Ces négociations, à en croire des sources au fait du dossier contactées par « L’Opinion », « sont menées avec les autorités françaises, via l’intermédiaire de partenaires privés français ».

Pour l’heure, aucune issue ne semble se dessiner à l’horizon. Pour les professionnels du TIR, la principale attente envers le prochain gouvernement consiste à obtenir des accords non pas bilatéraux avec chacun des pays européens, mais de parvenir à la conclusion d’un accord global avec l’Union Européenne elle-même.

« Cela nous évitera de subir des tracasseries selon les humeurs de tel ou tel pays », indique un chauffeur professionnel. Une chose est sûre : les autorisations et visas nécessaires pour les transporteurs constituent un véritable moyen de pression exercé sur les opérateurs marocains, surtout lorsque la concurrence est directe avec un pays de passage obligatoire comme l’Espagne.

Depuis un an, les transporteurs marocains souffrent énormément pour l’obtention des autorisations de voyage. De moins de 5 jours, la durée de la procédure pour le visa Schengen leur a été rallongée de trois semaines. Pendant ce temps d’attente, c’est le chômage technique pour les conducteurs !

 

Délocalisation


Une opportunité pour le Maroc
 
La crise du Covid a fait prendre conscience, aux Européens et aux Américains, que «l’usine chinoise» n’est pas sans risques pour la sécurité en approvisionnement. Partout, le cap est désormais mis sur l’autonomie en termes de production. C’est notamment le cas en Europe, où plusieurs secteurs autrefois délocalisés connaissent un mouvement de rapatriement. Mais face à la cherté des coûts de production, cette politique atteint déjà ses limites.

Des destinations de proximité émergent, à l’instar du Maroc, idéalement situé, aussi bien pour satisfaire les demandes des économies européennes qu’américaines. C’est donc le moment pour le Maroc de se positionner comme une alternative à la délocalisation de proximité et qui permettra la sécurité du commerce international. Dans une certaine mesure, le Royaume peut prétendre être une alternative à la Chine, en attirant des délocalisations européennes et américaines.

La main d’oeuvre bon marché constitue, dans ce sens, un important atout à mettre en avant, d’autant plus que celle-ci s’est nettement renchérie dans la plupart des grands pôles chinois de production. Ce qui a d’ailleurs obligé la Chine elle-même à délocaliser une partie de ses industries dans son voisinage asiatique immédiat…

Pour le Maroc, la position géographique, idéale, aux carrefours des routes maritimes, en face de l’Europe et porte d’entrée pour l’Afrique, continue de jouer en sa faveur. « Dans les deux prochaines années, il faut impérativement concrétiser cette avancée pour mettre le pays à l’abri des fluctuations du commerce mondial, mais aussi le positionner comme un acteur déterminant de ce commerce », souffle un expert maritime. « C’est le moment de placer l’offre marocaine car elle devient recevable. Le Maroc peut devenir un volant de services », conclut notre interlocuteur.