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Actu Maroc

Ce préscolaire dans lequel tout reste à faire


Rédigé par Oussama Abaouss le Vendredi 18 Juin 2021

Le rapport présenté par le groupe de travail thématique chargé de l’évaluation des politiques publiques sur l’enseignement préscolaire fait état d’un secteur qui a besoin d’une profonde réforme.



Après plus de deux ans de besogne, le groupe de travail thématique chargé de l’évaluation des politiques publiques sur l’enseignement préscolaire a enfin présenté son rapport, mardi 15 juin, à la Chambre des Représentants. Les conclusions présentées en séance plénière se fondent sur un travail d’analyse et de terrain dans lequel les parlementaires du groupe ont été amenés à rencontrer diverses parties prenantes et à visiter une trentaine d’établissements préscolaires dans les régions de Rabat-Salé-Kénitra, l’Oriental, Dakhla-Oued Ed- Dahab et Casablanca-Settat. Dans leurs interventions, les divers membres du groupe thématique ont tous mis l’accent sur l’importance pour notre pays de réussir à mettre en place un enseignement préscolaire généralisé, inclusif et de qualité. Si plusieurs efforts entrepris dans le Royaume dans ce domaine durant les deux dernières décennies ont été salués, le groupe de travail n’a cependant pas manqué de pointer plusieurs dysfonctionnements, carences et problématiques qui empêchent l’atteinte des objectifs assignés et qui imposent une réforme en profondeur du secteur.

Disparités territoriales
 
Les parlementaires ont souligné qu’avant les années 2000, l’enseignement préscolaire souffrait d’un manque d’accompagnement qui a entravé son développement. Le groupe de travail a cependant évoqué l’impulsion donnée par la Charte Nationale d’Éducation et de Formation, qui a constitué une étape importante vers la mise en place d’un système éducatif, au sein duquel l’enseignement préscolaire occupe une place primordiale. Les parlementaires ont toutefois fait état de disparités territoriales considérables et toujours d’actualité aussi bien en termes de financement qu’en termes de ressources humaines. Ils ont de ce fait insisté sur la nécessité de mettre en place un cadre pédagogique adéquat, qui couvre les méthodes d’enseignement, les normes de qualité, la formation des éducateurs, la parité et l’égalité territoriale, afin de rehausser le niveau de cet enseignement dans toutes les régions du Royaume.

Cadre légal et gouvernance

Précisant que l’enseignement préscolaire fait intervenir trois ministères différents (Habous, Education nationale et Jeunesse et Sport), le rapport du groupe thématique a préconisé de confier la gestion de ce secteur au seul ministère de l’Éducation. Le document a également souligné la nécessité d’accélérer la promulgation des textes juridiques et réglementaires relatifs à la loi-cadre 51-57, notamment la loi relative à l’enseignement scolaire, ainsi que la modification du décret 2.02.382 relatif aux attributions et à l’organisation du ministère de l’Éducation nationale en vue d’accompagner la répartition des nouvelles tâches entre les différents niveaux du système d’éducation. Le rapport a par ailleurs appelé à inclure d’autres parties prenantes dans l’effort national de généralisation et de développement de l’enseignement préscolaire dans le cadre de l’activation de la loi-cadre 51.17 et du Programme national de généralisation et de développement de l’enseignement primaire.

Le cap fixé à l’horizon 2028

Le groupe de travail thématique chargé de l’évaluation des politiques publiques sur l’enseignement préscolaire a estimé le budget pour la généralisation de l’enseignement préscolaire, entre 2018 et 2028, à près de 30,22 milliards de dirhams. Ce chantier ne pourra cependant aboutir que suite à l’élaboration d’un « cadre juridique et financier pour la catégorie des éducateurs qui garantit leurs droits matériels et moraux et identifie la partie responsable de sa gestion, ainsi que leur sélection selon des conditions appropriées leur permettant d’appréhender les programmes et de bien interagir avec le programme d’éducation ». Le rapport appelle aussi à la mise en oeuvre d’un cadre juridique pour la formation de base des éducateurs de l’enseignement préscolaire, à l’instar des autres cadres, tout en établissant des partenariats nationaux et internationaux avec des institutions et des associations de l’enseignement primaire afin d’échanger les expériences pour développer l’enseignement préscolaire, en particulier, et le système d’éducation et de formation, en général.
Oussama ABAOUSS

Repères

Intégration d’enfants issus de la migration
Le rapport a recommandé la nécessité d’élaborer un guide pédagogique pour l’éducation inclusive des enfants des immigrés et des réfugiés dans le système préscolaire. Le groupe de travail thématique sur l’enseignement préscolaire a par ailleurs recommandé l’élaboration d’un manuel en leur faveur et de revoir les livres d’enseignement afin de les harmoniser avec la perspective éducative de cette catégorie et de développer un plan pour former les éducateurs à l’éducation inclusive des immigrants et des réfugiés.
Standards de qualité
Le rapport s’attèle aussi aux structures et aux équipements, préconisant la réhabilitation des salles dédiées à l’enseignement préscolaire dans les écoles publiques, afin qu’elles soient conformes aux normes de qualité de l’enseignement primaire. Le rapport insiste pour fournir les garanties légales de mise en oeuvre des standards de qualité en matière logistique, pédagogique, sanitaire, éducative et de sécurité pour la gestion des salles et la priorisation de la réalisation des objectifs du Programme national pour les établissements du monde rural.

Gouvernance

Développement d’une synergie transparente et multi-acteurs
Le rapport présenté mardi 15 juin par le groupe de travail thématique chargé de l’évaluation des politiques publiques sur l’enseignement préscolaire n’a pas manqué de mettre en avant la nécessité de développer un cadre organisé et spécifique pour le rôle de la société civile dans l’enseignement primaire et déterminer la responsabilité de l’État, ainsi qu’un cadre réglementaire qui définit l’intervention des associations de parents et tuteurs d’élèves. Il a par ailleurs recommandé de faire adhérer les acteurs intéressés, compétents et expérimentés au développement des compétences pédagogiques pour travailler avec les associations spécialisées, en plus de promouvoir la contribution des entreprises à ce chantier à travers des mécanismes de parrainage et de suivi. Le groupe de travail thématique chargé de l’évaluation des politiques publiques sur l’enseignement préscolaire a également souligné la nécessité de fournir toutes les données financières relatives aux contributions de tous les intervenants et contributeurs au programme national afin d’améliorer la transparence et de faciliter les processus de suivi et d’évaluation, ainsi que pour allouer davantage de fonds à la promotion de l’enseignement préscolaire à partir du budget du ministère de l’Éducation nationale pour assurer la réalisation des objectifs escomptés et activer le Fonds spécial d’aide à l’éducation prévu par la loi-cadre, en dédiant une partie importante des ressources de ce dernier à la promotion de l’enseignement préscolaire.

3 questions à Adil Joundy, vice-président de l’AMCP

« L’investissement devra être massif dans la formation et le recrutement des ressources humaines »
 
Membre du Bureau de l’Association Marocaine des Crèches Privées (AMCP), Adil Joundy répond à nos questions sur les recommandations du groupe de travail qui s’est penché sur le secteur préscolaire.

- Le groupe de travail thématique a recommandé de regrouper le secteur préscolaire sous l’égide de l’Éducation nationale. Qu’en pensez-vous ?
- C’est une recommandation très pertinente. C’est d’ailleurs une demande que nous avons portée au niveau de notre association depuis longtemps.Mettre le préscolaire sous la seule tutelle du ministère de l’Éducation permettra de mieux reconnaître le statut des éducateurs préscolaires et simplifiera grandement la gestion du secteur.

- Il est également question d’homogénéiser le cadre pédagogique préscolaire. Vous souscrivez à cette recommandation ?
- C’est également une très bonne idée, mais tout dépendra de la façon avec laquelle elle sera mise en oeuvre. Je pense que le plus important est d’uniformiser la posture de l’éducatrice/ éducateur au niveau national. L’idée est de garantir des formations pour qu’ils puissent disposer d’une approche pédagogique bienveillante et professionnelle. Ce n’est que de cette manière que l’on pourra aider les ressources humaines qui sont directement impliquées au quotidien avec les enfants à s’outiller pour mieux interagir avec les petits. C’est, à mon sens, fondamental. Concernant les contenus pédagogiques, je pense qu’il faudrait quand même laisser une certaine marge de liberté aux établissements qui veulent expérimenter des approches peut-être différentes mais tout aussi valables. Cela dit, rien n’empêche que ces approches soient soumises à la validation des autorités concernées.

- L’ambition affichée actuellement est de réussir la généralisation du préscolaire à l’horizon 2028. Pensez- vous que ce soit faisable ?
- C’est un vrai défi. Le chantier est énorme et prendra du temps. Mais force est de constater que les choses avancent. Pour relever ce défi, je pense que l’investissement devra être massif dans la formation et le recrutement des ressources humaines. L’idéal serait de recruter les meilleurs profils dans le cadre d’une école d’élite pour ensuite former des formateurs. C’est comme ça que d’autres pays ont pu y arriver.
Recueillis par O. A.