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Monde

Business : L’or noir en paquets d’actions


Rédigé par La rédaction le Mardi 5 Novembre 2019

Saudi Aramco, la très attendue plus grande entrée mondiale en bourse le mois prochain

La prochaine entrée en bourse d’Aramco, la compagnie nationale saoudienne d’hydrocarbures, a enflammé les médias. Annoncée depuis 2016, la cession de 5% du capital du géant pétrolier a été autorisée, le 3 novembre, par le Capital Market Authority, le régulateur du marché boursier saoudien.



Faire comme les Norvégiens et se doter d’un fonds souverain pour financer la diversification de l’économie saoudienne, dans la perspective de l’après-pétrole, telle est l’ambition de Mohamed Ben Salmane (MBS), prince héritier d’Arabie saoudite.
Son programme de réformes économiques, baptisé « Vision 2030 », comporte, entre autres projets, l’édification de « Neom », ville futuriste de standard « 5G » au bord de la Mer rouge pour la bagatelle de 500 milliards de dollars.

Joyau d’Arabie

Et pour ce faire, l’Arabie saoudite compte partiellement privatiser Saudi Aramco, valorisée par les experts entre 1.500 et 1.700 milliards de dollars, alors que MBS en voulait, initialement, 2.000 milliards. Saudi Aramco, c’est le joyau d’Arabie, l’entreprise la plus rentable au monde, qui a réalisé 111 milliards de dollars de profits, en 2018. Soit plus que les bénéfices combinés d'Apple, de Google et d'Exxon Mobil. La compagnie saoudienne produit, en effet, 10% du pétrole extrait sur la planète et dispose des plus grandes réserves mondiales d’or noir, 260 milliards de barils.

2% du capital d’Aramco sera écoulé sur le marché boursier saoudien Tadawul, au mois de décembre de l’année en cours. La cession des 3% destinés à l’international est programmée pour 2020, sans que l’on sache encore sur quelle place boursière l’opération sera menée.

Combien pour Saudi Aramco ?

Insatisfaite du chiffre de la capitalisation d’Aramco proposé, après contact des banquiers avec des investisseurs potentiels, l’Arabie saoudite avait déjà reportée, l’année dernière, son introduction en bourse. Sauf que le déficit budgétaire saoudien ne cesse de s’aggraver, depuis la chute des cours du pétrole, en 2014, et doit même atteindre 44,7 milliards d’euros, en 2020, soit 6,5% du PIB. Le royaume saoudien, dont l’économie est très dépendante des recettes pétrolières, ne peut plus se permettre de garder la barre de la capitalisation d’Aramco aussi haut qu’il l’espérait. Pour séduire les investisseurs, Ryad va jusqu’à promettre des dividendes annuels de 75 milliards de dollars.

Après s’être extasiés sur « ce qui sera la plus importante entrée en Bourse au monde » (dixit Bloomberg), les médias occidentaux ont pas mal ergoté sur les raisons qui ont poussé les pouvoirs saoudiens à temporiser la cotation d’Aramco sur une bourse étrangère.

Risque géopolitique

Cela va de la scandaleuse affaire de l’assassinat du journaliste saoudien Khashoggi dans le consulat de son pays, en octobre 2018, en Turquie, qui aurait fait fuir les investisseurs, jusqu’aux exigences élevées de transparence comptable sur les places financières internationales, mais le facteur de l’instabilité géopolitique est éludé en une phrase ou deux, comme pour l’exorciser.

L’attaque de drones du 14 septembre 2019 contre les installations d’Aramco à Abqaiq et à Khurais, soustrayant 5,7 millions de barils par jour des marchés, soit 50% de la production pétrolière du royaume saoudien, a, pourtant, introduit un facteur risque qui est venu perturber tous les calculs.

Le jour du baptême boursier du géant pétrolier, attendu le mois prochain, la production ne serait pas encore entièrement rétablie sur le méga-site pétrolier d’Abqaiq, espérée au mieux en mars 2020.

Par la priorité accordée au Tadawul, le marché boursier saoudien, les promoteurs de l’opération escomptent surtout envoyer un signal positif aux investisseurs étrangers, les investisseurs institutionnels et grandes fortunes saoudiennes étant invités à enflammer les enchères en s’arrachant les actions d’Aramco.

Rassurer pour valoriser

Mais avec la menace des drones houtis, au Sud, et celle des missiles iraniens, à l’Est, la meilleure manière pour l’Arabie saoudite de rassurer les investisseurs étrangers et de valoriser, ainsi, au mieux le cours escompté les titres d’Aramco, reviendrait, pour Ryad, à éteindre l’incendie au Yémen et à trouver un modus vivendi avec Téhéran.
C’est peut être même là l’augure d’une fin prochaine du conflit armé sur le flanc Sud du Royaume saoudien. Ryad n’en doit pas moins se doter de batteries de défenses contre-aériennes plus efficaces que le Patriot Pac2, incapable de « voir » passer des drones. Mais c’est là un tout autre sujet.
Ahmed NAJI

​Neom, oasis futuriste d’Arabie

Bien plus qu’une méga-cité «3.0» s’étendant sur 26.500 kms2 au bord de la Mer rouge, Neom (du grec « néo », avenir, et de l’arabe « mostaqbal », futur) est le rêve du Prince Mohamed Ben Salman pour une Arabie Saoudite futuriste.

Selon l’étude élaborée à ce sujet par Boston Consulting Group, McKinsey & Co et Oliver Wyman. Pluies artificielles pour l’irrigation de champs agricoles, taxis volants, fausse lune en guise d'attraction touristique, plage qui « brille dans la nuit », dinosaures robots pour divertir les visiteurs, feront de Neom une utopie techno-urbanistique avant-gardiste.

La première partie des travaux prendrait fin en 2025, la mégapole à 500 milliards de dollars devant accueillir un million de citoyens et 5 millions de touristes en 2030.  

Saudi Aramco

Le 29 mai 1939, Ryad signe un accord de concession avec Standard Oil of California pour des prospections pétrolières en Arabie saoudite. Les premiers forages sont effectués, en 1935, et le premier puits rentable est découvert, en 1938. L’Arabie saoudite devient exportatrice de pétrole, en 1939. La compagnie est baptisée, en 1944, Arabian American Oil Company (Aramco). En 1972, 25% d’Aramco passe sous contrôle saoudien, une part portée à 60%, en 1973. En 1980, l’entreprise est entièrement nationalisée et devient Saudi Aramco, en 1988.

 

Fragile gigantisme

L’usine de conditionnement de pétrole et de gaz d’Abqaiq, la plus grande du monde, traite 6,8 millions de barils de pétrole brut par jour, extraits du plus grand gisement de pétrole au monde, « Ghawar ». Y transitent, par ailleurs, plus des deux tiers de toute la production saoudienne de pétrole et de gaz. La frappe de drones supposés êtres houthis du 14 septembre 2019 a entraîné l’arrêt de la production sur ce site. Le coût des réparations, qui devront durer 7 à 8 mois, est estimé entre 1,5 et 2 milliards de dollars.
 

14 septembre, le 11 septembre saoudien

Ce jour là, quelques dizaines de drones, peut autre aussi des missiles de croisière volant à basse altitude, toujours aucune information exacte à ce sujet, s’abattent sur les deux plus importantes installations pétrolières d’Arabie saoudite. Résultat ; réduction des livraisons de pétrole à des clients étrangers et aux raffineries saoudiennes. Le plus grand exportateur de pétrole au monde a même dû acheter de l’essence et du kérosène sur les marchés internationaux. Les défenses aériennes saoudiennes se sont avérées totalement inefficaces.