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Bassin de Guir-Ziz-Rhéris: Les averses orageuses tardives ressuscitent Oued Ziz


Rédigé par Oussama ABAOUSS le Dimanche 5 Juin 2022

Des inondations importantes ont été enregistrées il y a quelques jours au niveau du bassin hydraulique de Guir-Ziz-Rhéris suite à des précipitations orageuses intenses.



Depuis plusieurs années déjà, les régions Sud du Royaume connaissent une intensification des précipitations orageuses tardives. Bien que salvatrices pour la recharge des nappes phréatiques, ces pluies causent parfois des inondations dangereuses puisque l’augmentation des volumes d’eau dans les oueds se fait d’une manière fulgurante et peut occasionner des crues mortelles. C’était notamment le cas en août 2019, lorsque la crue subite d’une rivière dans la région de Taroudant avait causé plusieurs morts.

Du 28 au 30 mai, une autre inondation - similaire d’un point de vue météorologique - a été enregistrée au niveau du bassin de Guir-Ziz-Rhéris.

Relayant cette information sur les réseaux sociaux, le ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, M. Mohammed Sadiki, a précisé que « le Sud-Est du Royaume a connu des orages et pluies fortes qui ont conduit à l’inondation de Oued Ziz et Oued Ghir, ainsi que plusieurs affluents, ce qui améliorera le taux de remplissage des barrages Al-Hassan Addakhil et de Kaddoussa ».

10 millions de m3 en 48 heures

Les vidéos qui ont accompagné la publication du ministre de l’Agriculture montrent effectivement les berges inondées de plusieurs oueds qui sont pourtant situés dans un bassin versant parmi les plus touchés par la pénurie pluviométrique.

Dans de précédentes déclarations, M. Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’Eau, avait ainsi annoncé qu’au cours de ces dernières années, plusieurs bassins-versants ont été touchés par l’insuffisance des précipitations, « en particulier le bassin-versant « Guir-Ziz-Rhéris » qui a accumulé un déficit compris entre 30 et 50% ».

En revenant aux statistiques sur la situation des barrages, il est toutefois possible de constater que les inondations dont les images ont été relayées par le ministre de l’Agriculture ont effectivement permis d’augmenter la réserve du barrage Al-Hassan Addakhil. En 48 heures, le taux de remplissage du barrage est ainsi passé de 16,1% (le 29 mai) à 19,2% (le 31 mai). C’est-à-dire que la réserve d’eau de l’ouvrage est passée durant ce laps de temps de 50,2 millions de m3 à plus de 60 millions de m3.

Pas de dégâts humains

Si cet épisode a été marqué par des inondations importantes, nos sources dans la région soulignent cependant que le phénomène n’a pas occasionné de pertes humaines alors que les « dégâts matériels étaient limités ». Ce bilan positif s’explique à travers les diverses mesures mises en place par les autorités locales grâce notamment à l’apport du nouveau système d’alerte lancé récemment par la Direction de la Météorologie Nationale.

« Effectivement, le nouveau système de prévision et de vigilance météorologiques décliné à l’échelle de la commune, mis en place par la Direction Générale de la Météorologie en partenariat avec la Direction Générale de la Protection Civile (DGPC) et la Direction Générale de l’Hydraulique, permet l’élaboration de prévisions et d’alertes à des échelles spatio-temporelles encore plus fines. Il répond ainsi aux besoins des décideurs à l’échelle locale de la commune grâce à la mobilisation des ressources humaines hautement qualifiées et des capacités de calcul performantes », nous confirme la Direction de la Météorologie.

Mieux prévenir que guérir

Ainsi, les alertes précoces ont permis d’anticiper le phénomène météorologique au niveau local, assurant par là même une « mobilisation efficace des ressources et la prise de décisions proactives pour réduire les répercussions ». Cela dit, les aménagements des infrastructures autant que les constructions dans des régions arides et semi-arides sont le plus souvent réalisés sur la base de données qui ne prennent pas toujours en compte l’avènement et l’intensification de ces phénomènes météorologiques extrêmes.

Contacté par nos soins, un expert en changement climatique confirme que « l’intégration des impacts des changements climatiques dans les politiques d’aménagement du territoire est au coeur même des efforts qui doivent être mis en place pour construire une véritable résilience aux effets extrêmes des phénomènes climatiques ».

En attendant, si plusieurs enseignements ont manifestement été tirés des catastrophes qui ont eu lieu il y a quelques années, « la saison des précipitations orageuses ne fait que commencer, et la vigilance reste de rigueur », conclut la même source



Oussama ABAOUSS

Repères

Le taux de 2021 dépassé
Les précipitations orageuses enregistrées il y a quelques jours au niveau du bassin hydraulique de Guir-Ziz-Rhéris ont permis au barrage Al-Hassan Addakhil d’augmenter sa réserve qui a atteint 19.2% et a ainsi dépassé le taux de remplissage enregistré au niveau du même site à la même date de l’année dernière (estimé à 18.6%). Les eaux des pluies orageuses permettront de recharger partiellement la nappe phréatique de la région, surtout au niveau des zones caractérisées par un coefficient d’infiltration important.
 
Un géant endormi
Oued Ziz prend sa source dans le Haut-Atlas oriental et s’écoule sur près de 280 km en creusant son lit dans les roches de la montagne en créant d’impressionnants paysages avec une puissance exceptionnelle qui est par ailleurs décuplée pendant les crues. Le lit de Oued Ziz serpente vers l’Est puis aux environs de Rich pour ensuite virer au Sud en traversant l’immense palmeraie de Tafilalet. Les eaux du fleuve n’atteignent pas l’océan puisqu’elles finissent par disparaître dans les sables du Sahara vers Taouz.

L'info...Graphie


Cycle climatologique


Précipitations orageuses fulgurantes mais très localisées
 
Selon les météorologues, les précipitations qui ont été enregistrées dans le bassin de Guir-Ziz-Rhéris s’inscrivent « dans un cycle climatologique normal des précipitations sur ces régions qui peut débuter en mai et ne s’achever que le mois de septembre ».

Ce genre de précipitations est par ailleurs ponctuel et localisé. « Cette caractéristique est fortement corrélée à l’origine thermique de ce type de phénomène. C’est-à-dire qu’elles ont lieu suite à la conjonction de plusieurs facteurs, notamment le réchauffement de l’air en surface et en basses couches atmosphériques durant la saison estivale qui a tendance à subir une ascension en altitude déclenchant ce qu’on appelle le phénomène de condensation de l’humidité et la vapeur d’eau contenue dans l’air.

Cette dernière est d’origine principalement maritime », précise M. Khalid El Rhaz, météorologue, ajoutant que « les précipitations liées à ce type de phénomène se distinguent par une intensité très forte et sont accompagnées généralement par l’occurrence d’orage et éclairs atmosphériques ».
 

SITeau


L’innovation et la gouvernance améliorée pour relever le défi de l’eau
 
Le Salon International des Technologies de l’eau et de l’assainissement (SITeau) tiendra sa 7ème édition du 7 au 9 juin 2022 à Casablanca. Selon les organisateurs, cet évènement « s’inscrit dans le processus de préparation et de capitalisation des Forums mondiaux de l’eau qui le labellisent, évènements initiés par le Conseil mondial de l’eau ».

Le SITeau 7 offrira ainsi une plateforme de rencontre et d’échanges entre les parties prenantes nationales et internationales impliquées dans les secteurs de l’eau, de l’assainissement, de l’énergie par l’eau et pour l’eau.

« Les engagements des États exprimés à l’occasion des différentes COP et les demandes sociales placent l’eau comme axe prioritaire suivi de l’agriculture et de la santé dont les interactions avec cette ressource ne sont plus à démontrer », lit-on dans le site électronique du SITeau.

Toutefois, « plusieurs défis, dont le spectre du changement climatique ainsi que les besoins en sécurité hydrique, nécessitent des solutions », poursuit la même source. Le Salon se propose d’explorer la place de l’eau dans le Nouveau Modèle de Développement, intégrant les paradigmes “changements climatiques, transition écologique et territoires”, en vue de proposer des solutions innovantes, et de contextualiser des méthodologies et des scénarios de gouvernance améliorée, ont souligné les organisateurs.

Ce processus suppose d’engager une évolution dans les modes de production, de valorisation et de consommation en considérant les approches publiques et leurs leviers réglementaires et fiscaux.
 

3 questions à Khalid El Rhaz, ingénieur météorologue


« Ce phénomène est lié aux pluies de la mousson des régions tropicales de l’Afrique de l’Ouest »
 
Chef du service climat et changements climatiques à la Direction Générale de la Météorologie (DGM), M. Khalid El Rhaz répond à nos questions sur le phénomène des précipitations orageuses tardives.

- Est-ce que le phénomène de précipitations intenses et tardives dans certaines régions du Sud du Maroc est lié aux impacts des changements climatiques ?


- Ce phénomène, observé au Sud du territoire marocain, n’est pas nouveau et a toujours eu lieu par le passé. Il est plutôt lié aux pluies de la mousson des régions tropicales de l’Afrique de l’Ouest. Pour simplifier la compréhension de ce phénomène, nous pouvons schématiser en disant que la saison des moussons se déclenche lorsque l’air équatorial migre vers le Nord au courant de la saison d’été. Plus cet air migre vers le Nord, plus nos régions Sud sont touchées par des précipitations orageuses pouvant être intenses par endroits.

- Quelles sont les prévisions concernant l’évolution future de ce phénomène ?

- Il existe à cet égard plusieurs scénarios qui prédisent une migration plus marquée vers le Nord de cet air équatorial durant la saison estivale, ce qui constituera un élément favorable à l’occurrence de précipitations à caractère tropical sur les régions Sud du pays.


- Est-ce que la vitesse de ce « déplacement » est importante ?


- Il faut dire que le déplacement de l’air équatorial vers le Nord connaît (comme les autres variables climatiques) une variabilité spatio-temporelle. En d’autres termes, les années ne se ressemblent pas forcément et oscillent entre années « humides » et d’autres sèches. Ceci dit, selon les projections futures, cette variabilité aura tendance à s’accentuer favorisant ainsi l’occurrence de pluies à spécificité tropicale sur les régions Sud du pays.


Recueillis par O. A.

 








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