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Avis d’un vétérinaire sur les Problématiques de vaccination contre la Covid-19


Rédigé par Mohammed EL Houadfi le Jeudi 5 Novembre 2020



Mohammed EL Houadfi, ancien professeur de virologie aviaire à IAV Hassan II
Mohammed EL Houadfi, ancien professeur de virologie aviaire à IAV Hassan II
Plusieurs gouvernements, scientifiques et chercheurs ont spéculé sur l’application du confinement comme mesure clé pour endiguer la pandémie du Covid-19, par contre d’autres ont spéculé sur l’arrivée de la chaleur de l’été.
 
Malheureusement, toutes ces suppositions sont tombées à l’eau et la pandémie continue de progresser d’une façon alarmante en affectant plus de 214 pays et provoquant plus d’un million de décès et plus de 40 millions d’individus déclarés positifs jusqu’à présent.

Devant cette situation d’impuissance à contrôler la pandémie, tout le monde attend avec impatience l’arrivée des vaccins comme étant la solution unique et miracle à ce fléau. Une telle situation que nous avons prédite dans un point de vue sur la covid-19 au mois d’Avril. Sans équivoque, le vaccin reste notre seul souhait et notre arme de protection pour améliorer notre réponse immunitaire vis-à-vis d’une éventuelle infection par ce nouveau coronavirus. La question qu’on devrait poser est-ce que les vaccins covid19 sont capables d’éradiquer cette pandémie ?

Scientifiquement, les vaccins ayant la capacité de stopper l’infection et dont les applications sont généralisées, contribuent à l’éradication des maladies, de ce fait, les vaccins constituent les solutions miracles de prévention et d’ éradication des pathogènes, cependant, cet objectif n’ est pas toujours atteint, c’est ainsi, que pour certaines maladies, malgré la vaccination, on reste susceptible d’ être infecté et le rôle des vaccins est limité à réduire les effets de la maladie par amélioration de certaines mécanismes de défense immunitaire contre une éventuelle infection, dans ce cas l’agent pathogène continue à être présent soit d’une façon endémique ou saisonnière, ce qui signifie vivre avec la maladie (exemple, les virus influenza). L’expérience de la médecine vétérinaire dans la lutte contre les coronavirus des animaux est très riche en information qu’on pourrait extrapoler au Covid-19.

Généralement, chez les animaux les coronavirus causent des maladies entériques, toutefois, la bronchite infectieuse du poulet, qui est considérée comme étant la première maladie causée par le coronavirus en 1930 aux USA, présente beaucoup de similitude avec Sars-Cov2 sur le plan pathologique, les 2 infections sont primordialement des infections respiratoires. L’expérience de plusieurs décennies révèle que la vaccination contre les coronavirus des animaux, que ce soit par des vaccins vivants atténués ou inactivés, ont connu beaucoup de succès pour limiter les pertes d’ordre économique chez les bovins, les porcs et la volaille, mais aucun vaccin n’a permis d’éradiquer la maladie.
Il est important de signaler aussi que la médecine vétérinaire a échoué dans le développement de vaccins contre le coronavirus du chat, responsable de « la péritonite infectieuse féline ».

Chez cette espèce, on a constaté que la vaccination augmente le pourcentage de mortalité suite à une infection naturelle, de ce fait, la stratégie vaccinale a été finalement abandonnée. La question que nous avons évoquée au départ, est-ce que les vaccins, qui se trouvent actuellement à de différents stades de développement, vont permettre l’éradication de la maladie ou tout simplement vont améliorer notre réponse immunitaire et notre résistance vis-à-vis d’une éventuelle infection. Par conséquent on sera amené à vivre avec ce virus ?. Pour pouvoir répondre à cette question, il est impérativement nécessaire d’avoir une bonne connaissance des mécanismes immunitaires mis en jeu lors d’infection par le Sars-cov2, de telles connaissances sont essentielles et pourraient aider aux développements de vaccins ou de traitements efficaces.

Malheureusement, jusqu’à présent, plusieurs aspects de la réponse immunitaire sont peu ou pas encore bien élucidés, notamment, la différence entre la réponse immunitaire et la durée d’excrétion virale chez les groupes d’individus chez qui l’infection reste asymptomatique, peu sévère ou très sévère. Pourquoi les personnes âgées sont très sensibles ?, pourquoi les jeunes enfants sont moins touchés ?. Quelles sont les facteurs d’aggravation d’ordre intrinsèque et extrinsèque ?. Qu’elle est la durée d’immunité dans chaque groupe ? Quel type d’immunité (humorale et/ou cellulaire) engendrée par chaque type de vaccin. La réponse à ces questions permettrait de bien choisir quel type de vaccin à utiliser parmi les 6 types en développement, comme primo vaccination ou comme vaccin de rappel, la voie d’utilisation, le nombre et la fréquence de rappel. Faut-il généraliser la vaccination ou se limiter aux groupes des personnes à risque, ?, etc…

Les connaissances scientifiques dont on est sûr actuellement est que le virus, une fois en contact avec les cellules de l’appareil respiratoire trachéale ou alvéolaire, s’attache, à l’aide de ses spicules (glycoprotéine S), aux récepteurs ACE2 des cellules de l’hôte et sous l’action des protéases cellulaires, la glycoprotéine S est clivée en S1 et S2, ceci facilite la pénétration du virus à l’intérieur de la cellule de l’hôte pour se répliquer. Après cette première réplication dans les voies respiratoires, chez certains individus, le virus pourrait causer une infection systémique et affecte d’autres tissus et organes : les poumons, le cœur, le foie, les reins et le cerveau.

Du point de vue réponse immunitaire, les données dont on dispose actuellement, permettent de conclure que, pour obtenir une protection satisfaisante contre la covid-19, l’organisme a besoin des deux types d’immunité humorale (lymphocyte B pour les anticorps) et une immunité cellulaire (lymphocyte T CD4+ et CD8+). Les CD4+ jouent un rôle crucial dans la lutte contre la covid-19, car ils ont un double rôle. Ils informent les lymphocytes B par des médiateurs chimiques pour produire d’avantage d’anticorps, d’une part, et d’autre part, dans le cas où les anticorps sont insuffisants, ils activent les cellules T CD8+ (appelées cellules cytotoxiques). Ces cellules ont pour rôle de tuer les cellules infectées afin d’éliminer le virus. Il a été constaté chez les individus asymptomatiques un très grand nombre de cellules T mémoires de type CD8+ dans les voies respiratoires. Ces cellules mémoires constituent une sorte d’alerte précoce en cas d’une réinfection. En plus, il est déjà connu pour le sars-Cov1 que la vaccination par voie respiratoire (exp, inhalation nasale) induit une immunité mucosale liée aux secrétions des immunoglobuline de type A (IgA) capable d’empêcher l’infection en plus d’une forte présence des cellules T mémoires au niveau des muqueuses des voies respiratoires qui jouent un rôle important dans cette immunité locale.

Par contre la voie parentérale (injection du virus ou du vaccin) est incapable d’engendrer ce type d’immunité qui est cruciale pour stopper l’infection dès l’entrée du virus. Ces données immunologiques partielles, mais importantes, nous permettraient d’évoquer l’intérêt des vaccins capables d’induire une immunité cellulaire locale permettant de stopper la réplication du Sars-Cov2 au niveau des voies respiratoires. Heureusement, dans cette course de trouver un vaccin efficace, les 6 plateformes connues pour le développement de vaccins ont été adoptées, certaines sont classiques (les vaccins inactivés et les vaccins vivants atténués), d’autres sont nouveaux, à savoir, les vaccins recombinants, les vaccins sous– unitaires, les vaccins nucléiques (mRNA, plasmide DNA) et les vaccins VLP (virus like particule). Il s’agit de particule virale mais sans génome qu’on peut produire sur des plantes.

Nous essayons de présenter les avantages et les inconvénients des vaccins qui sont en voie de développement dont certains sont déjà en phase clinique, en tenant compte des données scientifiques que nous avons présentées ci-dessus et de l’expérience de la médecine vétérinaire avec chaque type de vaccin dans la lutte contre le coronavirus du poulet. Les vaccins recombinants dont le virus vecteur sur lequel on a inséré la glycoprotéine S du covid19. Les virus vecteurs choisis par la majorité des sociétés sont des adénovirus possédant un tropisme respiratoire, cette particularité permet au virus vecteur de se multiplier dans les voies respiratoires à condition que les personnes à vacciner n’aient pas d’anticorps contre ces adénovirus. L’utilisation de l’adénovirus de chimpanzé permet de surmonter ce problème. Une autre société a opté pour le Herpes virus comme virus vecteur.

Dans la médecine vétérinaire, les vaccins recombinants chez la volaille sont préparés sur un virus Herpes de la dinde (HVT) et sont administrés par voie parentérale, ces vaccins ont donné d’excellents résultats dans les maladies où l’immunité est de type humorale. Par contre, dans les maladies où l’immunité cellulaire est indispensable, leur efficacité nécessite d’être boostée par un vaccin vivant atténué. L’expérience du Covid-19 pourrait servir à la médecine vétérinaire comme modèle pour développer un vaccin recombinant contre la bronchite infectieuse aviaire en prenant un Adénovirus (non pathogène) comme vecteur. Les vaccins basés sur mRNA, il s’agit d’une nouvelle génération de vaccins. Selon les développeurs, ces vaccins engendrent une immunité cellulaire de type CD4+, si la voie mucosale serait possible pour administrer ces vaccins, ils pourraient présenter beaucoup d’avantages et la médecine vétérinaire pourrait profiter de cette technologie pour développer ce type de vaccins pour les animaux. Les vaccins vivants atténués sont administrés par voie respiratoire ou orale pour engendrer une immunité mucosale de nature cellulaire, mais ils présentent des inconvénients.

D’une part, le risque de leur retour à la virulence après plusieurs passages et, d’autre part, la possibilité de réassortiment avec des virus sauvages du covid-19 pour donner naissance à de nouveaux virus qui échappent aux mécanismes immunitaires induits par les vaccins. Actuellement aucun vaccin atténué n’a atteint le stade d’essai clinique. Les vaccins inactivés engendrent une immunité humorale capable de réduire les effets néfastes de la maladie, donc ils peuvent réduire le taux de létalité, mais pas pour protéger le système respiratoire d’être infecté, d’où la persistance de la circulation virale. Si les vaccins inactivés sont capables d’induire une immunité humorale (anticorps), plus ou moins importante selon le nombre de rappel, l’immunité cellulaire est faible et dépend de la nature de l’adjuvant. Toutefois, les vaccins inactivés pourraient jouer un rôle important comme vaccins de rappel après une primo vaccination par un vaccin appliqué par voie mucosale.

La médecine vétérinaire utilise des vaccins inactivés comme des vaccins de rappel pour booster l’immunité après une primo vaccination par un vaccin vivant atténué. Les vaccins sous unitaires, à notre avis, en comparaison avec les autres vaccins, n’ont pas de place dans la lutte contre la covid-19 pour plusieurs raisons en relation avec l’administration et la faible réponse immunitaire liée à ce type de vaccin.

En conclusion, par manque de traitement sûr et efficace contre la Covid19, la vaccination reste notre principal espoir de lutter contre cette pandémie. Plusieurs types de vaccins sont dans un stade des essais cliniques et, vu la complexité des mécanismes immunitaires de ce virus, ils n’est pas exclu qu’une vaccination efficace nécessite l’utilisation d’une combinaison de 2 ou plusieurs vaccins.







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