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Actu Maroc

Automobile: Concurrence rude entre Rabat et Pretoria [INTÉGRAL]


Rédigé par Abdellah MOUTAWAKIL Jeudi 27 Avril 2023

Avec 700.000 véhicules fabriqués l’année dernière et une capacité de production désormais à un million par an, le Maroc creuse l’écart avec ses concurrents africains, notamment son poursuivant direct, l’Afrique du Sud, qui se contente de 400.000 véhicules par an. Comment le Maroc renforce son avance et quels sont les faiblesses du concurrent sud-africain ? Les détails.



 Dans l’industrie automobile africaine, le Maroc semble avoir plus de puissance pour accélérer que ses concurrents du continent. Ou, plutôt, la vision y est plus claire, voire plus ambitieuse, pour développer le secteur de l’industrie automobile. Cela fait déjà quelques années que le royaume a détrôné l’Afrique du Sud en tant que premier pays constructeur d’automobiles en Afrique.

Le Maroc vise désormais le million de véhicules produits par an, et même 2 millions dès 2030, et ce, après avoir réussi à en fabriquer 700.000 l’année dernière. Au même moment, l’Afrique du Sud, naguère première puissance africaine en la matière, se contente de produire seulement 400.000 véhicules par an. Et pourtant, le pays de Nelson Mandela a une très longue tradition dans la construction automobile, puisque certains constructeurs y opèrent depuis plus d’un siècle. Et plus encore, près d’une dizaine de marques y fabriquent leurs véhicules, contre seulement 2 grands fabricants au Maroc, à savoir Renault et Stellantis.
 
Compétitivité 

« En Afrique du Sud, le secteur de l’industrie et de la construction automobiles est confronté à plusieurs défis, qui risquent d’handicaper sa compétitivité », observe Greg Arde, directeur de publication du magazine économique KZN Invest, basé dans la luxuriante et industrielle ville de Durban, sur les rives de l’océan indien. Au-delà des incertitudes liées aux accords de libre-échange et des incitations gouvernementales, d’autres facteurs moins attendus plombent le secteur de la construction automobile en Afrique du Sud, et qui semblent relever du passé au Maroc. « Sur un plan purement opérationnel, les nombreuses coupures d'électricité constituent un sérieux problème, sans parler de la hausse du coût de la main-d'œuvre locale », explique Greg Arde. Il faut, en effet, noter que depuis quelques années, la première puissance industrielle du continent peine à répondre positivement à la demande en électricité, le gestionnaire national de la distribution d’électricité, Eksom, fait face à de nombreux problèmes de fonctionnement. Et pourtant, l’Afrique du Sud ambitionnait d’atteindre une production de 1,5 million de véhicules en 2023. Un objectif désormais irréel, au regard de la situation actuelle, et ce, malgré les politiques de soutien au secteur de l’industrie automobile.

Malgré tout, ce secteur reste très dynamique en Afrique du Sud, puisqu’il emploie actuellement quelque 78.000 personnes et contribue à plus de 4% du Produit Intérieur Brut. Mais, comparé au Maroc, on sent nettement que le royaume dispose actuellement d’une situation plus favorable. La crise née du Covid et son impact sur les chaînes d’approvisionnement poussent les constructeurs à privilégier des zones géographiques proches des marchés européens, à l’image du Maroc, qui jouit d’une situation exceptionnelle. Malgré les performances du port de Durban, celui de Tanger-Med offre plus de facilités de dispersion à travers le monde pour les constructeurs. D’ailleurs, tout ceci incite de nouveaux constructeurs à sonder le marché marocain, qui entend doubler sa taille et la valeur des exportations dès 2025, pour les faire monter à 200 MMDH.
 
5 millions de véhicules

Cette concurrence mise de côté, sur le plan africain, le Maroc et l’Afrique du Sud, en plus d’une poignée d’autres pays, sont salués pour leur contribution à l’essor de la construction automobile, notamment en termes de contribution de valeur ajoutée locale. Ces deux économies contribuent sensiblement pour atteindre l’objectif de produire 5 millions de véhicules par an en Afrique. Selon les experts, les pays africains ont besoin d’un système logistique adéquat, de capacités d’usinage et d’assemblage de classe mondiale pour garantir leur présence sur la carte de l’industrie automobile. Cela, non seulement pour exporter, mais aussi pour répondre à la demande du marché africain, riche d’un milliard de consommateurs.
 
Abdellah MOUTAWAKIL

 

3 questions à Greg Arde « En Afrique du Sud, l’industrie automobile est dynamique mais confrontée à plusieurs défis »

Directeur de Publication du Magazine économique KZN Invest, Greg Arde répond à nos questions.

 
Comment se porte le secteur de l’industrie automobile en Afrique du Sud ?
Le secteur de l’automobile en Afrique du Sud est dynamique et bien organisé. Selon l’Association nationale de l’industrie et composantes automobiles, ce secteur emploie actuellement quelque 78.000 personnes et contribue à plus de 4% du Produit Intérieur Brut. En Afrique du Sud, il faut savoir que la construction automobile équivaut également à 17% de l’ensemble du secteur industriel. Il a donc un poids très important.
 

Quels sont les atouts de ce secteur, notamment ses capacités de production et sa valeur ajourée technologique ?
 Le secteur de l’industrie automobile produit environ 400.000 véhicules par an. Il dispose en effet d’un haut degré d'expertise et de solides liens avec les grands constructeurs mondiaux. En Afrique du Sud, une multitude de marques bien connues ont décidé d’investir et de s’implanter dans le pays, où elles fabriquent des véhicules. Et comme je viens de le souligner, ce sont les plus grands fabricants mondiaux et leaders du marché mondial de l’automobile. Je citerai, par exemple, le japonais Toyota, ou encore les allemands Mercedes Benz et Volkswagen. Au regard du potentiel de développement démographique, mais aussi économique, il est très probable que, dans les années à venir, d’autres constructeurs viennent s’installer en Afrique du Sud.

On voit que le Maroc dépasse désormais l’Afrique du Sud depuis quelques années. Quelles sont, selon vous, les faiblesses du marché sud-africain dans l’industrie automobile ?
 En Afrique du Sud, le secteur de l’industrie et de la construction automobiles à plusieurs défis, qui risquent d’handicaper sa compétitivité. Je pense notamment aux incertitudes liées aux accords commerciaux et celles relatives aux incitations gouvernementales, qui sont censées contribuer à attirer de plus en plus d’investisseurs dans ce domaine. Sur un plan purement opérationnel, les nombreuses coupures d'électricité constituent un sérieux problème, sans parler de la hausse du coût de la main-d'œuvre locale. 

 

L’info...Graphie


Industrie automobile : Où fabrique-t-on des voitures en Afrique ?

En Afrique, on se contente davantage d’importer des véhicules neufs ou d’occasion, que d’en fabriquer. A ce jour, seule une poignée de pays disposent d’une industrie automobile. Ou, plutôt, les grands constructeurs automobiles ne sont installés que dans très peu de pays. Ces « happy few » sont, en plus du Maroc et de l’Afrique du Sud, le Nigeria et l’Egypte. Ces pays réalisent pratiquement à eux seuls les chiffres de l’industrie automobile africaine, avec une production totale qui fait moins de 1,5 million de véhicules par an. Au niveau continental, l’objectif est de porter ce chiffre à 5 millions. Ce qui appelle à renforcer la production africaine. Ainsi, des pays comme l’Algérie, le Ghana ou encore le Nigeria font part de leurs ambitions pour mieux figurer parmi cette liste très réduite de pays africains constructeurs de véhicules.

Cela dit, partout ailleurs, on assiste davantage à de l’assemblage de véhicules. C’est le cas notamment en Côte d’Ivoire, ou encore au Rwanda. Ce qui en dit long sur la contribution et le développement local, notamment en ce qui concerne le taux d’intégration locale. Une chose est sûre : le continent présente un potentiel énorme et si les différentes parties prenantes pouvaient se mettre d’accord sur des questions telles que les règles d’origine, il serait possible de travailler avec les pays qui souhaitent développer des politiques industrielles et créer un secteur automobile. Espérons que la Zone africaine de libre-échange continentale (ZLECAf) pourrait y contribuer positivement. 

 

Taux d’intégration locale : Le Maroc fait mieux !

S’agissant du taux d’intégration locale, le Maroc est l’un des pays qui affiche les chiffres les plus impressionnants, puisqu’il atteint près de 64%, contre environ 50% pour l’Afrique du Sud. Les constructeurs automobiles installant actuellement des usines de production en Angola, en Éthiopie, au Ghana, au Kenya, en Namibie, au Nigeria, au Rwanda, entre autres pays. Mais la plupart de ces usines ont des taux d’intégration locale très faible. La fabrication sous contrat est un autre facteur de croissance majeur pour les entreprises qui ont des franchises à fabriquer pour les équipementiers. Par exemple, Kenya Vehicle Manufacturers, où le gouvernement détient des parts, active des franchises pour Mercedes-Benz, Volkswagen et Chrysler.

Une autre entreprise locale, AVA, assemble des véhicules utilitaires moyens et lourds pour Mitsubishi et Fuso et Scania, Toyota, Hino et Tata. Cela dit, le marché automobile africain devrait atteindre 42,06 milliards de dollars d'ici 2027. Il enregistre des évolutions positives par rapport au reste du monde, en raison du potentiel de développement.








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