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Culture

Art contemporain : Les pinceaux de Delacroix et la création de l’Orient


Rédigé par Abdallah BENSMAÏN le Mercredi 7 Juillet 2021

L’Orientalisme est-il dit, du moins en France, commence avec le voyage de Bonaparte en Egypte, avec dans ses bagages « une cohorte de savants et d’artistes », car voulant faire de sa campagne militaire « une véritable expédition culturelle et scientifique », comme l’écrit Clémentine Kruse.



Delacroix, « Vues de Tanger ».
Delacroix, « Vues de Tanger ».
L’un des dignes représentants dans la peinture orientaliste reste Delacroix à qui la Fondation Nationale des Musées organise l’exposition « Delacroix, souvenirs d’un voyage au Maroc ».

« Cette exposition retrace le voyage du peintre à travers des tableaux, des dessins, des aquarelles et également la quasi-totalité des objets, des vêtements, des armes et des instruments de musique qu’il a rapportés de son voyage et qui l’ont accompagné durant toute sa carrière d’artiste. Il est ainsi le premier ambassadeur de la lumière et des couleurs marocaines », est-il écrit pour présenter cette exposition Delacroix.

Selon l’angle d’attaque, l’Orientalisme est une forme d’art, porté par des peintres de talent et des écrivains de génie (Victor Hugo n’est-il pas l’auteur d’un recueil de poèmes « Les Orientales » ? qui partage avec Delacroix l’évocation du massacre de Scio auquel celui a consacré une toile célèbre) ou encore, versant sombre de l’Histoire, c’est un Orient créé par l’Occident et qui n’existe pas dans la réalité, comme le rappelle Edward Saïd dans « L’Orientalisme – L’Orient créé par l’Occident) ».

En littérature, l’orientalisme s’exprime dans les récits de voyage, à tel point que Flaubert, dans le Dictionnaire des idées reçues, définit l’orientaliste comme un « homme qui a beaucoup voyagé ».

L’Orient de Delacroix est ainsi entièrement dans ses « carnets de voyage » qui se remplissent au rythme de ses pérégrinations de notes, croquis et aquarelles. « Il y ajoute des annotations : noms des objets, des lieux, origines des sujets dessinés, etc. formant un enchevêtrement d’esquisses et de mots. Ces carnets deviennent la mémoire de ses souvenirs et impressions. Après son voyage, Delacroix y puise son inspiration ».

Souvent, Delacroix peint ainsi de véritables « petits poèmes d’intérieurs », selon la qualification par Baudelaire de l’une des oeuvres majeures de cette époque artistique. Le sujet en est des femmes dans leur appartement et s’inscrit dans cet Orient fantasmé des harems où règnent la paix et la volupté.

Avec Ingres, Delacroix peindra ainsi, sans faiblir, l’exotisme de la vie intime des harems, les guerriers héroïques, un « monde mythique », en somme, qui fascine un Occident en quête d’ailleurs… et de nouveaux territoires.

Picasso à l’Ecole Delacroix

Les peintres de la grise Europe, français en particulier, en quête d’Orient font une autre découverte, celle des paysages, souvent arides, et de la lumière, avec un ciel bleu et des horizons infinis aux allures métaphysiques. Si l’Orient est le despotisme même, il est également beauté naturelle ! Parmi les peintres inspirés par Delacroix, Picasso ne renie pas son héritage qui en fit une source d’emprunt reconnu et assumé.

L’orientalisme n’est pas mort avec la génération de Delacroix qui lui a donné ses lettres de noblesse
(et de faiblesse !), il a continué bien au-delà et continue encore à inspirer romanciers, peintres et poètes. S’il est dans la continuité, l’orientalisme est également à l’origine de ruptures.

Abdeljlil Lahjomri écrit ainsi : « Au Maroc, l’orientalisme marocain d’un Majorelle, d’un Vincent Monteil, ou d’un André Pilot ne pouvait les séduire (l’auteur fait ainsi référence à Jilali Gharbaoui et Amine Demnati) et ne servira plus de modèle à leurs ambitions novatrices animées d’un désir de rupture, poussées par des souffles pressants vers les écoles parisiennes qui leur semblaient espaces de dépassement et de renouvellement ».

Cette rupture se pose en débat ouvert sur le renouveau dont le figuratif et la peinture naïve, surtout la peinture naïve « paraissait aux critiques post-coloniaux, le seul débouché « naturel » pour les réalisations de ces jeunes talents », écrit encore Abdeljlil Lahjomri qui a consacré un travail fouillé, documenté et pertinent sous le titre significatif « Le Maroc des heures françaises » dans lequel un Pierre Loti, par exemple, occupe une place à part, rappelant ainsi qu’à côté du Maroc réel, il existe également un Maroc fantasmé, de représentations …et seulement de représentations.
 
Abdallah BENSMAIN