Menu
L'Opinion
Lire GRATUITEMENT notre journal en PDF
L'Opinion
Facebook
Twitter
YouTube Channel
Instagram
LinkedIn

Actu Maroc

Aides-soignants : pénurie de «petites mains» aux petits soins


Rédigé par Oussama ABAOUSS le Jeudi 26 Novembre 2020

Les aides-soignants célèbrent leur Journée internationale ce 26 novembre. Zoom sur un corps de métier irremplaçable qui est pourtant en voie de disparition dans les hôpitaux publics.



Aides-soignants : pénurie de «petites mains» aux petits soins
Depuis 2010, le monde célèbre chaque 26 novembre la Journée internationale des aide-soignant(e)s. Permettant de porter un regard sur cette profession de santé qui exerce au plus près des patients et des résidents, cette Journée internationale est également l’occasion de rendre hommage à toutes les chevilles ouvrières dont le travail est souvent sous-estimé. « Au-delà des soins médicaux, les patients ont, selon les cas, des besoins qui doivent être pris en charge pendant leur traitement. C’est à ce niveau qu’intervient l’aide-soignant qui s’occupe de la literie, assiste le malade dans son alimentation, le changement de vêtements, qui s’occupe éventuellement de l’aider dans sa toilette ou pour changer de position », explique Zoheir Maazi, infirmier et coordinateur de la campagne internationale Nursing Now Morocco. Malgré certaines tâches qui peuvent apparaître comme ingrates, le travail de l’aide-soignant permet aux patients de garder leur dignité et d’obtenir un maximum de confort à un moment où ils sont les plus vulnérables. 

« Un maillon essentiel »
« Les patients trouvent souvent dans l’aide-soignant une personne qui est là pour les rassurer, parfois les informer quand il joue pleinement son rôle de médiation entre le personnel soignant, la famille et, parfois même, l’administration. Il n’effectue pas de geste médicaux ou infirmiers, mais il peut au besoin administrer certains médicaments par voie orale, ou encore contribuer à surveiller les constantes », poursuit Zoheir Maazi. « C’est un travail indispensable et un maillon essentiel dans la chaîne de soins », décrit pour sa part Dr Allal Amraoui, chirurgien et député istiqlalien. Si les aides-soignants sont présents dans les établissements privés, ils sont en revanche devenus très rares dans les hôpitaux publics du Royaume. « Il existe un besoin important dans les infrastructures hospitalières publiques en matière de nursing. Cela est dû au fait que les formations d’aides-soignants ont été interrompues pendant plusieurs années. Il y a actuellement une timide reprise dans les écoles privées, mais le manque de ressources humaines qualifiées dans ce domaine est flagrant », souligne Dr Allal Amraoui. 

Un profil devenu rare 
« L’infirmier ne peut pas remplacer l’aide-soignant. Dans un contexte marqué par le manque de médecins et par une charge importante de travail, l’infirmier se retrouve souvent à assurer les actes qui doivent normalement incomber à un aide-soignant, il doit bien évidemment assurer les actes infirmiers, et, parfois, il se retrouve même dans l’obligation d’effectuer des gestes médicaux. Forcément, à vouloir tout faire, on finit forcément par mal faire », précise Zoheir Maazi. « En plus d’être pris en charge médicalement, le malade a également besoin de l’accompagnement que peut offrir un aide-soignant. Or, c’est justement au niveau de l’accompagnement des malades que nos hôpitaux sont  le plus critiqués, car les véritables aides-soignants y sont devenus très rares », explique Dr Allal Amraoui qui confie qu’à « défaut d’offrir des soins de nursing, les hôpitaux sont le plus souvent obligés de tolérer la présence d’un membre de la famille du patient pour jouer ce rôle ». 

Manque de postes budgétaires
Si le manque d’aides-soignants dans le système de santé marocain a poussé l’Etat à reprendre les formations dans ce domaine, il existe encore plusieurs freins pour combler le vide dans ce domaine. « Chaque année, notre école forme une vingtaine d’aides-soignants dans un cursus dédié qui dure une année. La majorité de nos lauréats sont recrutés dans le domaine privé, car il n’existe pas beaucoup de postes budgétaires dédiés dans le secteur public », confie Mme Taoufik Sakina, fondatrice du Centre d’Instruction aux Carrières Paramédicales (CICP) de Rabat.« Il est, à mon sens, nécessaire de commencer par reconnaître l’intérêt et la nécessité d’avoir ce corps au sein de nos structures hospitalières publiques et privées. Il faut également réintroduire la formation d’aides-soignants dans les écoles publiques, et, enfin, veiller à créer des postes budgétaires dédiés », estime Dr Allal Amraoui. « Ce n’est que de cette manière que nous pourrons faire de la prise en charge médicale des patients, un processus complexe et surtout complet », conclut-il.

Oussama ABAOUSS

3 questions à Zoheir Maazi, coordinateur de Nursing Now Morocco

Zoheir Maazi
Zoheir Maazi
« L’Etat a repris la formation d’aides-soignants, parce que le besoin sur le terrain était énorme »

Infirmier et coordinateur au niveau national de la campagne internationale Nursing Now Morocco, Zoheir Maazi a répondu à nos questions sur le métier d’aide-soignant au Maroc.

- Comment le métier d’aide-soignant a-t-il vu le jour au Maroc ?
- Au Maroc, la formation des infirmiers et du personnel médical a débuté avec le protectorat. Il y avait alors une école française et une école musulmane pour les Marocains. Après l’indépendance, les personnes étrangères qui travaillaient comme infirmiers sont rentrées dans leur pays. Est apparut alors un manque terrible et un vide à combler. Le Maroc a donc lancé des cursus dédiés aux infirmiers et aux aides-soignants. Il y a eu ensuite une phase où le Royaume avait abandonné la formation des aides-soignants pour opter pour un diplôme d’Etat d’infirmier (un cursus de bac +3). Cependant, il y a trois ans, l’Etat a repris la formation d’aides-soignants, parce que le besoin sur le terrain était énorme. 

- Quelle est la tendance de la demande pour les aides-soignants ?
- Les diverses infrastructures de santé ont chaque jour des tâches qui doivent être faites et qui relèvent du métier d’aide-soignant. Outre ce besoin, la pandémie de Coronavirus a engendré une grande demande pour les soins à domicile et qui sont effectués en grande partie par des infirmiers et des aides-soignants.  

- Qui est chargé des tâches de nursing dans les hôpitaux qui n’ont pas suffisamment d’aides-soignants ?
- Quand ce n’est pas la famille des patients qui s’en charge, ces tâches sont souvent assurées par des volontaires du Croissant Rouge. Vu la pénurie en ressources humaines, ces volontaires se retrouvent même parfois à assurer certains soins, ce qui peut éventuellement impacter négativement la sécurité des patients et la qualité des soins.

Recueillis par O. A.

Encadré

Tendance : La pandémie et la transition démographique augmentent le besoin en aides-soignants
L’importance des aides-soignants a été démontrée durant la crise sanitaire, surtout dans les services de réanimation. «Les équipes des services de réanimation sont composées de plusieurs profils, et ce, partout dans le monde. Il y a des médecins anesthésistes-réanimateurs, des infirmiers diplômés d’État, mais également des aides-soignants qui participent aux soins, au nursing et qui font un travail extraordinaire », souligne Pr Mohamed Khatouf, chef du service de réanimation du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Fès. La pandémie a également fait émerger une nouvelle « niche » de soins à domicile. « Un nombre croissant de personnes demandent à être prises en charge chez elles. Les soins sont alors assurés en grande partie par des infirmiers et des aides-soignants. Cette nouvelle demande augmente de plus en plus », souligne pour sa part Zoheir Maazi, infirmier et coordinateur de Nursing Now Morocco. D’autre part, « le besoin en termes d’aides-soignants dans notre pays va continuer à augmenter pendant les prochaines années, car la population marocaine compte un nombre croissant de personnes âgées », fait remarquer pour sa part Dr Allal Amraoui. « Il existe déjà beaucoup de familles qui recrutent des aides-soignants et parfois des infirmiers pour veiller sur un parent malade. Il arrive parfois que l’aide d’un professionnel devienne inévitable, surtout quand les autres membres de la famille de la personne à accompagner ne peuvent pas se libérer à cause de leurs engagements », confirme Zoheir Maazi.

Repères

Aides-soignants et Plan Santé 2025 
Le Plan Santé 2025 a opté, dans l’axe des ressources humaines, à « concevoir et adopter un programme spécial de rattrapage du déficit structurel et chroniques en aides-soignants ». Pour cela, la feuille de route prévoit de développer et de mettre à jour le curriculum d’enseignement théorique et pratiques des aides-soignants, de mettre en place un programme de formation des formateurs du corps enseignant des centres de formation des aides-soignants, de réserver un nombre supplémentaire des pistes budgétaires pour le recrutement des aides-soignants.
Nursing Now Morocco
Nursing Now est une campagne mondiale de trois ans menée en collaboration avec le Conseil international des infirmières et infirmiers et l’Organisation Mondiale de la Santé. Elle vise à améliorer la santé au niveau mondial en rehaussant le profil et le statut des infirmiers et des aides-soignants, en influençant les décideurs et en aidant ces corps médicaux à diriger, apprendre et construire un mouvement mondial. Nursing Now Morocco a été fondée afin d’agir localement pour représenter la campagne au niveau national.