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​Id Yennayer : L’an II du “Bonané” des Marocains !


Rédigé par Rime TAYBOUTA Mercredi 14 Janvier 2026

Le 14 janvier, le Maroc célèbre le Nouvel An amazigh. L’occasion de revenir sur les traditions de cette journée festive, tout en évaluant l’état d’avancement du chantier d’officialisation de l’amazigh.



C’est la première fois que les Marocains profitent du jour férié du Nouvel An amazigh, également connu sous le nom de Id Yennayer. Une célébration qui intervient cette année dans un contexte de Coupe d’Afrique organisée au Maroc et qui a honoré cette composante culturelle d’abord par l’émission d’une pièce commémorative en argent de 250 dirhams ainsi que la mise en circulation d’un billet commémoratif de 100 dirhams, à l’occasion de l’organisation par le Maroc de la 35ème édition de la Coupe d’Afrique des Nations 2025. L’avers de la pièce commémorative comporte, aux côtés de la photo de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, l’appellation «Royaume du Maroc» inscrite en caractères tifinagh (ⵜⴰⴳⵍⴷⵉⵜⵏⵍⵎⵖⵔⵉⴱ), en complément de l’arabe, affirmant ainsi de manière symbolique le statut de l’amazighe en tant que langue officielle et composante essentielle de l’identité nationale. Une initiative saluée louablement par les Marocains, surtout lors de ce Yennayer, qui est un événement à forte dimension symbolique marquant le début d’une nouvelle année selon le calendrier agraire berbère, basé sur le cycle des saisons.
 

Question identitaire
 
«Cette célébration est un moyen de mettre en valeur et de préserver l'identité culturelle amazighe, de promouvoir la langue berbère (ou tamazight) et de rendre hommage aux traditions ancestrales», nous souffle Mohamed Almou, activiste dans la défense des droits humains et avocat au Barreau de Rabat, tout en précisant que depuis cinq ans, il prend un jour de repos le 14 janvier pour célébrer cette journée avec sa famille. Symbole du lien d’appartenance identitaire, cette occasion réunit les Amazighs du monde entier, qui se parent de leurs plus beaux habits et préparent un dîner de communion, qui diffère d’une région à l’autre. Originaire du Moyen Atlas, Abdelkrim, enseignant à la retraite, voit dans Yennayer bien plus qu’une simple célébration. « C’est un repère dans notre mémoire collective, un moment où l’on se reconnecte à la terre, aux ancêtres et aux cycles de la nature », explique-t-il. Chaque année, sa famille se rassemble autour de plats traditionnels préparés selon des recettes transmises de génération en génération, privilégiant des cuissons lentes et nourrissantes, adaptées à la saison froide. Pour lui, Yennayer symbolise avant tout une période chargée d’espoir et de promesses. « À travers ces rituels, ces repas et ces rencontres, nous faisons vivre notre héritage et nous le transmettons aux plus jeunes », souligne-t-il, convaincu que ces traditions constituent un socle essentiel de l’identité amazighe. 
 

Rituels et fierté
 
À quelques kilomètres de la ville natale de notre interlocuteur, Agadir, considérée comme l’un des pôles majeurs de la culture amazighe, vit, elle aussi, au rythme de Yennayer, dans une ambiance singulière et résolument festive. À l’occasion du Nouvel An amazigh 2976, la Commune d’Agadir a concocté un programme riche et varié d’animations et d’activités, déployé du 11 au 14 janvier dans plusieurs espaces de la capitale du Souss. Concerts, soirées artistiques, rencontres intellectuelles, expositions d’artisanat et de produits du terroir, ainsi que des animations dédiées aux enfants et aux familles viennent ainsi animer places publiques, jardins et lieux emblématiques de la ville. S‘inscrivant dans cette même dynamique, le mythique souk de Bab El Had est décoré de guirlandes et de lanternes traditionnelles, sur fond d’une musique berbère qui résonne dans tout le marché. Les gens se pressent dans les allées du souk. Ils sont venus pour acheter ce qui leur faut pour fêter le Nouvel An. Fruits et légumes frais, viandes et épices, le marché est bien approvisionné et n’attend que l’engouement des clients.
 
Dans le même esprit de valorisation du patrimoine amazigh, l’Académie internationale du patrimoine culturel immatériel lance cette année encore la Caravane du patrimoine culturel immatériel « Massa N’Tmazirt », reliant Rabat à Fès. Placée sous le thème « Le patrimoine culturel immatériel amazigh, un levier pour le développement territorial intégré : mécanismes et perspectives », cette initiative s’inscrit dans le cadre de la décision royale du 3 mai 2023 faisant du Nouvel An amazigh une fête nationale officielle. Cette initiative vise à renforcer l’identité culturelle marocaine, à préserver le patrimoine populaire et à raviver les traditions liées à la terre et au cycle agricole, notamment la Haggouza. À travers le personnage symbolique de « Massa N’Tmazirt », hommage à la femme amazighe, cette édition met également en lumière le rôle central des femmes dans la transmission des valeurs de générosité, de fertilité et d’enracinement culturel.
 

L'intégration sur les rails
 
Mais au-delà du caractère festif de Yennayer, cet événement est également l’occasion pour certains d’évaluer le chantier relatif à l'activation du caractère officiel de la langue amazighe au Maroc. Le gouvernement a alloué un budget de près d’un milliard de dirhams en 2025 pour la promotion de la langue amazighe, contre 300 millions en 2024, finançant des initiatives comme l’installation de panneaux bilingues et le recrutement de milliers d’agents amazighophones dans les administrations. Par ailleurs, des commissions consultatives (nationales et régionales) ont été mises en place pour renforcer la gouvernance du Fonds. Dans ce cadre, le Secrétariat général du gouvernement (SGG) a fait de l’intégration de la langue amazighe dans le dispositif juridique national un chantier prioritaire, en cohérence avec son statut de langue officielle consacré par la Constitution. Cette orientation se traduit par des actions concrètes visant à inscrire l’amazighe dans l’ensemble du processus normatif, notamment à travers la traduction progressive des textes juridiques et réglementaires. À cet effet, le SGG a conclu des conventions de partenariat avec le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration ainsi qu’avec l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM), afin de mutualiser les compétences linguistiques et techniques nécessaires. Une première série de textes est déjà en cours de traduction, et des rencontres de travail ont été organisées avec des traducteurs spécialisés et des représentants ministériels pour définir les modalités pratiques d’intégration de l’amazighe dans les circuits administratifs et juridiques. Parallèlement, le site officiel du SGG diffuse désormais en amazighe les ordres du jour et comptes rendus du Conseil de gouvernement, ainsi qu’une page d’actualités dédiée, renforçant ainsi la visibilité et l’opérationnalisation de cette langue dans l’action publique.
 
Par ailleurs, la loi organique 26-16, adoptée comme pierre angulaire de l’officialisation de l’amazighe, trace une feuille de route ambitieuse et étalée dans le temps pour ancrer cette langue dans la vie publique. Selon ce calendrier, la généralisation de l’enseignement de l’amazighe devra être effective à l’horizon 2026, un objectif régulièrement rappelé par les responsables du secteur éducatif. Les médias sont également mis à contribution, avec l’obligation d’intégrer l’amazighe dans leurs programmes d’ici 2031, afin d’en renforcer la visibilité et l’usage au quotidien. L’échéance de 2036 marque, quant à elle, l’aboutissement du processus, avec l’officialisation totale de l’amazighe dans l’administration et les services publics. Un chantier de longue haleine, souvent présenté dans la presse nationale comme un test majeur de la capacité des institutions à traduire les engagements constitutionnels en réalités concrètes.
 

Trois questions à Mohamed Almou : « La célébration du Nouvel An amazigh concerne tout le peuple marocain » Mohamed Almou, activiste dans la défense des droits humains et avocat au Barreau de Rabat, a répondu à nos questions.
Trois questions à Mohamed Almou : « La célébration du Nouvel An amazigh concerne tout le peuple marocain » Mohamed Almou, activiste dans la défense des droits humains et avocat au Barreau de Rabat, a répondu à nos questions.
  • Quelle est la dimension symbolique de la célébration officielle du Nouvel An amazigh ?
 
- Cela fait cinq ans que je fête le Nouvel An amazigh et je prends un jour de repos pour sensibiliser les gens et insister sur son importance comme jour férié. Maintenant, grâce à la décision Royale, ce jour est institué comme jour férié, mettant en valeur l'identité amazighe. Ce caractère officiel permet également de promouvoir la langue berbère (ou Tamazight) et de rendre hommage aux traditions de nos ancêtres. De par son caractère ancestral, cette célébration ne se limite pas à une communauté ou un groupe ethnique spécifique, elle concerne tout le peuple marocain.
 
  • Comment évaluez-vous l’état d’avancement du chantier d’officialisation de la langue amazighe au Maroc ?
 
- Malheureusement, depuis son officialisation, la langue amazighe n’a pas connu des initiatives sérieuses. Il y a un grand retard dans l’intégration de la langue amazighe dans plusieurs composantes de la vie publique, notamment dans le système éducatif. Or, l’enseignement est la clé pour sensibiliser le public sur l’importance de cet héritage, dont il faut être fier. Il est désormais impératif de l’intégrer dans l’approche pédagogique, avant de se pencher sur les moyens techniques et financiers. L’idée serait également de renforcer la présence visuelle de l’amazighe en l’utilisant dans les documents officiels, les supports de communication, les grandes activités culturelles. C’est comme ça qu’on pourrait garantir son ancrage au sein de la société.
 
  • Estimez-vous donc qu’il faut plus d’initiatives en matière de communication ?
 
- Oui, car le secteur de l'Information et de la Communication a connu une évolution marquée par une augmentation de l’utilisation de l'amazigh, mais des obstacles persistent pour en faire une langue couramment utilisée dans les médias de masse. Les médias publics n’ont pas respecté les cahiers de charges qui précisent le budget destiné à la langue amazighe. Il faut mettre en place des mécanismes pour garantir le respect de ces cahiers des charges.







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