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Sport

Vandalisme dans les stades... l’autre face du malaise social


Rédigé par La rédaction le Dimanche 16 Février 2020

J’ai honte. Je suis triste. Je suis confus. Je suis désolé. Ce «je », c’est moi, c’est toi, c’est nous. C’est tout Marocain qui est fier de l’être. C’est tout Marocain qui aime ce pays, le Maroc. Le Maroc, mon Pays, avec une majuscule. Quoi qu’on dise, quoi qu’en pense, il est le seul lieu sur la planète terre où je me sens chez moi.



Ce qui s’est passé mercredi soir aux alentours du complexe sportif Moulay Abdallah ne peut être que source de désolation, de tristesse, de regret… Une violence gratuite, sans causes évidentes sinon celles de la bêtise humaine. Une violence condamnable dont les origines remontent aux transformations « négatives » dont ont été « victimes » et la famille et l’école marocaines.

Identité culturelle et civilisationnelle

On peut faire appel à toutes les études et analyses sociologiques ayant traité du vandalisme, du hooliganisme, de leur histoire, de leurs causes, de leurs conséquences, de leur violence. On peut faire appel aux conclusions de ces études et les calquer sur le cas « Maroc ». Cependant, le Maroc n’est ni l’Angleterre, ni la France; il a sa propre identité culturelle et civilisationnelle. Le Maroc a ses propres spécificités.

Nombreux ceux qui citent les stades anglais comme modèle de civisme et de fair-play. Mais, les nôtres l’étaient avant les stades anglais. Dans les années 70, 80 et même 90, les Marocains assistaient à un match comme à un concert ou une pièce de théâtre. Ils exultaient de joie et râlaient de colère tout en restant corrects. Au pire des cas, des sifflets et parfois des insultes jaillissaient, surtout envers les pauvres arbitres ! Des derbys, des classicos, des matches sensibles, des matches internationaux se sont joués au stade Père Jégo pourtant trop exigu avec un champ de jeu très proche des gradins. Mais il n’y avait jamais de débordement. Une fois le sifflet final, chacun reprenait son chemin bon gré mal gré.

Le rôle de la famille et l’école

Entre les années 70, 80, 90 et les années 2000, deux institutions sont tombées en panne : la famille et l’école. La famille est complètement dépassée par les siens. Des parents perdent le contrôle sur leur progéniture. Ils ne font que suivre leurs caprices. Les enfants sont devenus les patrons au sein de la famille. Par « amour » ou par « laxisme », les parents se mettent à genoux devant eux. Ils démissionnent de leur fonction principale, celle d’éduquer convenablement, dans les règles, leurs enfants. C’est le début du déraillement familial. Les enfants petits et ados prennent le pouvoir. Ce qui s’est passé autour du complexe sportif Moulay Abdal-lah est l’une des conséquences de la démission des parents et de la famille.

On ne peut pas parler de la famille sans parler de l’école. Les deux institutions sociales se complètent. Elles sont les revers d’une même cellule éducative chargée d’accompagner l’évolution et la socialisation des enfants. Or, dès lors que la famille est démissionnaire, l’école perd elle aussi son allié et associé naturel. Elle perd à son tour son pou-voir éducatif. Malheureusement, l’échec de l’école s’aggrave par la dévalorisation et de son statut social et de celui des enseignants. L’école n’est plus cet ascenseur de la promotion sociale. Les enseignants ne sont plus le modèle social à suivre. Pire, ils ne sont plus respectés ni dans leur personne ni dans leur fonction. Cette dévalorisation de l’école et des enseignants, ajoutée à la démission familiale, sont parmi les causes principales de la déviation comportementale d’une partie de la jeunesse marocaine.

Une jeunesse pour laquelle les stades sont devenus des dé-fouloirs. Une jeunesse qui attend avec impatience les matches pour laisser exploser sa rage sociale par les chants, les tifos et mal-heureusement par la violence. Une violence qui dépasse l’enceinte des stades pour atteindre les alentours. Une violence aveugle qui touche même ceux qui n’ont aucune relation avec l’événement et dont leur mauvaise chance les a placés sur le chemin de ces prétendus supporters. Une violence qui dégrade et détruit les biens privés et publics

Troisième mi-temps

Le vandalisme, le hooliganisme et la violence « gratuite » sont désormais la troisième mi-temps d’une certaine frange de supporters de foot dont l’appartenance à un camp devient une marque de fierté et de prestige. Malheureusement pour cette catégorie de supporters, être violent c’est se sentir supérieur aux autres, ceux de l’autre camp qui deviennent l’ennemi à battre. Agir violemment pour « défendre » le groupe est une forme de solidarité et de loyauté envers le groupe.

Pour cette génération d’ados, la pauvreté, le désoeuvrement, l’échec scolaire, le chômage, l’absence de perspective apportée par le système scolaire, l’ennui, l’ambiance des stades, les chants et les tifos constituent une identité et un moment de réconfort et de communion. Tous ces ingrédients rendent cette frange de nos adolescents violement agressive. Ce contexte devient encore plus explosif si on y ajoute drogues et armes blanches. Un contexte qui favorise la violence.

Notre football est en danger. Comme solution urgente : sévir et appliquer la loi vis-à-vis des contrevenants. Toute autre solution est à prendre en considération ! Seulement son effet prendra du temps. Or, il faut agir tout de suite. Déjà, nous avons pris du retard. Il faut sauver le soldat « football » !
 
Abderrahmane KITABRI

Des dégâts matériels et plusieurs blessés et arrestations

 

Les opérations sécuritaires menées par les services de la préfecture de police de Rabat suite aux actes de hooliganisme ayant éclaté mercredi soir après le match de football entre l’AS FAR et le Raja, ont permis l’arrestation de 13 personnes pour leur implication présumée dans des actes de jets de pierres, dégradation de biens publics, possession d’armes blanches et de fumigènes et violence à l’en-contre de fonctionnaires publics lors de l’exercice de leurs fonctions.

Les jets de pierres et les actes de hooliganisme ont fait des blessés parmi les forces publiques. Des dégâts matériels ont également été causés à 19 véhicules de la Sûreté nationale, un camion de la protection civile et une ambulance, en plus de six véhicules appartenant à des particuliers.