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International

Soudan : Quel accueil pour l’accord sur le retour de Hamdok ?


Rédigé par La rédaction le Mardi 23 Novembre 2021

Les forces civiles l’ont rejeté, insistant pour que l’armée reste à l’écart de la politique et exigeant que les militaires soient tenus responsables devant la justice.



Hamdok et Al-Burhan soulèvent les documents de l'accord concernant le retour du premier à la présidence du gouvernement, dimanche 21 novembre.
Hamdok et Al-Burhan soulèvent les documents de l'accord concernant le retour du premier à la présidence du gouvernement, dimanche 21 novembre.
Moins d’un mois après la dissolution du gouvernement soudanais par un coup d’État, l’accord visant à restaurer Abdullah Hamdok à la tête du gouvernement s’est heurté à l’opposition d’une partie des manifestants qui voyaient en lui un symbole de résistance au régime militaire, mais ils considèrent désormais sa signature de l’accord avec l’armée comme une « trahison ».

L’accord signé dimanche 21 novembre stipule que Hamdok dirigera un gouvernement de personnes qualifiées pendant une période de transition politique qui devrait durer jusqu’en 2023, et que tous les détenus politiques seront libérés.

Cet accord devait se fonder sur un précédent accord conclu entre l’armée et les forces politiques civiles à la suite du renversement du régime de l’ancien président Omar el-Béchir en 2019, selon lequel les deux parties se partageaient le pouvoir, bien que ce partenariat ait été perturbé par le coup d’État.

L’accord prévoit également une enquête sur les pertes humaines lors des récentes manifestations et l’achèvement du processus de paix sur lequel certains groupes rebelles soudanais se sont mis d’accord dans la capitale du Soudan du Sud, Juba, l’année dernière.

Une couverture légale au coup d’État

L’armée soudanaise affirme que sa prise du pouvoir était une mesure corrective pour surmonter les divergences politiques, et qu’il est désormais possible de poursuivre le processus de transition vers les élections. Les opposants soutiennent que l’accord fournit une couverture légale au coup d’État et permet à l’armée de consolider sa position en remplaçant ses fidèles à des postes importants, hypothéquant ainsi la transition politique et les objectifs du soulèvement de 2019 qui a renversé el-Béchir.

L’establishment militaire soudanais a accusé les factions politiques d’incitation contre l’armée, tandis que des groupes civils ont déclaré que l’armée manoeuvrait pour s’emparer du pouvoir. C’est ce qui s’est produit le 25 octobre, lorsque l’armée a arrêté la plupart de ses principaux opposants et placé Hamdok en résidence surveillée.

Une grande partie de la communauté internationale a condamné le coup d’État et les groupes pro-démocratie au Soudan ont lancé une campagne massive de protestations et de désobéissance civile. Les efforts locaux ont cherché à lancer une médiation soutenue par l’ONU pour revenir à l’accord de partage du pouvoir, coïncidant avec la décision de l’armée de consolider sa position.

Hamdok, qui a résisté à la pression de l’armée pour dissoudre son gouvernement juste avant le coup d’État, a déclaré qu’il avait signé l’accord pour épargner du sang après la répression sécuritaire au cours de laquelle des dizaines de manifestants ont été tués. Si l’armée se targue du soutien de certaines des anciennes factions rebelles qui ont signé l’accord de paix à Juba et d’éminents dirigeants civils appartenant à la période du règne d’al-Bashir, il n’empêche que l’ONU, la Ligue arabe et l’Union africaine ont accueilli le nouvel accord avec prudence.

L’armée doit répondre de ses actes devant la Justice

Mais la coalition politique des «Forces de la liberté et du changement» qui partageait le pouvoir avec l’armée, et des militants pro-démocratie qui ont mené des manifestations depuis le soulèvement de 2019 ont rejeté tout simplement l’accord.

Ceux-là, courroucés par le coup d’État et la mort de manifestants, exigent que l’armée se retire de la politique et qu’elle réponde de ses actes devant la justice. Ce qui augure, pour plus d’un de la poursuite des manifestations. Le sort de l’accord déterminera l’équilibre du pouvoir au Soudan, qui compte 46 millions d’habitants, et son soulèvement populaire a représenté une rupture avec le régime autoritaire, les conflits internes et l’isolement économique qui ont duré des décennies à l’époque de Bashir.

Le gouvernement Hamdok a obtenu l’approbation d’alléger le fardeau des dettes étrangères dépassant 56 milliards de dollars, une mesure que le coup d’État a soulevé des doutes quant à sa mise en oeuvre. Le gouvernement a également mis en oeuvre des réformes économiques douloureuses qui, selon lui, commencent à porter leurs fruits dans un contexte de crise des matières premières et de pauvreté généralisée.
 


Douze ministres démissionnent en protestation contre l’accord

12 ministres sur les 17 issus des Forces de la liberté et du changement (FFC) protestent contre l’accord signé entre le pouvoir militaire et l’armée, au Soudan. Pour exprimer leur désapprobation, ils ont présenté, lundi 22 novembre, leur démission au Premier ministre Abdallah Hamdok. Parmi ces ministres figurent les ministres des Affaires étrangères, de la Justice, de l’Agriculture, de l’Irrigation, des Investissements et de l’Energie, de l’Enseignement supérieur, du Travail, des Transports, de la Santé, de la Jeunesse et des Affaires religieuses.

« Ce qui s’est passé hier constitue un revers », a déclaré, à l’AFP, Mariam al-Sadeq al-Mahdi, l’une des ministres qui ont présenté leur démission. Dimanche 21 novembre, Hamdok a retrouvé son poste de Premier ministre après avoir signé un accord avec le général Abdel fattah al-Burhan, pour mettre fin à une crise provoqué par le putsch du 25 octobre.

Cet accord, qui revient sur l’ancien système du partage des pouvoirs entre civils et militaires et la libération des personnalités politiques arrêtées depuis le putsch, n’a pas altéré la résistance civile. Après la diffusion de cette cérémonie sur la chaine nationale, des milliers de Soudanais sont descendus dans les rues de Kassala, dans l’Est et Atbara, dans le Nord du Soudan, pour dénoncer la conservation du pouvoir par l’armée.