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Rétro-Verso : Zoom sur les soixante ans du Lycée Descartes de Rabat


Rédigé par Houda BELABD Mercredi 11 Octobre 2023

Cette année, le Lycée Descartes de Rabat fête son soixantième anniversaire par une série de festivités dont l’éclat a été récemment terni par le scandale de détournement de mineurs qui a passablement éclaboussé sa réputation jusqu’ici immaculée. Retour sur l’histoire glorieuse d’une institution mythique avec l’un de ses plus anciens lauréats.



Nous sommes en 1963. L'idée de construire un lycée français pouvant former de nouvelles générations de francophones est sorti des limbes. La classe dorée du Royaume y a inscrit ses enfants afin de leur offrir une scolarité prestigieuse étant à même de leur ouvrir les portes de la réussite professionnelle, quelques années plus tard. D'aucuns raisonnaient même en termes d'ascension socio-économique, car à le baccalauréat français, ce graal tant convoité, était déjà perçu comme un tremplin vers les dessins impénétrables du Seigneur.
"Avant de devenir payant, Descartes était difficilement accessible. Il n'était pas rare de recevoir des appels depuis la France, plus précisément depuis l'Elysée pour recommander des fils de notables ou pour booster les chances d'intégration de certains francophiles qui ne voyaient pas leurs noms sur les listes finales et pour qui Descartes était une question de vie ou de mort", affirme Said Madani, fondateur et président de l'Association des anciens élèves du Lycée Descartes.

Said Madani a rejoint les bancs de Descartes le 1er octobre 1963. C'est-à-dire le jour de l'ouverture du lycée aux futurs messagers de la langue française. "Accéder à l'école primaire de Descartes qui était déjà mixte à l'époque était une révolution pour le jeune garçon que j'étais" témoigne-t-il, avant d'ajouter que le cycle secondaire de Descartes, soit l'enseignement secondaire à proprement parler, n'était devenu mixte qu'en 1967.
 
Aux débuts des années 80, le lycée devient payant. "Cela coûte cher de s'inscrire au Lycée Descartes, mais vous savez, le savoir et la connaissance, ça n'a pas de prix", entrevoit notre interlocuteur, avant d'enchainer avec une bonne dose de diplomatie: "Il est vrai que l'enseignement payant relevait de l'incongru pour beaucoup de personnes et qu'il continue de choquer même de nos jours, mais sachez que parmi les élèves du lycée aux années 80, il y avait aussi des Français et des Marocains dont les parents exerçaient des professions libérales comme la coiffure, la vente de vêtements prêt-à-porter ou de fourniture scolaire".
 
 
Le lycée de l'élite
 
Qu'à cela ne tienne, dès ses toutes premières années, l'établissement était la destination phare de la communauté française et des fils de notables marocains. Aujourd'hui, même au-delà de nos frontières, la réputation élitiste du lycée n'a pas changé d'un iota. "Aux débuts des années 70, nous étions majoritairement français et européens francophones. Nos camarades marocains étaient issus de la classe riche du pays, celle des ministres, des diplomates, des médecins et des ingénieurs. Même de nos jours, avoir eu son bac à Descartes ouvre les portes les plus impénétrables de l'Hexagone", témoigne un coach professionnel français qui a coulé une enfance heureuse à Rabat, avec sa famille française "bien née".
 
 
Porte-drapeau des valeurs françaises
 
Parler de ce lycée, c'est faire ipso facto allusion à la francophonie et aux grandes gageures méditerranéennes. Le Lycée Descartes est, en effet, directement géré par l'Agence pour l'Enseignement Français à l'Etranger. C'est d'ailleurs en ce sens qu'il souhaite dupliquer le modèle français d'éducation dont il veut rester garant. A Rabat, il s'agit même d'une institution pionnière sur la question.
 
De même, nul besoin de rappeler que depuis sa création, l'établissement brandit haut et fort l'étendard du vivre-ensemble intercommunautaire, de la laïcité, des valeurs françaises, de l'autonomie intellectuelle, du savoir et de la connaissance tels qu'ils sont prônés depuis l'aube du Siècle des Lumières.
 
Mais depuis quelques semaines, quoi que l'on dise de cette institution, le souvenir d'un récent scandale qui a secoué l'opinion publique fait que tous les yeux sont rivés sur ce duel, pour ne pas dire cet imbroglio. Aujourd'hui, sur fonds de démêlés judiciaires, l'arbitrage est confié aux familles des élèves via des associations. Mais entre la justice marocaine et la direction française de l'école, le torchon brûle toujours.
 
 
 

3 questions à Said Madani « La francophonie est une grande chance pour le Maroc »

Fondateur et président de l’Association des anciens élèves du Lycée Descartes et créateur du premier site web des anciens du lycée, Said Madani est de loin le Zuckerberg franco-marocain et c’est avec une immense joie qu’il nous a accordé cette interview.
Fondateur et président de l’Association des anciens élèves du Lycée Descartes et créateur du premier site web des anciens du lycée, Said Madani est de loin le Zuckerberg franco-marocain et c’est avec une immense joie qu’il nous a accordé cette interview.
Parlez-nous de l'âge d'or et des années marquantes du lycée, c'est-à-dire celles que vous avez connues lorsque vous étiez lycéen.

J'ai rejoint ce lycée alors que j'étais haut comme trois pommes. Ce fut le premier jour de l'histoire du lycée, soit la journée d'ouverture de l'année de sa création. J'y ai coulé des jours heureux avec des camarades de divers pays francophones et de diverses cultures. A Rabat, nous étions les tout-premiers jeunes marocains et jeunes franco-marocains à représenter la France, en tant que mission basée à l'étranger. Ce fut une date révolutionnaire pour les deux pays. La deuxième date marquante était 1967, celle où les lycéens, filles et garçons, ont au-delà de tout discours obscurantiste rejoint leurs classes mixtes. Je me souviens que les toutes premières à avoir rejoint le lycée étaient issues des filières scientifiques des autres grands lycées de la place, comme le Lycée Moulay Hassan, ou le Lycée Lalla Aïcha. Il y a aussi une décennie qui nous a toutes et tous marqués, ce fut celle où beaucoup de nos amis écoliers et lycéens de confession juive sont partis en grands nombres en Israël et même ailleurs.
 
Que signifie, pour le Marocain que vous êtes, d'être un défenseur de la francophonie et du dialogue interculturel des deux pays de la rive méditerranéenne?
 
La francophonie est une grande chance pour le Maroc, pour ses défis socioéconomiques et un raccourci intellectuel vers la richissime histoire française des origines jusqu'à nos jours. Aujourd'hui, les francophones du Maroc représentent dignement notre Royaume au-delà de nos frontières.
 
Qui sont les "Cartésiens" célèbres de l'Histoire politique du Maroc?

-Pour ne citer que ceux qui l'affichent le plus fièrement du monde, je mentionnerai les anciens ministres Driss Benhima et Nabil Benabdellah, les femmes ministres Amina Benkhadra et Nadia Fettah Alaoui, etc.

 

Langues étrangères : La francophonie d’ici et d’ailleurs

Aujourd’hui, les élèves des lycées français présents au Maroc sont minoritaires, mais ils représentent ce courant intellectuel international et global qu’est la francophonie. Mais combien y a-t-il de francophones au Maroc, émoulus de ces lycées ou pas, et qu’est-ce que c’est que la francophonie, déjà?

Au Maroc, le ratio des citoyens francophones serait, selon de récentes statistiques menées par l'Organisation Internationale de la Francophonie, de 82% de personnes qui connaissent et comprennent le français basique et de 49% pour celles qui maîtrisent le français. La diminution de l'usage de la langue corrélerait avec la diminution de l'impact politique de la France dans la région.
 
A la fin des années 1960, les pères fondateurs de la Francophonie institutionnelle, à savoir Léopold Sédar Senghor et ses homologues tunisien, Habib Bourguiba et nigérien, Hamani Diori, ainsi que le Prince Norodom Sihanouk du Cambodge, ont exprimé leur voeu de mettre le français à l'épicentre de la solidarité, du développement et du rapprochement entre les peuples.
 
Ce fut le sens de la Convention portant création de l'Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), signée à Niamey le 20 mars 1970 par les représentants de 21 États et gouvernements : une véritable nouvelle organisation intergouvernementale créée sur la base du rayonnement d'une langue, le français, pour promouvoir et faire connaître les cultures de ses membres, et intensifier la coopération culturelle et technique entre eux.
 
Depuis la création de l'ACCT, qui est devenue l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en 2005, le chantier de la francophonie n'a cessé de se développer. Tout au long de ces années, cette organisation s'est construite, modernisée, rénovée et étoffée dans ses actions politiques et de coopération, dans ses réseaux et dans ses partenaires. Aujourd'hui, elle est devenue un acteur multipolaire majeur et un modèle de diversité.
 
En outre, la coopération avec l'ACCT est placée sous le signe de la culture et de l'éducation.
Déjà partenaire du Fespaco, le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ougadougou (Burkina Faso), depuis le début des années 1970, l'Agence a créé en 1988 son Fonds Images, qui a soutenu à ce jour la production de milliers d'œuvres cinématographiques et télévisuelles.
 
Dès 1986, elle a inauguré le tout premier de ses Centres de lecture et d'animation culturelle - Clac - permettant aux populations des zones rurales et des milieux défavorisés d'avoir accès au livre et à la culture. Ces centres sont aujourd'hui au nombre de 300, présents dans une vingtaine de pays, donc le Maroc.
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Par ailleurs, depuis 2001, l'Agence a mis en place un nouveau prix littéraire, le Prix des cinq continents de la Francophonie, qui distingue chaque année un roman d'expression française. De grands noms de la littérature francophone y participent : Jean-Marie Gustave Le Clésio, René de Obaldia, Vénus Khoury Ghatta et Lionel Trouillot figurent parmi les membres du jury.
 

Philosophie : Le credo du cartésianisme éclairé

Qui d'entre nous n'a jamais entendu la phrase "je suis cartésien" ou "avoir un esprit purement cartésien"? A défaut de vivre tout seul dans un trou sombre, la réponse est "personne".

Le terme cartésien renvoie à la pensée philosophique de René Descartes. Ce vocable, passé dans le langage courant, décrit une personne rationnelle qui soupèse le pour et le contre de toutes les décisions qu'elle doit entreprendre, et qui a les pieds solidement posés sur la terre ferme. Le cartésien se base, donc, sur des faits, et non sur des opinions, pour orienter sa vie et ses idées.

Pendant de nombreux siècles, moult philosophes se sont amusés à chercher le contraire du mot cartésien.  Ils ont proposé rêveur, confus, irrationnel, mystique ou même croyant. Mais là où le penseur Descartes a donné du fil a retordre à l'humanité entière, c'est quand il a nuancé, à coup d'analyses kilométriques, les croyances des intuitions. D'ailleurs, pour lui, une intuition est « la conception ferme d'un esprit pur et attentif », car l'intuition mène à la déduction. Ce qui fait qu'elle est bien plus éclairée qu'une simple opinion.
 
En d'autres termes, la pensée cartésienne ou le cartésianisme est le postulat selon lequel la raison est la clé de la connaissance. En ce sens, l'intelligence doit être mise au service de la connaissance. Ensuite, la faculté de penser est inhérente à tous les êtres humains, sans oublier que l'on peut aussi avoir une intelligence émotionnelle propre à chaque individu. Finalement, la pensée cartésienne rejette toute notion de foi ou de croyance. Elle s'oppose à l’existence même des religions qui, pour les cartésiens, sont l’optimum de l’’irrationalité.

Scandale : Le Lycée Descartes dans de beaux draps

Pédophilie. Le mot est lâché, et il s’agit d’un scandale scabreux qui vient de secouer le Lycée Français Descartes de Rabat. D’après un communiqué de presse de l’établissement, cette affaire concerne un enseignant qui a échangé des messages jugés inappropriés avec une élève du Lycée, laquelle a immédiatement dénoncé ces agissements après la diffusion de ces échanges sur les réseaux sociaux. Il y a quelques jours, le proviseur a diffusé un courriel général dans lequel il indique que le Lycée français a entamé une procédure de licenciement de l’enseignant pour faute grave et a saisi les autorités marocaines, en plus de saisir la Procureure de la République près le Tribunal de Grande Instance de Paris.

En effet, il y a quelques jours, une conversation entre l’enseignant franco-algérien, et une lycéenne de Descartes a circulé sur les réseaux sociaux, suscitant un choc considérable et une condamnation unanime. Supprimés par la suite, ils ont tout de même eu le temps de faire le tour du web. «J’ai engagé contre l’enseignant une procédure de licenciement pour faute grave. J’ai déposé plainte contre cet enseignant auprès des autorités marocaines pour faits délictueux à l’encontre d’une mineure» , pourrait-on lire dans un message électronique signé par le proviseur du Lycée, François Cuilhe. Mais une mise à jour s’impose: selon les informations recueillies par L’Opinion, une relation inappropriée s’est développée entre l’enseignante en question et une élève actuellement en dernière année. Cette affaire remonte à plus de deux ans et nos informations font état d’une tentative d’étouffement de la part de la direction de l’école. De plus, la justice marocaine n’a pas encore dit son dernier mot et l’affaire reste à suivre.



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