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Actu Maroc

Rentrée politique : Des dossiers brûlants attendent le gouvernement


Rédigé par Saâd JAFRI le Jeudi 8 Octobre 2020

Lors de cette rentrée politique, le gouvernement sera confronté aux conséquences de la pandémie, et sera mis en demeure de trouver des solutions efficaces pour des dossiers qui traînent depuis des années dans les tiroirs du parlement, sans oublier l’échéance des prochaines élections.



Rentrée politique : Des dossiers brûlants attendent le gouvernement
Comme chaque année, la rentrée parlementaire est au rendez- vous au deuxième  vendredi du mois d’octobre. Mais cette fois-ci, elle est marquée d’un côté par une pandémie qui a complètement ravagé l’économie nationale et installé une bonne partie de Marocains dans la précarité, et d’un autre côté par les élections législatives qui approchent à grands pas. Ce qui fait que tous les yeux seront rivés sur le Projet de loi des Finances 2021 pour voir les «solutions miracles» que proposera le gouvernement pour sortir de la crise.

Néanmoins, d’autres réformes urgentes attendent le gouvernement dans les mois à venir. Un projet de loi sur le droit de grève toujours en suspens, une loi-cadre polémique, un Code pénal en stand-by, un dossier de santé fièvreusement chaud…et la liste n’est pas exhaustive. D’autant plus que dans cette conjoncture défavorable, l’opinion publique multiplie les signes de mécontentement vis-à-vis des réalisations gouvernementales à l’ère de la Covid.

La rentrée législative de cette année est donc tout, sauf une simple formalité.

Un système sanitaire déficient
Depuis que le virus s’est incrusté dans le territoire national, le secteur de la Santé est passé par moult crises et spasmes. Le manque d’équipements médicaux, de ressources humaines et la faiblesse des infrastructures sanitaires ont fortement perturbé la réponse du Royaume à cette situation épidémiologique inédite. Les multiples alertes des professionnels du secteur illustrent ce constat et soulignent parfaitement la nécessité de mettre en place une stratégie fixe au lieu de se complaire dans l’improvisation. «Le gouvernement a eu plus de quatre mois de confinement, pourtant il n’a pas exploité convenablement ce délai pour doter les établissements sanitaires des équipements et mécanismes médicaux nécessaires, et fournir des structures d’accueil adéquates pour les patients», déplore le député Istiqlalien Omar Abassi. Le gouvernement a donc failli dans la gestion de la crise, souligne-t-il, en ajoutant que le problème de son échec ne réside pas dans les ressources financières, mais plutôt dans son manque de gouvernance.

Une éducation au bord du gouffre
Vient ensuite le dossier de l’éducation, un secteur stratégique, mais baignant dans le chaos suite au grand contraste entre les besoins réels de la stratégie de l’Education nationale et la stratégie du gouvernement. La Covid-19 a mis en évidence cet écart. Après des mois de confinement, il est devenu de notoriété publique que les efforts déployés par l’Exécutif demeurent insuffisants tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Même les universités accusent du retard alors que l’enseignement supérieur à distance se développe tout schuss sous d’autres cieux. «Les besoins sont énormes. Même en milieu urbain, les établissements scolaires sont sous-équipés en matériels informatiques», souligne la syndicaliste et conseillère Istiqlalienne, également Présidente de l’Organisation de la Femme Istiqlalienne (OFI), Khadija Zoumi, avant d’ajouter qu’un «peu d’anticipation aurait pu constituer une solution à la grande problématique de l’enseignement dont souffre notre pays».

Par ailleurs, le dossier de l’éducation comporte également la très polémique question des enseignants contractuels, qui mènent une série de grève, depuis près de 4 ans, pour exprimer leur rejet du recrutement par contrat et dénoncer les prélèvements sur salaire ayant touché ceux qui ont exercé leur droit de grève. «Si la situation des enseignants n’est pas améliorée, le système de l’enseignement continuera à s’effondrer», affirme la conseillère Istiqlalienne. Autant de défis qui attendent le gouvernement.

Une retraite des députés qui sème la zizanie et un code pénal en suspens
Après des années de concertations et surtout de polémique sur la retraite des députés, la question refait surface au sein du parlement. La Commission des Finances et du Développement économique à la Chambre des Représentants examinera, le 13 octobre, une proposition de loi tendant à la suppression des pensions de retraite des députés. Durant les deux dernières années, plusieurs formations politiques, dont le Parti de l’Istiqlal, ont soumis des propositions pour la suppression ou la réforme du système des pensions, mais en vain. Dans ce sillage, le chef du groupe istiqlalien à la Chambre des Représentants, Nourredine Mediane, nous déclare qu’il faudra trouver une solution à cette situation «déplorable et incompréhensible», compte tenu du fait que «plusieurs députés cotisent sans pour autant recevoir de pensions en contrepartie». Un autre dossier brûlant attend le gouvernement, celui de la réforme du code pénal. Omar Abassi nous confie que c’est «un dossier à traiter en urgence». Parmi les principaux points de désaccord entre les groupes parlementaires (même ceux de la  majorité), figurent les dispositions liées à l’enrichissement illicite. Un blocage «incompréhensible et injustifié», selon le député Istiqlalien, qui souligne le fait qu’il «touche à la volonté du pays de lutter contre la corruption ». Par ailleurs, il précise que le projet de loi comporte plusieurs autres volets très importants, comme l’aggravation des pénalités contre les violeurs, d’où la nécessité de débloquer la situation.

Le droit de grève n’avance pas d’un iota !
Lors de cette rentrée parlementaire, le gouvernement est, encore une fois, attendu de pied ferme du lest, sauf si le gouvernement fait preuve d’un engagement sérieux. D’ailleurs, le texte devait passer devant la commission des secteurs sociaux en septembre dernier, mais il a été reporté pour la énième fois afin de lancer un nouveau round du dialogue social.

Cependant, et au vu des multiples lacunes du projet de loi initialement présenté au parlement et des doléances des syndicats posées comme préalables pour son adoption, tout porte à croire que la tension entre le gouvernement et les syndicats ne pourra que monter durant les prochains mois. Cela dit, le gouvernement est appelé à rapprocher les points de vue des syndicalistes et des patrons, une mission qui s’annonce ardue.

La rentrée politique sera également une occasion de rendre les comptes. Une expression qui tourne et s’amplifie de jour en jour au sein de la société marocaine. Dans le brouillard de la situation actuelle, face aux contradictions et à l’improvisation de l’Exécutif, ça bouillonne, ça s’enrage.Les plaintes en provenance des professionnels de la Santé, des enseignants, de la classe laborieuse…de toutes les strates de la société marocaine se multiplient. Les dossiers chauds qu’attendent le gouvernement n’autorisent donc plus aucun attentisme.

Saâd JAFRI

3 questions à Abbas Boughalem

Abbas Boughalem
Abbas Boughalem
« La prochaine année législative sera dominée par les clivages électoraux »

Abbas Boughalem, professeur en sciences politiques à l’Université Mohamed 1er de Oujda, nous a présenté sa lecture de la nouvelle rentrée politique.

- La rentrée politique est de plus en plus proche dans un contexte de la crise sanitaire et de la fin de la législature, quelle est votre lecture ?
- À mon avis, le concept de rentrée politique n’a plus de consistance puisque le gouvernement ne fait que de la gestion des affaires courantes sans aucune vision politique dans un climat nébuleux. Nous l’avons remarqué pendant la crise sanitaire où les technocrates ont pris le dessus sur les politiques, ce qui a vivement impacté l’harmonie de l’Exécutif. Cette année sera politiquement creuse étant donné qu’elle correspond à une période transitoire en attente des prochaines élections.

- À l’approche des élections de 2021, la réforme du code électoral divise la classe politique, qu’en pensez-vous ?
À chaque fois que les élections approchent, la réforme du code électoral ressurgit dans  le débat public. Le principal point de discorde entre les partis est celui du quotient électoral qui divise les partisans du maintien du mode de calcul actuel et ceux qui exigent un calcul sur la liste des personnes inscrites sur les listes électorales, qui, à mon avis, n’est pas souhaitable. Or, l’inclusion des bulletins valides me semble assez légitime. En plus, le blocage concerne aussi le seuil électoral dont l’annulation peut conduire à une balkanisation de la scène politique, ce qui serait susceptible de compliquer la formation de la majorité parlementaire.

- Dans le contexte de la crise sanitaire, existe-t-il un risque de report des prochaines élections ?
- D’un point de vue constitutionnel, le report n’est pas une option désirable. Le Maroc est capable d’organiser les élections législatives en dépit des contraintes de la crise sanitaire, à l’instar d’autres pays, comme la France qui a organisé les élections locales en pleine pandémie.

Recueillis par Anass
MACHLOUKH

Encadré

Quotient électoral : Le PJD envers et contre tous
Alors que les élections législatives s’approchent de plus en plus, les tensions partisanes s’échauffent dès qu’il s’agit de la réforme du code électoral. En pleine concertation avec le ministère de l’Intérieur, les partis politiques semblent quasiment unanimes à appeler au changement du mode de calcul du quotient électoral, à l’exception du PJD qui s’obstine dans sa volonté de garder le mode actuel. En effet, le quotient électoral détermine la répartition des sièges entre les partis au niveau de chaque circonscription locale. Il s’agit de diviser le nombre de voix exprimées sur le nombre des sièges après avoir soustrait les voix des partis qui n’ont pas atteint le seuil électoral (3%). Ainsi, les sièges sont répartis sur les formations ayant récolté le nombre de voix le plus proche du quotient.

La base de calcul à est l’origine de la discorde au sein même de la majorité.Tandis que plusieurs partis de la majorité appellent à calculer le quotient sur la base des personnes inscrites sur les listes électorales pour garantir plus de pluralisme, le PJD qui dirige l’Exécutif se sent visé et ne cesse de crier au complot. Il reste passionnément attaché à garder le calcul du quotient sur la base des voix valides, par crainte de perdre des sièges. Ceci est d’autant plus clair que le nouveau mode de calcul risque évidemment de diminuer ses chances lors des prochaines élections puisqu’il sera plus égalitaire. Outre cela, le parti de la lampe n’a pas l’air de comprendre que le code électoral en vigueur ne prend pas en compte le nombre total des bulletins de vote puisqu’il exclut les bulletins invalides, ce qui est injuste selon plusieurs formations politiques de l’opposition qui revendiquent de prendre en compte ces bulletins dans le calcul du quotient électoral

Repères

Le Souverain ouvrira le parlement depuis le Palais Royal de Rabat
Prenant en considération les mesures préventives décidées par les autorités publiques sur Hautes Orientations Royales pour faire face à la propagation de la pandémie de Covid-19, SM le Roi a décidé d’adresser le Discours d’ouverture de la 1ère session de la 5ème année législative de la 10ème législature, à partir du Palais Royal de Rabat. Le Discours royal sera diffusé en direct à l’intérieur de l’enceinte du parlement et retransmis sur les ondes de la radio et à la télévision vendredi à partir de 16H00. Dans ce contexte, le Souverain a donné Ses Hautes Orientations afin de garantir la sécurité des parlementaires, notamment à travers le respect de l’ensemble des mesures préventives adoptées.
Une année législative exceptionnelle
Outre les dossiers chauds, la prochaine année législative prévoit en 2021 des rendez-vous électoraux pour le renouvellement des membres de toutes les institutions nationales, locales, régionales et professionnelles élues. Rappelons que les préparatifs en vue de ces échéances ont été marqués par la tenue de rencontres entre le  ministère de l’Intérieur et les chefs et représentants des partis, qu’ils soient représentés ou non au parlement, afin d’échanger sur les moyens de réussir cette étape et d’en faire une opportunité pour aller de l’avant dans les réformes et le processus démocratique.