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Monde

Le nouveau paradigme de l’ère post Covid: Place aux infrastructures hospitalières performantes et de qualité


Rédigé par Wolondouka SIDIBE le Lundi 7 Juin 2021

Repenser les infrastructures hospitalières en terme de qualité et de performance sur le continent, tels seront les enjeux du nouveau paradigme de l’ère post Covid quand on sait que sur 23 pays, la plupart ont moins d’un lit en unité de soins intensifs pour 100.000 habitants et seul un tiers d’entre eux est équipé de ventilateurs mécaniques sans compter l’inégalité criarde existant entre l’hôpital public et privé.



Maintenant que la vaccination a commencé, certes pas au même rythme dans tous les pays africains, en raison de la rareté de l’antidote de ce virus, la réflexion est désormais orientée vers les conséquences à tirer de cette pandémie notamment en matière d’infrastructures hospitalières. Cela suppose aussi que l’on s’achemine vers « l’éradication » ou « la fin de Covid », même si le risque de l’arrivée d’une troisième vague préoccupe les scientifiques.

Cette éventualité, si elle s’avérait réelle et à grande échelle, serait intenable pour le continent. A ce sujet, l’OMS est on ne peut plus claire : « touchée par une nouvelle hausse des cas de Covid-19, l’Afrique, où les livraisons de vaccins sont quasi à l’arrêt, n’est pas prête pour affronter une troisième vague de la pandémie ». Alors que l’Afrique compte officiellement plus de 4,8 millions de cas et 130.000 décès, soit 2,9% des cas mondiaux et 3,7% des décès.

Ces taux si faibles, soient-ils par rapport aux autres continents, ne signifient nullement que les infrastructures hospitalières seront en capacité de faire face à une nouvelle vague de type deux ou trois, de surcroit avec la détection de plusieurs variants de Covid-19. Une radioscopie des hôpitaux montre que les Etats africains doivent s’investir davantage dans la construction et la modernisation des infrastructures hospitalières.

Notes de performance

En effet, dans un rapport de l’OMS avant l’arrivée de la Coronavirus sur l’état de la santé dans les régions africaines, il s’avérait que l’indice moyen de performance du système de santé était de 0,49. Ce qui signifie que le système atteigne 49% seulement de leur niveau de fonctionnalité. Pour comprendre l’importance de ces chiffres, il faut dire que les notes de performance vont de 0,26 à 0,70. Elles sont de 0,32 pour l’accès aux services essentiels, 0,63 pour la qualité, 0,67 pour la demande et 0,32 pour la résilience. La crise sanitaire a montré que ces indications sont en deçà de la réalité.

D’où il faut repenser le système sanitaire autrement pour inverser la tendance dans les années à venir. Ce qui fait dire au Dr. Nadin Tayéwo Kokodé, Médecin urgentiste, épidémiologiste, spécialiste en médecine de catastrophe et en désastre humanitaire République du Bénin, qu’il faut faire de Covid-19 une opportunité. Il intervenait lors du premier webinaire des membres du Réseau des acteurs francophones pour la coopération Sud-Sud et Tripartite (RAFSUD), sous le thème « La gestion de la COVID-19 dans les pays de l’espace francophone : Bonnes pratiques et nouveaux défis », organisé en partenariat avec l’AMCI et le soutien de l’OIF.

Selon lui, il est primordial que l’Afrique profite des autres expériences pour assoir un système de santé plus performant, innovant et à la pointe des nouvelles technologies pour atteindre cet objectif : « l’Afrique doit soigner l’Afrique ». S’agira-t-il d’un voeu pieux ? Loin s’en faut car le continent a les moyens nécessaires pour réaliser ce rêve.

Il s’agit d’un impératif et le constat est amer. Car les équipements et le personnel de santé essentiels requis pour prendre en charge les patients gravement malades du Covid-19 sont largement insuffisants dans de nombreux pays sur le continent africain. Pire, selon l’OMS, sur 23 pays, la plupart ont moins d’un lit en unité de soins intensifs pour 100.000 habitants et seul un tiers d’entre eux est équipé de ventilateurs mécaniques. En comparaison, des pays comme l’Allemagne ou les Etats-Unis disposent de plus de 25 lits pour 100.000 habitants.

Unité de soins intensifs

Au-delà de l’investissement massif dans l’infrastructure hospitalière, il faut aussi penser formation comme le recommande WATHI, un think tank de l’Afrique de l’Ouest. Pour cette institution, « que ce soit pour répondre aux épidémies, pour faire face aux maladies chroniques, ou pour ne pas continuer à perdre des vies qui pourraient être sauvées tous les jours à cause de défaillances des services d’urgence ou d’erreurs médicales parfois grossières, il faut investir dans la formation, le suivi et l’encadrement des professionnels de santé ».

En réalité, les pays africains de l’Ouest devraient être en avant-garde contre Coronavirus puisqu’ils ont connu plusieurs maladies virales ces dernières années (Ebola, Lassa, etc.). Malheureusement, ils n’ont pas su tirer avantage de ces crises sanitaires. Elles ont été gérées de manière conjoncturelle même si elles ont permis à certains pays comme la Guinée et le Libéria d’améliorer leur système de santé à travers quelques équipements et la formation du personnel de santé.

Cependant, les défis demeurent. D’ailleurs, la banque mondiale recommande que 10% du budget soient consacrés aux dépenses de santé. Ce qui n’est respecté par aucun pays. Tout un programme en perspective pour que le nouveau paradigme de l’ère post Covid soit celle des infrastructures hospitalières performantes et de qualités au grand bonheur des patients.

L’hôpital public et l’hôpital privé, l’anachronisme

Beaucoup de pays du continent, notamment en Afrique de l’Ouest, ne dépassent guère 0,50 en ce qui concerne l’accès aux services essentiels, lit-on dans un rapport de l’OMS. Ce qui en dit long sur la qualité et impacte la demande et la résilience. En effet, 60% des dépenses de santé sont consacrés aux investissements tangibles (personnels, infrastructures, produits médicaux) au détriment des investissements intangibles. Les produits médicaux viennent en tête 39 % suivis du personnel 14% et les infrastructures 7%. Or, pour avoir un système de santé performant, il faut mettre l’accent sur le personnel et les infrastructures. Résultat : la plupart des hôpitaux publics manquent de matériels de travail modernes pour prendre en charge les patients. Certains hôpitaux privés de référence sont mieux équipés que les hôpitaux publics même universitaires. Les services de soins d’urgence et de traumatologie sont dans des états déplorables. Il n’y a pas de promptitude dans la prise en charge. C’est l’ensemble qu’il faudra revoir dans le nouveau paradigme post Covid.

  


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