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Interview avec Mounir Akasbi : « Zellige marocain, un héritage transmis de génération en génération »


Rédigé par Mina Elkhodari Mardi 18 Octobre 2022

Le patrimoine marocain a fait couler beaucoup d’encre suite à l’utilisation de motifs de zellige par Adidas sur les maillots de la sélection algérienne. L’occasion de revenir sur les origines 100% marocaines de cet héritage, avec Mounir Akasbi, enseignant-chercheur à la Faculté polydisciplinaire de Taza.



- Le nouveau maillot de la sélection algérienne créé par Adidas, qui introduit des motifs de «zellige», continue de susciter une polémique houleuse entre ceux qui estiment que ces motifs sont une appropriation culturelle du Maroc, ceux qui les attribuent à l’Algérie alors que d’autres revendiquent son universalité. Quelle lecture faites-vous de ce débat ?

- D’abord, il faut faire la différence entre le zellige archéologique et le zellige que nous voyons aujourd’hui dans le Palais El Mechouar (Tlemcen). Les plus anciennes pièces de zellige trouvées dans ce palais remontent au 13ème siècle, lorsque la ville de Tlemcen en Algérie a été au centre d’un conflit entre les Bani Abd al-Wad et l’État mérinide.

Cependant, les formes de zellige existantes aujourd’hui sont des restaurations et des reproductions réalisées par des artisans marocains au cours des dernières décennies. Ainsi, les plus anciennes pièces de zellige au Maroc remontent au 13ème siècle et sont trouvées dans la tour de la médersa marinide Seffarine, également appelée «l’école des chaudronniers». Par ailleurs, des morceaux de zellige datant du 11ème siècle ont été trouvés dans la Kalâa des Béni Hammad en Algérie.

D’autres, datant du 9ème siècle, ont été trouvés dans la grande Mosquée de Kairouan en Tunisie et d’autres en Andalousie. Mais, le zellige en tant que composante essentielle de l’architecture civile a connu son apogée au Maroc au 14ème siècle, en particulier à l’époque mérinide.

De ce fait, le zellige appartient, en tant qu’artisanat transportant des compétences et des connaissances anciennes, à la civilisation marocaine en vertu de son utilisation et de sa pratique continue jusqu’à aujourd’hui. Il s’agit d’un patrimoine immatériel vivant, que les Marocains ont hérité de leurs ancêtres et qu’ils fabriquent encore, renouvellent ses formes et les transmettent à leurs enfants. Quelque chose que les pays voisins ne font pas sur leur territoire où certains artefacts de zellige ont été trouvés.


- Le ministère de la Culture a mis en demeure Adidas de retirer du marché le nouveau maillot de l’équipe nationale d’Algérie, estimant que les motifs figurant sur le maillot sont inspirés d’un art céramique traditionnel marocain qu’est le zellige. Est-ce la bonne démarche pour le Maroc afin de défendre son identité culturelle ?

- Dans ce dossier, le Maroc a donné l’exemple aux autres pays en ce qui concerne la protection de son patrimoine culturel. Il est allé au-delà de la protestation à travers les médias pour désigner un avocat afin de défendre ses propriétés culturelles. L’action du Maroc est en réalité une sensibilisation mondiale sur ce phénomène nouveau qui est l’usage hors loi du patrimoine des pays. Il s’agit d’une nouvelle et bonne décision qui doit être valorisée surtout qu’elle a eu de bons résultats, comme le montre la déclaration d’Adidas. Quoi qu’il en soit, c’est une reconnaissance, de leur part, du droit du Maroc à cette revendication.


- Comment expliquez-vous que le zellige n’est pas encore inscrit dans la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO au nom du Maroc ?

- Le zellige est enregistré auprès de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle au nom du Maroc depuis 2015. Pour l’UNESCO, le voisin ne peut pas en revendiquer la propriété conformément à la Convention du patrimoine mondial de 2003 car il n’a aucune garantie que le métier sera pratiqué et remis aux générations futures, ce qui n’est pas le cas pour le Maroc.

S’agissant de son classement en tant que patrimoine mondial, les connaissances et savoir-faire liés à ce métier séculaire peuvent faire l’objet d’un dossier de classement, dans les jours à venir, au niveau de l’UNESCO en tant que patrimoine immatériel mondial. Toutefois, sur le plan du droit international en matière de patrimoine culturel, il y a encore des ambiguïtés dans les traités et conventions internationaux concernant les différends entre les pays, surtout dans le domaine du patrimoine immatériel, raison pour laquelle l’UNESCO encourage des dossiers communs entre plusieurs pays.


- Cette affaire n’est pas la première du genre, puisque durant cette année seulement, des images d’une artisane de tapisserie traditionnelle marocaine et ses talents artistiques ont été volés par le voisin algérien. Assistons-nous à une menace réelle pour le patrimoine culturel du Maroc ?

- En fait, l’acte d’Adidas n’est pas le premier du genre sur la scène internationale. Dernièrement, on a assisté à un usage abusif de certaines formes du patrimoine culturel marocain par autrui sans faire référence à notre pays, notamment dans des événements internationaux. C’est le cas du Qatar qui a eu recours à des motifs géométriques sur bronze, figurant dans les portes du Palais royal de Fès, dans une vidéo de promotion du Mondial 2022.

D’autres entreprises internationales optent pour le patrimoine culturel du Maroc dans leurs créations, notamment Dior qui a utilisé des motifs de couture traditionnelle purement marocains. Mais ce qui est important à souligner dans ce débat, c’est que, dans les trois cas, aucune autorisation n’a été délivrée pour cet usage. C’est dire que les formes patrimoniales marocaines sont menacées.


- Quelle action mener pour défendre l’identité culturelle marocaine ?

- Les efforts déployés par le ministère de la Culture, en coopération avec le ministère de l’Artisanat, ont abouti, depuis des années, à l’enregistrement de certaines créations patrimoniales tel que le zellige de Fès. Il s’agit d’une démarche qui entre dans le cadre de la stratégie nationale visant à préserver les éléments du patrimoine culturel marocain.

Dans le même sens, 26 éléments du patrimoine immatériel ont été enregistrés au nom du Maroc auprès de l’ISESCO avec la perspective d’envoyer 42 dossiers à l’UNESCO pour l’enregistrement, dont des éléments patrimoniaux bien connus tels que la cuisine marocaine, le caftan, la céramique de Fès et d’autres. Malgré les efforts importants du Maroc pour protéger son patrimoine contre l’utilisation illégale et le vol, le chemin reste long à parcourir.

En fait, il faut plaidoyer au niveau de l’UNESCO pour modifier la Convention du patrimoine culturel immatériel de 2003 et trouver une manière d’immatriculer les inventions artistiques authentiques des pays pour éviter leur perte, bien que les pays n’ont droit qu’à un seul dossier par an. Dans ce cadre, il est important de préparer une série d’études scientifiques sur le patrimoine culturel du Maroc et rechercher les moyens de le faire assumer par les jeunes générations.

De même, il importe de renforcer les actions d’inventaire national, approfondir les études sur les symboles et dimensions de notre héritage culturel matériel et immatériel, sans oublier d’inciter la clientèle marocaine à la consommation du produit national de l’artisanat. Plus important, il s’agit d’encourager une politique de sauvegarde des métiers en voie de disparition, à travers le classement des oeuvres des artisans en tant que trésors humains, comme le stipule la Convention du patrimoine immatériel. En effet, le Maroc abrite et conserve la majorité de l’héritage arabo-musulman de l’Occident musulman.



Recueillis par Mina ELKHODARI

Zellige marocain


Le Maroc contre-attaque à propos de l’usurpation de son patrimoine
 
Quelques jours après le débat suscité au sujet des maillots conçus par Adidas pour la sélection algérienne avec motifs de zellige marocain, le Maroc a engagé un avocat pour dénoncer un nouveau vol lié au patrimoine marocain.

En effet, l’avocat de la partie marocaine a adressé une mise en demeure au représentant légal d’Adidas, à son siège en Allemagne, tout en alertant l’entreprise qu’il s’agit bien d’une «appropriation culturelle» et d’une tentative de «voler» un aspect du patrimoine culturel du Maroc en l’utilisant en dehors de son contexte, ce qui participe, selon l’avocat mandaté, à «la déformation de l’identité et de l’Histoire de ces éléments culturels».

Adidas, pour sa part, est sortie de son silence pour annoncer avoir eu «des discussions constructives» avec le ministère de la Culture et confirmer «une résolution positive du récent problème du maillot». La société a, par ailleurs, relevé que le design s’est en effet «inspiré du motif des mosaïques zellige et n’a à aucun moment été destiné à offenser qui que ce soit».

L’équipementier a tenu, dans ce sens, à exprimer son profond respect «au peuple et artisans du Maroc», déplorant «la polémique autour de cette affaire». En fait, cette affaire n’est pas la première de son genre pour le Maroc. Dernièrement, une vidéo promotionnelle de la Coupe du monde 2022, montrant des motifs géométriques sur bronze, figurant dans les portes du Palais royal de Fès, a suscité la colère chez le public marocain.
 








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