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Interview avec Mohammed Naih : Il faut faire des jeunes des leaders territoriaux


Rédigé par Mina Elkhodari le Lundi 24 Octobre 2022

Dix-huit mois après le lancement de son projet «SEME3 SOUTI», l’«Association Mouvement Alternatives Citoyennes» (ALCI) vient de présenter son mémorandum qui vaut plaidoyer pour la participation territoriale des citoyens. L’occasion de revenir sur les opportunités et les obstacles limitant la participation des jeunes, notamment en situation de handicap, dans la prise de décision au Maroc. Interview avec Mohammed Naih, coordinateur de programmes à ALCI.



- L’Association Mouvement Alternatives Citoyennes (ALCI) a organisé des journées ouvertes en vue de présenter le mémorandum de plaidoyer territorial, quels en sont ses principaux points ?

- D’abord, il faut savoir qu’il s’agit d’un mémorandum territorial élaboré dans le cadre du projet SEME3 SOUTI / LISTEN TO MY VOICE, en partenariat entre ALCI, l’Agence des Etats Unis pour le Développement International (USAID) et le programme Education Civique Inclusive (ICE).

Parmi ses recommandations, figure l’importance de renforcer les mécanismes de participation citoyenne déjà existants dans les lois organiques des collectivités territoriales. L’objectif est de consolider la participation des jeunes, des femmes et des personnes en situation de handicap particulièrement, dans les quatre régions ciblées par le projet (Fès- Meknès, Casablanca-Settat, Béni Mellal- Khénifra, Tanger-Tétouan- Al-Hoceima).

D’autre part, le mémorandum insiste sur la nécessité d’inciter les décideurs à adopter des mesures encourageant l’implication de la société civile, des jeunes, des femmes et des personnes en situation de handicap dans le processus de gestion des affaires publiques locales, en perspective d’impulser le développement territorial.


- D’après votre long chemin parcouru dans la lutte pour une meilleure participation des jeunes dans la sphère économique et politique, surtout les personnes en situation de handicap, où en est-on au Maroc sur cette question?

- Il ne faut surtout pas occulter que le contexte marocain est caractérisé par des réformes législatives, institutionnelles et juridiques engagées depuis 2011. Cependant, ces efforts sont loin de réaliser les objectifs fixés puisque les citoyens ne sont pas pleinement engagés dans la prise de décision à l’échelle locale et régionale. D’après nos constatations au sein de l’ALCI, les jeunes, les femmes et les personnes en situation de handicap se sentent souvent sous-estimés par les politiciens et les décideurs au niveau régional et local. D’autres sont réticents à s’impliquer dans la conception des politiques territoriales.


- Quelle en est la part de responsabilité des décideurs et des institutions publiques ?

- Le manque de réponse positive et d’écoute des décideurs aux niveaux politique, économique et social, rend ces catégories sociales moins confiantes dans leur propre capacité à exercer une influence sur le processus de prise de décision et les changements au niveau local. Cela rend la tâche difficile à la société civile pour les impliquer dans les activités civiques, politiques et sociales.


- Quelle place pour les personnes en situation de handicap dans les politiques publiques ?

- D’après nos observations, les personnes en situation de handicap sont de moins en moins écoutées par les politiciens et les décideurs, que ce soit au niveau régional ou local. Le manque de dialogue reste souvent un obstacle majeur à un engagement plus conséquent dans le domaine politique et social. Ce manque de dialogue est également de mise entre les décideurs et la société civile qui travaille avec et pour les personnes en situation de handicap au niveau régional et local.

Ce constat fait, par conséquent, que la société civile et les personnes en situation de handicap participent de moins en moins à la conception, au suivi et à l’évaluation des politiques publiques territoriales. S’ajoute à cela la prévalence d’un climat de méfiance et de méconnaissance des rôles de la société civile, voire de mésestime de la capacité des citoyens à contribuer à la conception des politiques territoriales.


- Lancé en 2021 dans plusieurs régions du Maroc, notamment Fès-Meknès, le projet «SEME3 SOUTI» vise à donner un élan à la participation des jeunes, des femmes et des personnes en situation de handicap à le vie civique, quel bilan en tirez-vous et quels sont vos futurs objectifs ?

- Après 18 mois de mise en oeuvre du projet, nous pouvons dire que l’ALCI et ses partenaires ont pu lancer le débat inter-acteurs sur le sujet et donc mener des actions de renforcement des capacités et de sensibilisation sur les questions de la participation citoyenne, surtout pour les catégories les plus marginalisées. Nous avons mené un travail propre à renforcer le processus de démocratie participative et restaurer les liens de confiance entre la société civile, les populations, en particulier les jeunes, les femmes et les personnes en situation de handicap, d’une part, et les décideurs politiques au niveau local et régional, d’autre part. 38 sur 76 bénéficiaires (50%), concernant l’axe de renforcement des capacités intitulé «Leaders territoriaux», dans le cadre du projet, ont adhéré aux mécanismes de dialogue et de concertation locales (IEECAGs).

Cela a renforcé l’engagement et l’implication active et efficace de la population, en particulier des jeunes, des femmes et des personnes handicapées dans l’exercice de leurs droits afin d’influencer les décisions politiques. Les jours à venir seront consacrés à un plaidoyer à deux niveaux : au niveau territorial envers les Conseils régionaux afin d’assurer l’intégration des besoins spécifiques des personnes en situation de handicap dans les programmes de développement régionaux.

Au niveau national, nous allons présenter à la deuxième Chambre du Parlement notre livret (SEME3 SOUTI) qui récapitule toutes les revendications des jeunes, des femmes et des personnes en situation de handicap, que nous avons collectées sur les espaces interacteurs de dialogue et de concertation. Cette action se déploiera à deux reprises, une pendant le mois de novembre 2022 et l’autre pendant le mois d’avril 2023.


- Quelles politiques pour renforcer la participation des personnes en situation de handicap dans le processus de prise de décision à l’échelle régionale et nationale ?

- Tout d’abord, il importe d’encourager le débat et l’action concertée en assurant la participation la plus ouverte possible au plus grand nombre d’acteurs communautaires, d’associations, de groupements de citoyens, en particulier les personnes en situation d’handicap, puis l’instauration de liens de confiance entre les associations, la population d’une part, et les décideurs, d’autre part. S’ajoute à cela le renforcement de la participation citoyenne dans le processus d’élaboration des politiques publiques et à la prise en compte des préoccupations des personnes en situation de handicap par les décideurs.

Cette action est propre à favoriser la prise de conscience collective de l’importance du rôle des institutions publiques dans la promotion du changement et de l’effectivité des droits au niveau territorial, pour l’amélioration de la communication et la dissipation de la méfiance entre les décideurs et les associations.



Recueillis par Mina ELKHODARI

ALCI


Pour une participation efficace à la chose publique
 
Crée en 2004, l’Association Mouvement Alternatives Citoyennes (ALCI) se définit comme une ONG qui oeuvre pour un développement socio-démocratique durable, équitable, ainsi que pour la promotion des droits économiques, sociaux et civiques. Elle vise à contribuer à la mobilisation du mouvement social pour l’inscrire dans le processus de transformation et d’édification de l’État de droit, de la démocratie et de l’égalité.

ALCI est une association de plaidoyer qui mène des actions de mobilisation et de sensibilisation de la société civile dans la finalité d’améliorer les politiques publiques et renforcer la participation des jeunes à la gestion de la chose publique.

L’association avait lancé en 2021 à Fès le projet «Seme3 Souti/Listen to my voice» soutenu par l’Agence américaine pour le développement international (USAID). Ce projet s’inscrit dans le cadre du programme d’éducation civique inclusive (ICE), auquel l’USAID a alloué deux millions de dollars. Il vise à promouvoir la participation civique des jeunes, des femmes et des personnes en situation de handicap dans le processus démocratique et l’inclusion politique dans les régions de Fès-Meknès, Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Khénifra-Béni Mellal et Casablanca-Settat.
 








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