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Interview avec Hamza Rkha Chaham : En finir avec le désenchantement de la jeunesse africaine par rapport à l’agriculture


Rédigé par Wolondouka SIDIBE le Lundi 7 Mars 2022

SOWIT, start-up marocaine leader des technologies d’agriculture de précision et de fourniture de données à partir de la télédétection satellite et drone, vient de signer une convention au Niger pour dynamiser l’initiative « Le Niger doit nourrir les Nigériens » appelée « 3N » en vue de pallier les manques structurels de l’agriculture pour valoriser une surface agricole utile de plus de 15.000.000 d’hectares. Explications avec Hamza Rkha Chaham, Co-founder & COO-SOWIT.



Interview avec Hamza Rkha Chaham : En finir avec le désenchantement de la jeunesse africaine par rapport à l’agriculture
- En marge du Salon de l’agriculture du Niger 2022, vous avez signé une convention-cadre avec la Banque Agricole de ce pays. De quoi s’agit-il ?

- Cette convention porte sur des analyses par satellite et de l’intelligence artificielle, des facteurs d’inclusion financière et d’émergence des agriculteurs nigériens. Concrètement, SOWIT analyse les terrains des demandeurs de prêt pour faire ressortir le potentiel de production et favoriser l’octroi de prêt aux meilleures conditions.

Plus encore, les analyses historiques menées par SOWIT à partir de l’imagerie satellite permettent de mettre en place un plan de culture optimisé selon les données de sol, de climat ou encore d’historique de culture pour ensuite fournir des conseils au producteur au quotidien avec l’application mobile SOWIT. L’objectif est clair, accélérer l’émergence de l’agriculture nigérienne et faciliter les investissements internationaux dans l’agriculture nigérienne dont le potentiel n’est plus à démontrer.


- Quelles sont aujourd’hui les potentialités agricoles du Niger quand on sait que cet Etat développe le slogan « Le Niger doit Nourrir les Nigériens », appelé les « 3N » ?

- L’initiative 3N redynamise le secteur agricole nigérien en palliant les manques structurels de l’agriculture pour valoriser une surface agricole utile de plus de 15 000 000 d’hectares. Lesquels présentent d’énormes potentialités en production céréalières et maraîchères notamment. Il est aujourd’hui inacceptable que le pays compte un seul lycée agricole ou que les agriculteurs ne trouvent pas de financements quand bien même leurs activités sont rentables. L’initiative 3N s’attaque à de pareils goulots et on voit déjà le résultat sur le Salon de l’Agriculture SAHEL avec des coopératives qui émergent et produisent pour le Niger.


- Votre Startup SOWIT analyse les terrains des demandeurs de prêt pour faire ressortir le potentiel de production. Quels sont les mécanismes technologiques employés pour y parvenir ?

- Les satellites représentent une formidable opportunité pour cartographier et caractériser à distance les terrains et les parcelles. C’est d’abord une opportunité pour l’agriculteur qui peut recevoir des informations relatives à sa météo ou au besoin en eaux de ses cultures. C’est aussi une opportunité pour les institutions pour concevoir des politiques adaptées aux territoires et aux besoins des filières.

C’est, enfin, une opportunité pour les institutions financières qui peuvent savoir avec précision ce qu’elles peuvent financer (surface, potentiel de rendement…) et gérer le risque, à distance, une fois le financement octroyé. SOWIT traite des images satellite et en ressort, grâce à ses algorithmes, des informations relatives aux terrains et parcelles. Informations qui permettent de faire converger les intérêts des différentes parties prenantes et assurer un développement sain de l’agriculture.


- Qu’en est-il de l’engouement de la jeunesse africaine pour le secteur agricole ?

- Avec la jeunesse, nous avons longtemps vécu un désenchantement par rapport à l’agriculture. L’agriculture est perçue comme une activité difficile, laborieuse et peu rémunératrice. La jeunesse a de bonnes raisons de penser cela dans le sens où les goulots sont nombreux (financement, mécanisation, chaîne de valeur, expertise.) et empêchent les jeunes de réaliser leur potentiel ou du moins d’aspirer à le faire. Ils ont l’impression comme si les freins extérieurs les empêchaient de rêver et fixaient des limites indépassables. En face, la vie urbaine, présente un profil de risque plus extrême et plus intéressant car elle maintient l’espoir d’un rebond ou d’une amélioration significative des conditions de vie même si le quotidien peut être dur.


- Sur un autre plan, où en êtes-vous avec le rapport « Drones à l’Horizon : Transformer l’agriculture africaine » publié par l’Union Africaine ?

-  J’ai, personnellement, été co-auteur de ce rapport pour montrer au Conseil Exécutif de l’Union Africaine que les technologies sont une solution pour la jeunesse africaine et qu’il faut faciliter leur adoption. La plupart des territoires du continent ont manqué les révolutions de la mécanisation et celles des semences. Dans ces conditions, les Etats africains doivent se mobiliser pour ne pas manquer celle de la digitalisation car plus de 450 millions d’Africains vont affluer vers le marché du travail dans la prochaine décennie. L’agriculture peut être un vrai creuset pour lutter contre le chômage massif des jeunes africains.


- Un mot par rapport au Maroc ?

- Le Maroc compte des locomotives agricoles qui adoptent les technologies car elles font face à une compétition internationale et se doivent de renforcer leur compétitivité tout en limitant leur empreinte environnementale. Un producteur d’agrumes marocain fait en réalité face aux producteurs turcs, brésiliens ou même égyptiens dans une certaine mesure. Il se doit d’améliorer sa qualité, année après année, et de limiter ses coûts pour subsister. Ce sont ces locomotives qui répandent les technologies et tirent l’ensemble du marché. Il ne faudrait pas donc qu’elles s’essoufflent au temps où les contraintes de production deviennent de plus en plus importantes. Nous sommes à leur disposition pour que la technologie contribue à la réalisation de leurs objectifs.



Propos recueillis par Wolondouka SIDIBE


Bon à savoir
 
La 7ème édition du Salon de l’Agriculture, de l’Hydraulique, de l’Environnement et de l’Élevage (SAHEL- Niger) 2022 s’est tenue du 25 février au 2 mars 2022 au Palais du 29 juillet de Niamey. Placée sous le thème : « L’Agriculture nigérienne dans la zone de libre-échange continentale africaine », entendait valoriser davantage l’Initiative 3N « Les Nigériens Nourrissent les Nigériens ».

Le pays dispose de 15 000 000 d’hectares de terres cultivables et moins de 25% de cette surface est cultivée, alors même que le fleuve Niger, le troisième le plus long d’Afrique, assure la disponibilité d’eau sur près de 500 km. Rappelons que l’agriculture au sens large (productions végétales, animales, forestières et halieutiques) contribue à hauteur de 40% au PIB du Niger tandis que le secteur emploie 80% de la population active. Un secteur important en cours de modernisation.

Cette édition a accueilli plus 520 exposants et plus de 200 000 visiteurs. Elle a été structurée en cinq (5) pôles, que sont le pôle exposition, le pôle conférences, le pôle médiatisation, le pôle concours, et le pôle publicitaire.