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Interview avec Amina Msefer : « Il est urgent de répandre une culture sur le handicap mental »


Rédigé par Safaa KSAANI le Mardi 22 Mars 2022

Qu’elles soient atteintes de trisomie, d’autisme ou du syndrome de Martin Bell… les personnes en situation de handicap mental ont besoin d’être mises en avant et accompagnées, considère la présidente de l’association des parents et amis des personnes handicapées mentales, Hadaf.



- La problématique de l’intégration des personnes en situation de handicap mental ravive les débats à l’occasion de la journée mondiale de la trisomie 21. Comment évaluez-vous la situation dans le Royaume ?

- Durant ces dernières années, les choses ont beaucoup évolué à travers notamment la création des classes intégrées, du fond de cohésion sociale, sans oublier la contribution de l’INDH… Toutefois, malgré ces avancées, il reste encore beaucoup à faire. De nombreuses familles n’ont pas de sécurité sociale et de travail stable. Et par conséquent, elles ont beaucoup de difficultés à prendre en charge leurs enfants en situation de handicap mental.


- Globalement, à quelles problématiques sont confrontés les personnes en situation de handicap mental au Maroc ?

-Je ne peux pas dissocier la personne en situation de handicap mental de sa famille. Comme vous le savez, aussitôt qu’un enfant handicapé arrive dans une famille, il y a une perturbation. Déjà, l’annonce se fait en général très mal. Les familles ne sont pas du tout préparées à avoir un enfant “différent”, elles sont donc affectées, et souvent ne sont pas très bien accompagnées. On oublie de donner de l’espoir à ces parents et de leur dire qu’“avec un accompagnement permanent, adapté, évolutif.., ces enfants peuvent progresser, vous apporter de la joie, apprendre à leur rythme, ils vont certainement vous surprendre…” C’est juste pour dire que dès la naissance il y a des problèmes.

A la petite enfance, les autres mamans trouvent des crèches et garderies, tandis que celles qui ont un enfant “différent” n’en trouvent que rarement. Je ne peux pas dissocier la personne en situation de handicap mental de sa famille, qui est le principal acteur de la protection et de la prise en charge des personnes en situation de handicap mental. Les problèmes commencent déjà à la naissance et à l’annonce du handicap. Les familles ne sont pas toujours préparées à avoir un enfant “différent”, et elles ne sont pas du tout accompagnées. On oublie de donner de l’espoir à ces parents et de leur dire qu’avec un accompagnement permanent, adapté et évolutif, leurs enfants pourront progresser.

Les représentations sociales et les attitudes négatives sont également un obstacle majeur à la scolarisation des personnes en situation de handicap mental. Et lorsque les parents réussissent enfin à scolariser leur enfant, d’autres difficultés surgissent. Les enfants sont confrontés à l’hostilité des autres élèves, des parents d’élèves, des enseignants ou de l’administration.

Cette hostilité subie par les familles et les enfants est l’un des obstacles majeurs à l’inclusion scolaire des personnes en situation de handicap mental. L’accession à une formation de qualité et à un emploi est un parcours semé d’embûches. Les établissements de formation professionnelle ne sont pas prêts à accueillir ces personnes. L’accès au monde du travail est également très difficile. Beaucoup en restent exclus et le taux de chômage des personnes en situation de handicap est 6 fois supérieur au taux national, selon le Haut-Commissariat au Plan (HCP).

Des dispositions juridiques pour encourager l’employabilité des personnes en situation de handicap existent mais elles ne constituent pas un cadre incitatif en faveur de l’emploi de ces personnes, surtout en ce qui concerne les personnes en situation de handicap mental. Le handicap mental fait peur et les employeurs ne se sentent pas protégés juridiquement. Ils ne savent pas quel type de contrat faire ou quel salaire donner. Ceux qui acceptent de prendre une personne en situation de handicap mental au sein de leur entreprise ou de leur petit commerce ne font que des actions solidaires.

En fait, malgré les avancées enregistrées ces dernières années, les personnes en situation de handicap mental et leurs familles continuent de souffrir de marginalisation, de discrimination et de non inclusion.


- Quel est l’environnement favorable à leur inclusion sociale ?

- Dans un contexte qui n’est pas inclusif, le rôle des associations dans l’insertion scolaire ou professionnelle des personnes en situation de handicap mental est très important. Celles-ci accompagnent non seulement les personnes mais doivent également répondre aux besoins exprimés par les acteurs (employeurs, établissements scolaires, etc.) qui veulent s’inscrire dans une démarche d’inclusion et préparer l’environnement d’accueil.

Il faut aussi qu’il y ait plus de sensibilisation et conscientiser les décideurs, les acteurs institutionnels, les professionnels du monde médical, éducatif, économique et médiatique, les acteurs associatifs, familles, personnes elles-mêmes et la société en général, pour que le sujet du handicap et les attentes de cette catégorie de la population soient abordés comme un chantier de réforme et une question sociétale.


- Comment avez-vous été amenés à travailler depuis l’avènement de la pandémie du Covid-19 ?

- Comme tout le monde, nous avons dû fermer l’institution mais nous avons suivi les familles et les jeunes apprentis à distance. Les éducateurs ont eu une formation sur l’utilisation du numérique. Ils ont pu assurer des cours à distance. Cette période était très dure pour les parents. Il y en a qui vivent dans de très petits appartements. Ces personnes ne supportent pas d’être enfermées. On les a accompagnés psychologiquement et matériellement.


- En termes d’accès à la scolarité, certains centres ou écoles refusent d’intégrer les personnes présentant un handicap mental. Quel commentaire en faites-vous ?

-La loi est claire sur ce point. Ils n’ont plus le droit de les refuser. Le problème qui se présente est qu’on demande aux parents de ramener une AVS (Assistante de Vie Scolaire), une personne pour s’occuper de leur enfant. Ce sont les parents qui la paient. Comment voulez-vous qu’une famille, qui n’a même pas le SMIG, puisse payer une AVS qui ne coûte pas moins de 2500. C’est impossible, donc l’enfant ne va pas à l’école. De plus, la question de l’accessibilité mérite toute une approche. Le Maroc a un arsenal juridique très important mais où en est sa mise en oeuvre ?.


-A quoi aspirez-vous pour voir un changement, au respect et à l’équité des chances ?

-Nous demandons à ce que les lois soient respectées et appliquées et à ce qu’on reconnaisse le droit des personnes en situation de handicap mental. Le handicap est appauvrissant parce que c’est coûteux pour les familles. C’est pourquoi il faut donner des allocations pour les personnes en situation de handicap mental.

La prise en charge de ces personnes passe par l’accompagnement et pour cela, il faut former des éducateurs spécialisés, et que le statut de ces personnes soit reconnu. Il faut que les droits des personnes en situation de handicap mental soient reconnus pour une meilleure insertion au sein de la société, que ces personnes soient acceptées comme elles sont, avec des aidants qui les soutiennent ainsi que leurs familles.
 
Les enfants sont confrontés à l’hostilité des autres élèves, des parents d’élèves, des enseignants ou de l’administration.

- Le handicap mental, plus qu’un autre, nourrit les pires inquiétudes et clichés auprès de ceux qui ne le connaissent pas. Comment briser cette peur ?

-Cela passe par l’information et la sensibilisation. La société doit adopter une attitude intégrante envers ces personnes qui ont les mêmes droits que n’importe quel citoyen. Les personnes en situation de handicap mental ont leur place dans la société comme citoyen à part entière.

L’inclusion de ces personnes doit se faire sous différents aspects : psychologiques, sociologiques, économiques et juridiques. Et puis qu’on arrête de les stigmatiser et de dire “Meskine”. Ce sont des choses qui pèsent très lourd. Une personne en situation de handicap mental dispose, au même titre que toute personne, de qualités et de capacités qui méritent d’être mises en avant.

Il est donc urgent aujourd’hui de répandre une culture sur le handicap mental qui incite au respect des personnes en situation de handicap mental.



Recueillis par Safaa KSAANI


Paul, le trisomique qui casse les clichés

Paul Larbi Mamere, dans le journalisme, est un véritable exemple et source d’espoir d’une existence ordinaire pour toute personne affectée par un handicap. Paul est porteur de la trisomie 21, une anomalie génétique du chromosome 21 qui se traduit par une déficience intellectuelle et un retard dans le développement. Un handicap qu’il a su transformer en une motivation.

Résultat : il réussit à intégrer l’Institut Supérieur de l’Information et de la Communication (ISIC) après avoir décroché son baccalauréat avec mention bien. Son intégration dans la vie professionnelle est un choix que Paul a longuement préparé au sein de sa famille, grâce au suivi et à l’accompagnement de son père, qui récolte les fruits de ses efforts.
 








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