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Gaz non-conventionnels au Maroc : Quel avenir pour les gisements de gaz de schistes ?


Rédigé par Oussama ABAOUSS le Mardi 26 Octobre 2021

Riche en gisements de gaz de schistes, le Maroc a pourtant choisi de temporiser avant de se lancer dans un chantier d’extraction qui peut s’avérer néfaste pour l’environnement.



Les pays européens font actuellement face à une véritable crise d’approvisionnement en gaz naturel. À raison de 2 000 dollars par 1 000 mètres cubes environ, le prix du gaz est 10 fois plus cher que le prix moyen enregistré l’année dernière. Selon les spécialistes européens, cette crise s’explique entre autres par une demande à la hausse qui fait face à des stocks mondiaux à la baisse.

Dans ce contexte, se pose la question du recours potentiel aux gaz non-conventionnels dont l’exploitation a jusqu’à lors été systématiquement reportée au vu des dégâts environnementaux qu’elle pourrait engendrer. Si des pays comme les Etats Unis et la Chine ont depuis plusieurs années franchi le pas de l’exploitation de ces gaz non-conventionnels - et du gaz de schiste notamment -, plusieurs pays hésitent encore à le faire face à une résistance de la société civile environnementale. C’est le cas des pays européens, mais également d’autres pays émergents comme le Maroc.

Les gisements potentiels

Au Maroc, l’intérêt des sociétés internationales pour l’exploration des gaz de schistes au Maroc a incité l’ONHYM à s’impliquer depuis plusieurs années dans l’exploration de cette ressource non-conventionnelle pour répondre à un double objectif : l’évaluation du potentiel des bassins sédimentaires marocains en gaz de schistes et la mise en place de partenariats avec des sociétés spécialisées, dans des zones où les recherches n’ont été traditionnellement orientées que vers les hydrocarbures conventionnels.

Les travaux préliminaires réalisés par l’Office ont permis de faire une première évaluation des potentialités en gaz de schistes des bassins sédimentaires marocains. Cette étude a montré que plusieurs bassins seraient prometteurs. « Le Maroc représenterait ainsi le troisième pays en Afrique du Nord en terme de potentiel pour les gaz de schistes et dispose de larges réserves réparties dans 4 bassins majeurs : Bas-Draa Zag, Boudenib et Ouarzazate, les Hauts Plateaux et le Tadla & Haouz ».

Les impacts de l’exploitation

Au Maroc comme ailleurs, l’exploitation des gaz de schistes est cependant une décision qui ne se prend pas à la légère au vu des impacts environnementaux considérables qui peuvent en découler. « La technique la plus utilisée actuellement pour exploiter le gaz de schiste est la fracturation hydraulique. Cette méthode intervient après la réalisation de forages dirigés, c’est-à-dire des forages qui peuvent changer de direction en fonction de la profondeur et de la densité de la matière pour chercher l’horizon schisteux qui contient du gaz », explique Ahmed Skali Senhaji, co-fondateur et vice-président de l’Association Cercle des Géotechniciens Marocains.

« Pour libérer le gaz, la méthode consiste à injecter de l’eau - mélangée à des adjuvants chimiques - sous très haute pression afin de fracturer la roche. En plus de la pollution de l’air et de l’utilisation des ressources hydriques non-négligeables, la fracturation hydraulique peut éventuellement engendrer des instabilités géologiques et une pollution de la nappe phréatique », poursuit l’ingénieur géotechnicien.

Vers des méthodes plus durables ?

Face à une société civile marocaine qui depuis plusieurs années alerte sur les dangers d’une potentielle exploitation des gaz de schistes au Maroc, l’ONHYM avait à plusieurs reprises tenté de rassurer en soulignant que les travaux et études entamés dans ce domaine ne signifiaient pas que la phase d’exploitation était imminente. Des publications de l’Office disponibles sur son site officiel relativisent cependant les impacts environnementaux d’une éventuelle exploitation en soulignant que les eaux utilisées pour une fracturation « sont moins importantes que celles utilisées pour alimenter un golf ».

L’ONHYM évoque par ailleurs des techniques qui permettent de récupérer l’eau utilisée afin de la traiter puis de la réutiliser. « Les méthodes d’extraction du gaz de schiste évoluent pour tenter de limiter les impacts environnementaux tout en améliorant le potentiel de rentabilité. Est-ce qu’aujourd’hui les méthodes d’extraction du gaz de schiste sont suffisamment rentables et maîtrisées pour justifier de se lancer dans l’exploitation ? Je pense personnellement que ce n’est pas encore le cas », conclut Ahmed Skali Senhaji.


Oussama ABAOUSS

 

Les banques françaises contre le gaz de schiste
Le 18 octobre 2021, les six plus grandes banques françaises ont annoncé la décision commune de réduire fortement (voire de couper) leurs crédits accordés aux projets d’exploitation d’hydrocarbures dits non-conventionnels, comme le pétrole ou le gaz de schiste ou encore les sables bitumineux. Annoncée à travers un communiqué de la Fédération bancaire française, cette décision sera actée à partir de 2022 par BNP Paribas, le Crédit Agricole, la Société Générale, la BPCE, le Crédit Mutuel et la Banque Postale.
 

120 ans de réserves en gaz de schiste
Selon l’ONHYM, les principales ressources potentielles de gaz de schiste se trouvent aux États Unis, au Canada, en Chine, en Australie, en Algérie, au Maroc, en Inde, ainsi que dans de nombreux pays d’Europe. Rappelant que l’Amérique du Nord « qui exploite depuis plusieurs années son gaz de schiste se dirige vers l’autosuffisance en gaz », l’Office précise que les gaz de schistes représentent l’essentiel du volume mondial de gaz non-conventionnels estimé par l’EIA à l’équivalent de 120 à 150 ans de la consommation actuelle de gaz naturel.


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Gaz non-conventionnels au Maroc : Quel avenir pour les gisements de gaz de schistes ?

Monde


Pour se développer, l’industrie du gaz de schiste doit rassurer les populations
 
La production mondiale de gaz de schiste explose notamment aux Etats Unis, en Chine. Il y a une décennie, cette filière représentait déjà l’équivalent de 15 300 m3 par seconde en 2010, soit 483 milliards de m3 par an. Selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la production mondiale de gaz de schiste et gaz non conventionnels pourrait tripler d’ici 2035 et prendre la place du charbon « si l’industrie modifie ses manières de faire afin de rassurer la population ».

Dans une publication dédiée au sujet, l’ONHYM considère le gaz de schiste comme « un enjeu énergétique majeur ». « Plusieurs compagnies internationales ont manifesté leur intérêt pour l’exploration des gaz de schistes au Maroc », précise la même source qui, par ailleurs, tient à rappeler que « le processus d’exploration et de développement des gaz de schistes est un cycle long et surtout capitalistique. Il nécessite la mise en place d’une stratégie adaptée pour une exploration et une exploitation efficientes ».

 

Texas


Suspension de la fracturation à cause de la multiplication des séismes
 
Aux Etats Unis, pays pionnier dans l’exploitation des gaz de schistes, l’Etat du Texas a récemment pris la décision de limiter jusqu’à nouvel ordre la fracturation hydraulique utilisée pour l’exploitation des gisements de gaz de schistes dans toute une partie de son territoire.

La décision, qui n’a pas manqué de provoquer une levée de boucliers des entreprises minières, a été prise à l’issue de plusieurs séismes causés par le processus de fracturation hydraulique dont l’impact a fragilisé les structures géologiques de certaines zones du sous-sol texan.

«Depuis février 2020, six séismes de magnitude 3,5 ou supérieure ont été ressentis dans le Bassin permien», a récemment déclaré la Railroad Commission of Texas (RRC), l’agence fédérale chargée de réguler les industries du pétrole et du gaz dans l’État qui vient d’annoncer sa décision de suspendre tous les processus d’octroi de permis d’extraction par fracturation hydraulique dans le bassin sédimentaire concerné dont la superficie est de 220.000 kilomètres carrés (quasiment le tiers de la superficie du Texas, qui s’étale sur 696.241 km2). Les puits autorisés, mais pas encore totalement mis en service, ont également été sommés de suspendre leur activité.

Pour les soixante-seize puits déjà en activité, la RRC a décidé d’imposer une limitation du volume d’extraction à 10.000 barils par jour maximum. Les puits en activité devront par ailleurs fournir des données précises sur leurs injections tous les mois à la RRC, ainsi que leur historique d’extraction depuis 2019.

 

3 questions à Mohamed Benata, président de l’ESCO


« Extraire ce gaz sans risque environnemental et géologique est quasiment impossible »
 
Docteur en géographie, président de l’Espace de Solidarité et de Coopération de l’Oriental (ESCO) et fervent militant anti-gaz de schiste, Mohamed Benata répond à nos questions.


- Pensez-vous que l’évolution des méthodes d’extraction des gaz de schistes puisse permettre à long terme d’exploiter durablement les gisements marocains ?

- Je tiens d’abord à rappeler que contrairement au gaz naturel, le gaz de schiste est piégé dans des roches qui sont en profondeur dans le sous-sol. Extraire ce gaz sans risque environnemental et géologique est quasiment impossible. Il est possible que l’évolution des technologies d’extraction et d’exploitation puisse apporter des innovations qui changent la donne, mais au vu des techniques actuelles, le rapport bénéfice-risque nous impose de ne pas toucher à ces gisements.


- Donc, vous n’excluez pas la possibilité que l’exploitation des gaz de schistes au Maroc puisse devenir une réalité dans les prochaines décennies ?


- Je suis personnellement convaincu que toute exploitation des gaz de schistes au Maroc serait bien plus néfaste que bénéfique pour le développement du Maroc. Si nous franchissons le pas de l’exploitation de ces gaz non-conventionnels, nous aurons peut-être accès à des ressources énergétiques fossiles supplémentaires, mais le revers de la médaille se présentera sous forme d’impacts négatifs environnementaux et hydriques qui seront considérables.

Dans le contexte actuel de pénurie hydrique, nous ne pouvons pas nous permettre de faire une erreur pareille d’autant plus que l’orientation stratégique qui a été prise depuis plusieurs années nous engage à plutôt privilégier le développement des énergies renouvelables.


- Quid des retombées économiques que pourrait apporter l’exploitation de ces gisements ?


- Peut-être que l’exploitation du gaz de schiste au Maroc pourra générer des bénéfices à l’Etat marocain et aux entreprises qui seront chargées de ces chantiers, mais quels bénéfices pourront tirer les populations qui vivent dans les régions concernées sachant que ce genre d’activité ne pourra qu’impacter négativement leur qualité de vie, leurs ressources hydriques, ou encore les paysages de leurs régions quand l’exploitation sera plutôt tournée vers les schistes bitumineux.

Au vu de la nature même de ces gisements, les risques seront toujours plus importants que les bénéfices potentiels. Même le prix du gaz ne peut justifier qu’il en soit autrement, car dans le coût de l’exploitation, il faut obligatoirement intégrer le coût environnemental et social.

Propos recueillis par O. A.

 








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