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Armement : Canons CAESAR, “game changer” pour le Royaume ?


Rédigé par Anass MACHLOUKH et Soufiane CHAHID Mardi 29 Novembre 2022

Star de la guerre russo-ukrainienne, le canon CAESAR va entrer incessamment en service au sein de l’armée marocaine. Que vaut ce canon ? Que va-t-il changer ? Décryptage.



Quelques mois après la réception du premier lot de canons CAESAR, l’Ecole royale de l’artillerie a accueilli, le 16 novembre dernier, un projet pédagogique d’instruction et de conseil concernant leur utilisation. Cette formation est délivrée par des officiers français dans le cadre de la coopération entre les deux armées. Les canons livrés au Maroc, dont le nombre n’a pas été rendu public, ne représentent qu’une première partie des 36 CAESAR commandés par le Maroc en 2020.

L’entrée en service de ce nouveau système dans l’artillerie marocaine intervient dans un contexte spécial. Cette arme est devenue la star des médias et des réseaux sociaux ces derniers temps. Et pour cause, les 18 obusiers livrés à l’armée ukrainienne au printemps et au début de l’été dernier auraient fait une grande différence sur le terrain. Précise, agile, malléable, les experts militaires ne tarissant pas d’éloge à son égard. “C’est un effet de relais, la guerre d’Ukraine n’a fait qu’amplifier un succès militaire et industriel déjà connu auparavant”, commente Marc Chassillan, consultant et expert en système d’armes terrestres, et ancien ingénieur à Nexter, le groupe français qui produit les CAESAR.

Précision et mobilité

Comment expliquer ce succès ? En Ukraine, ces canons auraient déjà à leur compteur une centaine de chars et de pièces d’artillerie ennemis détruits, en plus de dépôts de munitions et des pertes humaines. L’arrivée au front de ces armes aurait même légèrement rééquilibré le rapport de force entre les deux armées, spécialement au Donbass. «Le canon CAESAR est un des meilleurs au niveau mondial, vu qu’il a été largement expérimenté et a fait ses preuves au niveau opérationnel», nous explique Peer De Jong, ancien colonel des troupes de la Marine et ancien aide de camp du président Jacques Chirac.

En effet, le canon dispose d’une portée de 40 kilomètres avec la puissance d’une munition de 155 mm et une précision quasi- millimétrique. «Cette force de frappe permet d’atteindre des cibles en profondeur au-delà des lignes ennemies. C’est un avantage d’une valeur incommensurable dans un conflit armé», ajoute notre interlocuteur. Un des autres avantages du canon est son extrême mobilité. «Vous pouvez tirer et changer immédiatement de position, ce qui vous met à l’abri d’une riposte », explique le colonel.

En effet, le calculateur prend, selon notre expert, les éléments de tirs en roulant et les envoie directement à l’engin. Dès que le véhicule s’arrête, le tube se met automatiquement dans l’axe de tir et au bon angle. De plus, “l’arme peut ouvrir le feu moins de 2 minutes après son arrêt, et se retire de sa position, ce qu’on appelle la sortie de batterie, avant même que le premier obus tiré ne touche le sol”, détaille le consultant et expert en système d’armes terrestres, Marc Chassillan. Cela lui évite de subir les tirs de contre-batterie. “Le temps que le radar de mesure balistique calcule l’origine du tir, le canon est déjà à l’abri», poursuit l’expert.

D’après une source militaire marocaine ayant requis l’anonymat, cette mobilité aurait décidé le Maroc à opter pour ce système, le préférant à une panoplie d’autres modèles concurrents, notamment l’américain “BRUTUS”. D’après plusieurs rapports militaires, notamment celui sur les exportations d’équipements militaires récemment remis au Parlement français, le BRUTUS ne serait pas aussi mobile et agile que le CAESAR.

Enfin, un dernier avantage de l’obusier est sa facilité d’utilisation, ce qui rend son adoption facile par l’équipage. «Si les sous-officiers et les officiers sont artilleurs et qu’ils connaissent les canons, la formation ne dépassera pas quelques jours», explique l’ex-colonel Peer De Jong. “Grâce à ses automatismes hydrauliques et électriques, les artilleurs n’ont qu’à appuyer sur trois boutons pour l’entrée et sortie de batterie”, renchérit l’expert militaire Marc Chassillan.

Vulnérable aux drones ?

Le canon parfait en somme ? Une récente vidéo montrant un drone russe “neutraliser” un canon CAESAR a soulevé des doutes quant à sa vulnérabilité. “Il est aussi vulnérable aux drones que toutes les armes exposées au front. Mais grâce à sa longue portée et à sa mobilité, il reste tout de même moins attaquable que d’autres matériels”, rassure Marc Chassillan.

“Certes, tout engin militaire est une cible pour les drones puisqu’il fait du bruit et qu’il a une masse importante. Raison pour laquelle la mobilité est centrale”, pense pour sa part l’ex-colonel Peer De Jong. Un autre risque qui pèse sur les CAESAR est la capacité de production des usines Nexter. Après le don français à l’armée ukrainienne, l’armée française a passé une autre commande pour le compenser. Paris serait d’ailleurs en négociation avec le Danemark pour réorienter une commande de 6 à 12 canons qui lui étaient initialement destinés, pour les fournir à Kiev.

Sachant que le cycle de production de ce canon est de 18 à 24 mois, l’industriel français serait-il capable de livrer à temps toutes les commandes, notamment la marocaine ? Une inquiétude balayée d’un revers de main par Marc Chassillan. “La chaîne de production du CAESAR est active et ouverte. Les problèmes industriels se posent donc avec moins d’intensité. Les usines Nexter ainsi que tous les fournisseurs sont mobilisés pour produire davantage et honorer les commandes. La preuve, c’est que le Maroc en reçoit”, argumente l’expert.

 

INFOGRAPHIE

Armement : Canons CAESAR, “game changer” pour le Royaume ?

Artillerie


Une modernisation à marche forcée
 
Depuis plusieurs années, les FAR procèdent à la modernisation progressive de leur artillerie, en diversifiant les fournisseurs. Les 36 exemplaires de canons CAESAR commandés par Rabat vont s’ajouter aux 448 canons automoteurs en service au sein de l’armée de terre. La grande majorité de ce matériel est constituée des canons américains M-109 dans leurs diverses versions. En service dans une cinquantaine d’armées dans le monde, ce canon a une portée allant de 18 à 23,5 km.

L’autre canon, en cours de remplacement, est le 155 mm Mle F3 Automoteur, modèle dont l’artillerie marocaine compte 98 modèles. Les FAR ont aussi à leur disposition 63 mortiers de 120 mm montés sur des véhicules de l’avant blindé, de fabrication française, 60 M-110 203 mm américains, 20 M-44 155 mm, et 20 AMX Mk61 105 mm qui sont des chars légers français.

CAESAR vs BRUTUS


La revanche de l’Histoire
 
Le concurrent direct du canon CAESAR est l’américain BRUTUS. Ce dernier, toujours en expérimentation, est produit par AM General et Mandus Group. Les noms des deux armes semblent directement inspirés de l’Histoire romaine, puisque Brutus est connu pour avoir trahi Jules César en lui assénant le dernier coup de poignard. Certains diraient que le fait que le système CAESAR prenne le dessus techniquement sur son concurrent BRUTUS est une revanche de l’Histoire. Toujours est-il que le camion équipé d’un système d’artillerie (CAESAR) reste toujours le favori des états-majors de plusieurs pays.




Le Maroc n’échappe pas à cette règle. Habitué à s’approvisionner auprès des Américains, le Royaume a cette fois choisi ce fleuron de l’industrie militaire française grâce à sa grande agilité, son efficacité et surtout parce qu’il est opérationnel et qu’il a fait ses preuves sur plusieurs théâtres d’opérations.

Contacté par nos soins, un haut gradé des FAR nous a indiqué, sous couvert d’anonymat, qu’il est peu judicieux de faire le choix d’un canon en cours de test. «Le choix des CAESAR est évident et rationnel vu tous ses atouts», ajoute notre source. Un avis partagé par d’autres militaires. «Il n’y a pas d’équivalent ni chez les Russes ni chez les autres pays occidentaux», a affirmé le porte-parole de l’Armée française Pascal Lanni, il y a quatre mois, sur le plateau de la chaîne LCI.

Selon lui, un canon CAESAR équivaut à 30 canons russes d’ancienne génération. Bien qu’une telle affirmation soit difficilement vérifiable, la supériorité des CAESAR sur le terrain semble largement partagée.

3 questions à Marc Chassillan

Armement : Canons CAESAR, “game changer” pour le Royaume ?
 

“Sur le terrain, le canon CAESAR a montré des performances exceptionnelles”
 
Marc Chassillan, ancien ingénieur à Nexter Systems, consultant et expert en système d’armes terrestres, répond à nos questions.

- Le canon CAESAR doit-il sa célébrité principalement à ses performances en Ukraine ?


- La guerre en Ukraine a permis de mettre en valeur le système CAESAR, mais les ventes à l’export ont démarré il y a déjà bien longtemps. La France l’a promu depuis une quinzaine d’années, et plusieurs pays l’ont acheté ces dernières années, dont l’Arabie Saoudite, l’Indonésie, le Danemark, la Thaïlande et le Maroc. Le CAESAR a aussi très régulièrement été utilisé au combat, notamment par l’Arabie Saoudite au Yémen. L’armée française l’a utilisé avec grande efficacité au Mali lors de l’opération Serval, et ensuite lors de l’opération Chammal en Irak et en Syrie. Ces expériences ont montré que c’était un canon absolument exceptionnel, en termes de précision et de portée.


- Les dons français à l’armée ukrainienne ont-ils mis la production des canons CAESAR sous pression ? Les commandes marocaines vont-elles être honorées ?

- Les donations de CAESAR à l’Ukraine se sont faites en parfaite connaissance de ce dont était capable l’industrie française, et ce que pouvait accepter d’un point de vue capacitaire l’armée de terre. La chaîne de production de CAESAR est active et ouverte. Dans cette configuration, il est beaucoup plus facile d’augmenter la production de 20% et 30%, puis dans un terme plus long de 50% et 70%, pour finalement, au bout d’un an à peine, multiplier par deux la cadence de production. Aujourd’hui, la société Nexter s’est mobilisée pour que ses usines, ainsi que tous ses fournisseurs, soient capables de soutenir des cadences de production plus élevées.


- Depuis l’attaque filmée d’un canon CAESAR par un drone suicide russe, faut-il craindre la vulnérabilité de cette arme contre les munitions guidées ?

- Il s’agit d’un drone Lancet russe qui a une charge explosive mais pas une charge pénétrante, donc il s’est écrasé sur le blindage mais ne l’a pas percé. Concernant la vulnérabilité aux drones, le canon CAESAR est dans la même position que tout le reste de matériel exposé sur le front, que ce soit des chars, des camions, des pièces d’artillerie, des lance-roquettes ou des véhicules d’infanterie. Je dirais même que les CAESAR sont moins exposés, puisqu’ils sont à 40 km du front, et peuvent changer rapidement de position.
Propos recueillis par S.C








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