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Actu Maroc

Année scolaire 2020/21: Les élèves marocains sont-ils prêts pour les examens ?


Rédigé par Hiba CHAKIR le Mardi 11 Mai 2021

Après une année de cours dispensés en hybride, un volume de cours qui varie d’une classe à une autre, les mouvements de manifestation
interminables des enseignants contractuels, les élèves marocains sont-ils préparés pour passer leurs examens ?



Année scolaire 2020/21: Les élèves marocains sont-ils prêts pour les examens ?
Le compte à rebours est enclenché. Selon le ministère de de l’Education nationale, de la Formation professionnelle, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique,les épreuves de l’examen national unifié du baccalauréat 2020-2021 auront lieu du 8 au 12 juin. Quant à l’examen régional unifié (1ère année bac), il se déroulera du 27 mai au 1er juin.

Malgré les efforts du ministère et du corps professoral fournis durant l’année scolaire, cela n’a pas suffi à colmater les brèches de l’apprentissage à distance. Ainsi, la Fédération nationale des associations des parents d’élèves du Maroc (FNAPEM) a organisé, le 07 mai, une rencontre avec Mr.Amzazi afin de transmettre l’inquiétude des parents quant à l’inadaptation des cadres de références au niveau des élèves. Le ministre a confirmé que les examens respecteront les droits d’égalité, d’équité et de justice en éducation. Toutefois, est-ce que ça serait possible dans un tel contexte ?

Des mesures loin de soigner la plaie

Afin de respecter les mesures sanitaires et de distanciation sociale, le ministère a adopté le système d’enseignement en alternance. Ainsi, la masse horaire pour les élèves est réduite à 50% alors que le programme scolaire est maintenu sans modification aucune !

Les enseignants sont dans l’obligation de « bricoler » afin de transmettre aux élèves tous les contenus du programme, dans un temps très limité nous confirme Dounia, enseignante des sciences de la vie et de la terre dans un collège à Rabat. « J’ai dû dispenser en deux heures une leçon qui se fait normalement en 9 heures selon la répartition pédagogique, entre explications et exercices.

On fournit un effort colossal pour motiver les élèves et assurer leur apprentissage, mais malheureusement, ça ne fait pas l’affaire!» ; « On se retrouve pris entre le marteau [les directives du ministère et la condition pandémique] et l’enclume [l’obligation de dispenser un enseignement de qualité] », résume l’enseignante.

Un échec patent

Pour les élèves, les parents ou même au ministère, l’échec du processus d’enseignement est patent. « On est inquiets car on n’est pas tous au même niveau d’avancement dans les programmes, surtout en comparaison avec le privé.
On ressent que c’est injuste », nous a déclaré Amine, élève en dernière année baccalauréat.

M. Akkouri Noureddine, président du FNAPEM, nous confirme que cet échec est lié d’abord à l’absence de l’égalité des chances entre élèves à cause de la multiplication des formules d’enseignement dans l’école marocaine publique et privée, ensuite à l’absence de cadres pédagogiques accompagnant l’apprentissage et le rythmes de certaines matières et finalement à la question des inégalités d’usage et d’accès au matériel informatique ainsi qu’au suivi de l’assimilation des cours et des examens chez les élèves ayant choisi l’enseignement à distance.

Enthousiasme des jeunes

Cette période a ainsi mis en lumière la fragilité de notre système éducatif, les inégalités dans le monde des étudiants et les décisions aléatoires du ministère de l’éducation.

Toutefois, ce même contexte permet aux marocains, surtout aux jeunes, de démontrer leur volonté de faire évoluer la situation éducative, leur engagement sociétal et leur optimisme malgré toutes les circonstances.

En effet, des centaines de personnes, d’associations et d’entreprises ont fait preuve d’initiative pour aider les élèves.

Des projets pour aider les enseignants à se familiariser avec les méthodologies d’enseignement et d’apprentissage récentes, des formations gratuites dispensés aux élèves sur le net, des campagnes de dons de tablettes et PC pour les élèves défavorisés, des cours de soutien offerts par les enseignants …Ce sens de responsabilité et d’humilité est un levier essentiel pour déminer les effets négatifs de cette pandémie sur le domaine éducatif de notre pays et serait à même de garantir la réussite à tous.

Trois questions au Pr. Mderssi Hafida

« Il fallait s’adapter pour amortir les dégâts »

Professeure universitaire et chercheuse à la Faculté des sciences de l’éducation, Hafida Mderssi a répondu à nos questions sur la problématique de la réussite des élèves dans ces conditions difficiles.

- Du fait de la crise sanitaire, les élèves ont vécu une année difficile. Quelle analyse faites-vous de la situation ?

- Le Covid est la catastrophe et le mal qui cachent un bien. Il a permis de remettre en question le système éducatif et de l’inscrire aisément dans l’ère digitale. Il est vrai que cette nouvelle situation marquée par un confinement imposé a été au départ, déplaisante, puis, après, elle est devenue tolérable et ces derniers temps, une formule désirée.
En d’autres termes, ils sont nombreux ceux qui s’habituent au travail à distance, y compris les apprenants.

- Quel est l’effet des modes d’enseignement choisis sur les élèves ?

- Il faut reconnaitre que le ministère de tutelle a fourni d’énormes efforts pour remédier à cette situation délicate. La mise en place des plateformes, la mobilisation des opérateurs, l’implication des chaînes télévisuelles marocaines pour la diffusion des cours, les formations en faveur des enseignants pour qu’ils adoptent la formule digitale (classroom, teams,…) comme nouveau mode d’enseignement,… des modes utilisés par des enseignants bonnement engagés, même avec leurs propres moyens, avec la devise d’égalité des chances entre le monde citadin et rural. Certes, cela n’a plu ni aux élèves ni aux enseignants, mais il a fallu se soumettre à cette situation pour amortir les dégâts.

- Pensez-vous que les élèves sont prêts à passer les examens national et régional ?

-En guise d’explication, je dirai que tout le monde s’y habitue : les cours, les évaluations, sont en train de changer et ce changement va certainement réorienter le système éducatif. Pour les examens, l’expérience de l’année dernière était dure à mener mais elle a abouti à des résultats satisfaisants. Et Cette année aussi, nos élèves et nos étudiants seront capables de passer leurs examens dans des conditions acceptables.