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Monde

Afrique : Déconfinement, le continent à la croisée des chemins


Rédigé par Wolondouka SIDIBE le Lundi 18 Mai 2020

Après les mesures restrictives pour contrer la propagation de la pandémie Coronavirus, la plupart des pays africains entament la phase de déconfinement avec une économie atone, des infrastructures déficientes.



Afrique : Déconfinement, le continent à la croisée des chemins
Après deux mois de confinement, plus ou moins total, la plupart des pays africains entament une nouvelle phase de Coronavirus qu’est l’étape post-Codiv-19. Un déconfinement qui se traduit par l’allègement des mesures, jusque-là restrictives. D’aucuns parlent déjà d’effets de mode ou de suivisme vu que l’Europe, dans sa majorité, a commencé son déconfinement. Mais la réalité est ailleurs car après quelque deux mois d’immobilisation de tous les secteurs afin de freiner la propagation du Coronavirus, de nombreux pays africains peu ou pas impactés, estiment qu’il est plus que temps d’assouplir ou carrément mettre fin à ces mesures. 

Il s’agit d’un défi majeur puisque les Etats africains sont appelés à redynamiser une économie atone, liée aux conséquences de cette pandémie à travers l’arrêt total des activités économiques. Un vaste chantier en perspective puisque selon des estimations de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA-ONU), institution basée à Addis-Abeba (Ethiopie), le continent africain perd environ 2,5 % de son PIB en un mois de confinement, soit 65 milliards de dollars et le double pour un mois supplémentaire avec son corollaire d’une perte de plus de 20 millions d’emploi.

En effet, avec le confinement, sont apparus de sérieux défis aux économies africaines, notamment la baisse de la demande de produits et de services ; le manque de trésorerie opérationnelle ; la réduction des opportunités de rencontrer de nouveaux clients ; la fermeture des entreprises ; les problèmes liés à l’évolution des stratégies commerciales et à l’offre de produits et services alternatifs ; la baisse de la production et de la productivité des travailleurs par rapport au travail à domicile. A cela s’ajoutent la problématique de la logistique et l’expédition des produits ainsi que les difficultés d’approvisionnement en matières premières essentielles à la production.

Des défis divers

C’est pourquoi le déconfinement varie d’un pays à autre, mais tous ont adopté un plan de sortie en fonction de la vitesse de propagation du virus, liée aux taux de contamination. Ces plans reposent essentiellement, entre autres, sur l’allègement de de l’état d’urgence, le respect des mesures barrières, mais aussi et surtout le port du masque et les distanciations sociales comme c’est le cas en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Mali, au Sénégal ou encore au Gabon. D’autres pays ont opté pour des confinements à intermittence tel en RDC.

Dans le détail, par exemple en Guinée, les mesures sur l’interdiction de la circulation entre Conakry et la province, la fermeture des lieux de culte dans ce pays musulman à plus de 80%, des écoles, des universités et des bars, et le port obligatoire du masque, sont maintenus. En Côte d’Ivoire, on a opté pour l’ouverture juste des maquis et des restaurants, un attroupement de pas plus de 200 personnes ou encore l’isolement totalement de la capitale économique, considérée comme l’épicentre de la pandémie. 

Ne pas baisser la garde

Pour les experts de la Commission économique pour l’Afrique, ces dispositions sont évaluées en fonction de la mesure dans laquelle chaque stratégie minimise l’incertitude sur les décès. Toujours est-il que dans la plupart des cas, les pays appliquent une combinaison de plusieurs stratégies tels que les tests, la recherche des contacts et la réouverture progressive segmentée. Ils ont aussi appuyé sur le levier financier en injectant des milliards pour aider la population et pour soutenir le tissu économique. Comme en Côte d’Ivoire, où le gouvernement a adopté un plan d’urgence, social et humanitaire de 17 milliards de FCFA, soit 5 % du PIB.

Cependant, ce que l’on appelle aujourd’hui « déconfinement » risque de se révéler, en Afrique, comme un affligeant plagiat de ce qui se fait en Occident, si les mesures sanitaires sont foulées au pied ou par un laisser-aller de la population. Car tout l’enjeu, pour l’Afrique, est d’aménager, pour ses populations, les voies d’une traversée, sans catastrophe majeure, de la période post-confinement. La calamité étant, à ce jour, indomptée. L’autre grand défi pour le continent est et reste, sans aucun doute, le renforcement des infrastructures hospitalières, or Codiv-19 a mis à nu un manque criard d’investissements hospitaliers dans les pays africains. 

Wolondouka SIDIBE