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Actu Maroc

Une production radiophonique digitale en faveur de la tolérance

Entretien avec Ghassan Waïl El Karmouni, membre du Forum des Alternatives Maroc


Rédigé par Safaa KSAANI le Lundi 23 Novembre 2020

« Face à la non reconnaissance officielle du rôle des médias communautaires, la campagne contre
les discours de haine et pour la tolérance a pris la forme d’une caravane virtuelle radiophonique »



Ghassan Waïl El Karmouni
Ghassan Waïl El Karmouni
- Le Portail E-Joussour a lancé une caravane radiophonique virtuelle sous le titre « #3tini_Khatrek : #6 semaines de lutte pour la tolérance et contre les discours de haine », depuis le 16 novembre, journée internationale pour la tolérance. Qu’est-ce qui a motivé le lancement de cette caravane ?
- #3tini_Khatrek s’inscrit dans l’effort constant et collectif de la société civile dans la lutte contre les discours de haine. Ces derniers ont été malheureusement exacerbés dans la conjoncture actuelle aussi bien dans les médias que sur les réseaux sociaux. Il est à rappeler que les médias communautaires et les associations desquels ils dépendent, notamment le portail E-Joussour du Forum des Alternatives Maroc (FMAS),ont mené depuis des années plusieurs campagnes de sensibilisation et des formations visant la promotion de la tolérance et la lutte contre les discours de haine aussi bien envers des journalistes citoyens que des journalistes professionnels. Il y a eu par ailleurs des expériences de diffusion en FM à travers des radios éphémères comme Radio Migration à l’occasion du Forum Mondial de la Migration à Marrakech en 2018 où une fréquence FM temporaire a été octroyée au FMAS en partenariat avec le Bureau de l’UNESCO à Rabat et le Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH). Une autre occasion d’action par rapport à l’éducation au média et la lutte contre les discours de haine s’est faite par le Bureau régional de l’UNESCO à Rabat avec la participation des Médias Communautaires marocains dans le cadre de la semaine d’éducation aux médias lancée par l’UNESCO le 20 et le 26 novembre 2017 où, encore une fois, une fréquence FM temporaire a été octroyée à Rabat. Face à la non reconnaissance officielle du rôle des Médias communautaires, à travers un cadre institutionnel adéquat, et la difficulté d’obtention des fréquences FM, cette année, la campagne contre les discours de haine et pour la tolérance a pris la forme d’une caravane virtuelle radiophonique avec la participation de sept médias communautaires dépendant d’autant d’associations actives dans autant de régions et de provinces du Maroc avec le Hachtag 3tini_Khatrek. Une fois encore, cet effort a été accompagné par l’UNESCO et pour la première fois en co-organisation avec la Deutsch Welle Akademie (DWA). Cette caravane ambitionne de participer à la sensibilisation et à l’éducation à la tolérance et contre les discours de haine, à travers une production radiophonique digitale, partagée sur tous les réseaux sociaux.

- Les discours de haine sous différentes formes telles que le harcèlement, le racisme et la xénophobie, ou encore la diffamation, se sont développés de manière inquiétante au sein de la société marocaine, en particulier dans le contexte de la pandémie du Covid-19 et l’état d’urgence sanitaire. Quel commentaire en faites-vous ?
- En tant qu’acteurs de la société civile et journalistes citoyens, nous nous inquiétons de la montée du discours de haine et de l’intolérance vis-à-vis des opinions divergentes ou minoritaires à l’intérieur de l’espace médiatique, au Maroc ou ailleurs. La percée que connaissent les réseaux sociaux fait qu’il est indispensable de diffuser la culture de tolérance et l’éducation aussi bien par des politiques publiques ciblées que dans les programmes scolaires et dans les médias. Des actions comme les différentes radios éphémères ou l’actuelle Caravane sont autant de contributions à cet effort qui devrait être porté au plus haut niveau d’intérêt. 

- 48 heures de contenus radiophoniques qui seront produits au cours de 6 semaines de mobilisation en 6 étapes, avec les 6 médias communautaires implantés dans 6 régions du Maroc. Qu’est-ce qui est programmé ?
- La caravane a pris son départ le 16 novembre à l’occasion de la Journée internationale de la tolérance à travers un webinaire de présentation de la campagne, des participants et des partenaires, et d’une émission-débat de lancement intitulée « Médias et discours de haine : normalisation ou dénonciation en période de pandémie ?». Cette première activité annonce aussi le lancement d’un nouveau podcast produit par le portail EJoussour et intitulé «Voix plurielles» destiné à la promotion de la diversité et la pluralité au sein des médias. Le programme de la caravane se poursuit durant 6 semaines jalonnées par 6 mini-marathons organisés par nos Médias communautaires partenaires. Il s’agit de Kech Radio à Marrakech, Radio Izrfan à Khmisset, Sala Web Radio à Salé, Radio Mères en ligne à Tanger, Radio Imsli, la radio de la femme Amazigh basée dans plusieurs régions du Sud, et Missour Webradio à Missour. La caravane aboutira sur un marathon radiophonique de 24 heures de live streaming en continu, les 12 et 13 décembre, dans les locaux du Forum des Alternatives Maroc/ Radio E-Joussour à Rabat. 

Recueillis par Safaa KSAANI

Portrait

La jeune voix de la démocratie
Connu pour s’être engagé activement dans le mouvement du 20 février, où il a coordonné le comité Média et Communication à Casablanca entre janvier et juillet 2011, Ghassan Waïl El Karmouni n’est pas partisan des « solutions radicales », contrairement à ce que pensaient certains milieux. Il trouve d’ailleurs que le régime a très rapidement réagi d’une manière intelligente, après le début de la contestation.

« Nous sommes sortis dans les rues le 20 février. Le 9 mars, il y a eu le discours du Roi qui a parlé d’une nouvelle Constitution et d’élections. C’étaient les revendications du mouvement. Il a répondu à l’essentiel », avait-il déclaré à un média français, en 2012. Par ailleurs, parmi les nombreux projets qu’il a montés, celui dont il est le plus fier, c’est la réalisation de trois documentaires avec un groupe de 15 jeunes. L’objectif : donner aux jeunes marocains les moyens de s’exprimer. 

Ce trentenaire, titulaire d’un Master en économie du développement à la Faculté d’économie de l’Université Grenoble Alpes, est depuis 2010 jusqu’à aujourd’hui journaliste d’investigation. Ses sujets de prédilection sont la macro-économie, les politiques publiques, les projets énergétiques, les stratégies des grandes entreprises. Il opère dans un magazine mensuel marocain. Le jeune journaliste, natif de Casablanca, a commencé à s’investir dans le monde associatif depuis 2008 en tant qu’assistant de projet jeunesse à l’association Forum des Alternatives Maroc (FMAS). Entre 2012 et 2014, il a été co-organisateur du Summer Lab Casablanca avec le collectif OpenTaqafa (Plateforme de coproduction autogérée et autofinancée dans les domaines artistique, culturel et citoyen).
S. K

Repères

La tolérance : une valeur universelle…
La tolérance, lit-on sur le site de l’Organisation des Nations Unies (ONU), est le fait de reconnaître l’autre et de l’apprécier à sa juste valeur, mais aussi l’aptitude à vivre ensemble et à écouter autrui. Le 16 novembre de chaque année, la communauté internationale célèbre la Journée internationale de la tolérance avec des activités qui s’adressent à la fois aux établissements d’enseignement et au grand public, ajoute la même source.
…au Maroc notamment
On peut lire dans le préambule de la Constitution de 2011 du Maroc que “le Royaume entend préserver, dans sa plénitude et sa diversité, son identité nationale une et indivisible. Son unité, forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s’est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen”. Cela reflète la diversité de la société marocaine où les valeurs de dialogue, de respect et de vivre-ensemble règnent et sont transmises de génération en génération.
Un marathon radiophonique à l’issue de la Caravane
Ce marathon, qui connaîtra la participation d’animateurs et de journalistes citoyens venant des différents médias partenaires, sera aussi l’occasion pour fêter la journée internationale des droits humains, prévue chaque année le 10 décembre. Une campagne de communication et de diffusion des 48 heures de contenus collectés auprès des partenaires se poursuivra jusqu’à fin décembre, toujours sous le thème de la lutte contre les discours de haine et la promotion de la tolérance avec le Hachatag #3tini_Khatrek.