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Actu Maroc

Transport International Routier : 70% des camionneurs marocains risquent la banqueroute


Rédigé par Abdellah MOUTAWAKIL le Jeudi 25 Novembre 2021

Les professionnels du Transport International Routier (TIR) sont dans la galère. Avec les différents obstacles au bon fonctionnement de leurs activités, posés par les voisins nord-méditerranéens du Maroc, ils se retrouvent quasiment en situation de banqueroute et appellent à une action urgente des autorités marocaines.



Situation intenable pour les professionnels du transport international routier. Eux qui peinaient à entrer en toute aisance sur le sol européen depuis plusieurs mois, subissent de plein fouet les différentes politiques de restrictions appliquées par les voisins européens du Maroc.

Dernière mesure en date, celle relative à la restriction sur les visas. Un coup de massue selon les acteurs du TIR. « Bientôt 70% des véhicules du TIR seront à l’arrêt, surtout les transporteurs de véhicules frigorifiques », alerte Saïd Chérif, président de l’Association marocaine du transport national, international et de logistique (AMTNIL). Il avance le chiffre de 500 véhicules à l’arrêt.

Selon lui, « la situation est grave. Certaines entreprises opérant dans notre segment d’activités se retrouvent obligées de vendre leurs camions afin de pouvoir faire face à leurs charges de fonctionnement ». D’environ 600 par jour, les entrées de camions marocains dans les ports des pays voisins nord- méditerranéens sont réduites de moitié. Le refus de délivrance des visas en est une des principales causes, mais pas la seule.

Carburant européen

La litanie des difficultés rencontrées par les transporteurs marocains est en effet longue. Désormais, les autorités des ports espagnols refusent que les camions marocains accèdent sur leur sol avec plus de 200 litres de carburant. Pour les Européens, c’est une manière d’obliger les routiers marocains à consommer du carburant dans les pays de transit de l’autre côté de la rive méditerranéenne.

« Tout camionneur qui entre par exemple sur le port d’Algésiras avec plus de 200 litres se voit automatiquement infliger une amende allant de 472 euros. Certains d’entre nous ont même payé 800 euros d’amende la semaine dernière », confie Saïd Chérif, président de l’AMTNIL. Autant d’obstacles qui perdurent, obligeant les professionnels à envisager une grève de 72 heures.

L’ASMEX et la FIFEL en action

Ce mouvement de grève devait se tenir à partir du 21 novembre, mais l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX) et la Fédération interprofessionnelle marocaine de production et d’exportation des fruits et légumes (FIFEL) sont intervenues, afin de porter le dossier auprès des autorités compétentes.

« Pour nous, démonter le TIR, c’est démonter l’export marocain, surtout que nous sommes en pleine saison d’exportation des agrumes », renchérit Hassan Sentissi, président de l’ASMEX. Nous avons attiré l’attention de l’ambassadeur de France au Maroc sur la question. Nous engageons également des discussions avec les ministères concernés, afin de débloquer cette situation », renseigne le président de l’ASMEX. Pour Hassan Sentissi, il faut soit un retour à la normale, soit le Maroc doit appliquer la réciprocité, aussi bien sur les questions relatives au carburant que sur le nombre de camions européens autorisés à entrer sur le sol marocain.

Grève en décembre

En tout cas, quoiqu’il en soit, pour les transporteurs, il est hors de question de rester les bras croisés. Si la médiation menée par l’ASMEX et la FIFEL ne porte pas ses fruits, ils prévoient d’observer leur grève de 3 jours à partir du 21 décembre prochain. Déjà, le 28 octobre dernier, ils avaient organisé des sit-in devant les consulats généraux de France et d’Espagne à Agadir. Les autorités françaises sont pour leur part sensibilisées sur la question.

Lors de sa visite au Maroc en début de semaine, le ministre français délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité de la République de France, Franck Riester, a été alerté sur la question par les hommes d’affaires marocains. Une chose est sûre : « Le problème est qu’avec cette politique de restriction sur les visas, aussi bien le Maroc que ses partenaires européens vont en payer le prix. Nous constituons un élément d’un puzzle dans lequel chacun est indispensable», fait-on savoir auprès des transporteurs marocains.

A ce propos, il est à noter que, chaque année, près de 400.000 traversées à destination de l’Europe sont effectuées par les professionnels du TIR. C’est dire l’interconnexion avec les voisins du Nord.


Abdellah MOUTAWAKIL

Repères

Maroc – Espagne : les liaisons maritimes tardent toujours
Malgré les rumeurs annonçant une reprise prochaine des rotations entre le port de Tanger Ville et la ville espagnole de Tarifa, rien n’est acté à ce jour. De sources portuaires et auprès des compagnies maritimes, on avance qu’aucune notification n’a été reçue à ce propos jusqu’à présent. En plus, si reprise il y a, toutes les lignes à destination de l’Espagne devraient être concernées, aussi bien au départ du Port de Tanger Ville que de Tanger Med.
 
CMA CGM dévie Tanger
Le service Medwax de CMA CGM, lancé le 14 janvier entre Algésiras et Tanger et la côte ouest-africaine, est modifié pour toucher directement Marseille à partir du 4 janvier. La ligne tournait jusqu’alors avec quatre porte-conteneurs jusqu’à 1 700 EVP. Un cinquième est ajouté pour desservir Marseille, Barcelone et Valence, en plus de Tanger Med, à destination de Dakar et Abidjan. « Cette modification est sans grande influence sur le trafic transitant par le Maroc. Ce sont des conteneurs localisés et ciblés qui ne passent pas par la Chine, donc hors transbordement, d’où le non nécessaire passage par Tanger ou Algésiras », note un expert maritime contacté par « L’Opinion ».

 

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Transport International Routier : 70% des camionneurs marocains risquent la banqueroute

Visas


Des négociations sans issue
 
En dépit de l’annonce du gouvernement français, des négociations avaient été entamées avec des autorités diplomatiques et consulaires françaises pour débloquer la situation, surtout pour les professionnels du Transport International Routier (TIR).

Pour les professionnels du TIR, la principale attente consiste à obtenir des accords non pas bilatéraux avec chacun des pays européens, mais de parvenir à la conclusion d’un accord global avec l’Union Européenne elle-même. « Cela nous évitera de subir des tracasseries selon les humeurs de tel ou tel pays », indique un chauffeur professionnel.

Une chose est sûre : les autorisations et visas nécessaires pour les transporteurs constituent un véritable moyen de pression exercé sur les opérateurs marocains, surtout lorsque la concurrence est directe avec un pays de passage obligatoire comme l’Espagne. Depuis un an, les transporteurs marocains souffrent énormément pour l’obtention des autorisations de voyage. 

 

TIR


Problème de quotas avec les Pays-Bas
 
En dehors de la France et de l’Espagne, les camionneurs marocains peinent à entrer aux Pays-Bas. Avec ce pays membre de l’Union Européenne, c’est un problème de quotas qui se pose. A en croire les autorités marocaines, les quotas délivrés pour l’année 2021 ont atteint 6.600 camions, contre 3.400 une année auparavant.

Mais pour les professionnels, c’est très insuffisant, vu la forte communauté marocaine établie dans ce pays et le boom que connaissent les échanges avec cette destination. Des discussions seraient en cours entre les autorités marocaines et leurs homologues néerlandaises. Ces dernières ont été saisies, en vue d’augmenter les autorisations pour couvrir le reste de l’année en cours. Il faut savoir néanmoins que quel que soit le pays (Pays-Bas, Belgique, Espagne ou France), l’attribution de tout supplément est soumise à une négociation, dans laquelle le pays sollicité exige une contrepartie. Celle-ci peut prendre différents formes : autoriser l’entrée des camions à vide, tolérer la coexistence d’un tracteur et d’une remorque issus de deux pays différents, etc.

L’ensemble de ces contraintes poussent certains exportateurs et transporteurs à insister sur l’urgence pour le Maroc de mettre le cap sur des destinations moins exigeantes, comme c’est par exemple le cas pour les pays d’Afrique subsaharienne, très demandeurs en produits marocains.
 

3 questions à Saïd Chérif, président de l’Association marocaine du transport national, international et de logistique (AMTNIL)


« Il est temps de faire cesser ces obstacles »
 
Pour Saïd Chérif, président de l’Association marocaine du transport national, international et de logistique (AMTNIL), la situation des camionneurs est devenue intenable et nécessite une intervention des autorités.


- Comment évoluent les discussions avec les autorités marocaines pour une solution à ce problème ?

- Nous avons eu des discussions avec les associations professionnelles, à savoir l’ASMEX et la FIFEL. Une réunion a été tenue dans ce sens mardi dernier, dans l’optique de décanter la situation. Cela dit, nous n’avons vraiment pas eu à discuter avec les membres du gouvernement. D’ailleurs, nous pensons qu’il est grand temps que ce dossier interpelle nos autorités car la situation est grave.


- Vous dites que la situation est grave… c’est-à-dire ?

- Ecoutez, à l’heure où je vous parle, il y a au moins 500 camions qui sont à l’arrêt en ce qui nous concerne. Les entreprises sont très impactées dans leur fonctionnement. Figurez-vous, nous voyons aujourd’hui des opérateurs qui vendent leurs véhicules afin de pouvoir supporter leurs charges relatives au paiement des salaires, de location, etc. La situation est en effet grave. Je crains que bientôt 70% des véhicules du TIR soient à l’arrêt, surtout les transporteurs de véhicules frigorifiques.


- Vous avez décidé de reporter votre grève à fin décembre. Si la situation n’est pas réglée, qu’attendez-vous comme solution ?

- Les professionnels du transport international routier demandent à exercer librement et correctement leur métier. Nous subissons trop d’obstacles avec les partenaires européens, il est temps que cela cesse. Nous comptons sur les autorités marocaines pour se saisir de ce dossier afin de trouver une solution au problème. Plusieurs entreprises sont aujourd’hui menacées de fermeture, dans un contexte qui n’est vraiment pas favorable.

Recueillis par A. M.