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Tramdina vs coronavirus

Humeur


Rédigé par Ahmed NAJI le Vendredi 24 Avril 2020

« Il » est venu sans être invité et doit partir



Ahmed NAJI
Ahmed NAJI
Un ami m’a demandé si coronavirus jeûne aussi, car si c’est le cas, il faudra veiller à ne pas trop l’énerver, vu qu’il a déjà un sale caractère. J’ai répondu qu’il s’était probablement initié au taoïsme, en Chine, parce qu’il prescrit aux humains le « non-agir ». Peut-être même s’est-il converti au bouddhisme, puisqu’il pousse ses hôtes sur la voie du « non-être ». Ce qui est certain, c’est qu’il ambitionne aussi la mondialisation, le mercantilisme en moins. Quelque soit ses convictions, le mieux est de ne pas croiser son chemin. Et de méditer le verset 26 de la sourate Al Baqara où il est question d’un moustique (baouda) et de l’exemple qu’Allah a ainsi voulu donner à l’humanité. Mabrouk Ramadan !

« Il » nous est tombé dessus, les Marocains ne mangent pourtant pas de pangolin. « Wallah ! ». Maintenant qu’il faudra rester le ventre vide, du lever au coucher du soleil, c’est peut-être lui qui devrait se méfier de l’haleine. Et remercier les fabricants de masques de l’en protéger. Des rumeurs prétendent qu’« il » aurait même chercher à en s’en procurer un, sans parvenir à en trouver. Fake-news ?

Même les mqadmins ne savent pas qui « il » est !

Ses origines sont mystérieuses, ce qui a ravi les conspirationnistes, lui cherchant des traits de ressemblance avec Jet Lee, déguisé en ninja, s’échappant d’un laboratoire d’armes bactériologiques.

Même des personnes pourtant saines d’esprit, après quelques semaines de confinement, entre disputes conjugales et incessants vacarmes des bambins, y ont vu quelque complot ourdi contre le genre humain, voué à la damnation dans les sombres oubliettes des foyers.Qu’est-ce qui est le plus cruel ? L’amende pour déconfinement sauvage, la mort par suffocation après surcharge virale ou la lente dégénérescence étalé sur un canapé à tweeter et facebooker, des nouvelles, plus déprimantes les unes que les autres, éructées à longueur de journées par la télé, en musique d’accompagnement ?

Pourtant, les rares choses que nous sommes certains de savoir à son sujet, avant même qu’« il » ne débarque chez nous sans y être invité, et dire déjà qu’« il » est malpoli, c’est sa propension de mettre à nu les déficiences des corps et pays qu’il parasite.

Un plaisir satanique à dévoiler les défauts

Ce n’est pas pour rien que l’on demande aux gens de porter des masques. Si tu ne te caches pas, « il » va tout dévoiler sur ton état de santé et celui de tous ceux qui auront le malheur de t’approcher.

Déjà, « il » a révélé la déficience en médecins et infirmiers de notre système immunitaire et obligé les autorités à se doter, illico presto, de plus d’équipements médicaux. On aurait presque envie de l’en remercier, si ce n’était un tueur sans pitié.

La grande question est maintenant de savoir s’« il » va profiter du mois sacré du Ramadan pour faire pénitence, retrouver le droit chemin et jeûner. Prière de lui faire savoir, un service à demander aux pauvres malheureux qui sont entrés en contact avec lui, que l’on a grand respect pour cette créature d’Allah plus ancienne que nous sur Terre.

C’est qu’« il » était déjà là, quand Adam et Eve se sont mis à dévorer des pommes, même si Allah leur avait expressément interdit de le faire, avant d’être mis dehors le jardin d’Eden, pour venir ensuite squatter cette planète et dévorer ses pangolins (comme quoi une malsaine gourmandise habite nos gênes).

Gare à la mauvaise humeur du jeûneur !

Bon, il est vrai qu’« il » doit savoir ne jamais aller infecter le jardin d’Eden, le sort des tueurs en série étant scellé avant même le Jour du jugement dernier. D’ailleurs, avec les températures qui règnent dans la Géhenne, il sera bien obligé de se calmer.

Mais « il » doit sûrement ignorer que pendant les journées du Ramadan, en manque de caféine, de nicotine et autres molécules chimiques stimulant le cerveau à la dopamine, son estomac criant famine, le jeûneur est de très mauvais poil et n’ouvre pas la bouche pour piper mot, jusqu’à ce que le soleil daigne aller se coucher.

Le spectacle d’un jeûneur qui passe (enfin) à table, quand même l’indigestion de « Harira » ne l’empêche pas de se gaver de sucreries, effraierait, par ailleurs, même un virus aguerri. Il y a moins de risque à choper le diabète en infectant une chauve-souris ou un pangolin, qui n’ont pas, non plus, l’humeur massacrante du jeûneur.

Qu’à cela ne tienne, les Marocains sont réellement décidés à le forcer à respecter le Ramadan, leur gorges sèches de soif pendant le jeûne ne sont pas prêtes à offrir le gîte et le couvert à cet intrus, qui a la mauvaise habitude d’entrer seul et d’y nicher à plusieurs. C’est vrai que les Marocains sont très hospitaliers, mais il ne faut pas exagérer quand même.
 

Il faut savoir partir sans se faire maudire

En plus « l’hospitalité du prophète (PSL) », c’est juste trois jours, alors qu’« il » persiste à nous hanter depuis plusieurs semaines. Tuer son hôte est non seulement faire preuve de vile ingratitude, mais aussi et surtout de très mauvais goût, en ce mois sacré du Ramadan. Envoyer de bons croyants à la tombe, le ventre vide ? Ça ne se fait pas.

Attendez un peu qu’« il » entende toutes les ménagères le vouer aux gémonies, obligées qu’elles sont de supporter leurs maris affamés, leur cherchant noises à longueur de journées, sans pouvoir leur demander d’aller faire un tour.

Imaginez le spectacle en sitcom de ces conjoints à l’estomac confiné ! Le plus cruel des virus ne peut que verser quelques larmes de tristesse face à une telle tragédie, peut-être même être saisi d’un brin d’empathie pour cette espèce humaine qui s’inflige encore plus de mal qu’il ne peut lui en faire subir.

Des générations plus tard parlerons du supplice du coronavirus, pas en tant qu’épidémie, mais plutôt comme peine d’enfermement collectif prononcée contre des citoyens pourtant innocents, n’ayant jamais mangé de pangolin de leur vie.

Du sens profond de la vacuité

Les humains lui auraient bien réglé son compte s’ils étaient arrivés ne serait-ce qu’à l’apercevoir. Mais « Il » est si petit qu’il en est invisible, pour dire toute sa perversité. Sauf qu’« il » a quand même le culot de nous rappeler que nous sommes tout aussi minuscules, à l’échelle de l’univers. Que nos grandiloquentes ambitions de dominer la Terre peuvent être soufflées par la plus infime des créatures qui la peuplaient, bien avant que l’humain ne vienne la polluer.

Le jeûne du Ramadan, c’est surtout pour méditer sur la vacuité, mais pas celle de nos estomacs, plutôt de nos pitoyables prétentions de puissance.
Mabrouk Ramadan.

Ahmed NAJI







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